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 Des femmes prix Nobel

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Misfit Cat
Déesse parmi les déesses
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Date d'inscription : 23/05/2005

MessageSujet: Des femmes prix Nobel   Ven 24 Mar - 13:00

Cherchez la femme...

- 9 novembre 1999 - par RENAUD DE ROCHEBRUNE

À peine une trentaine de lauréates depuis 1901. Les jurés de la distinction la plus recherchée au monde seraient-ils misogynes ?

« Ne deviens jamais une femme quand tu seras grande. » Voilà ce que disait, en plaisantant à peine, Friedrich Goeppert, un médecin allemand de Göttingen, à sa fille Maria au début du siècle. Un jour, il lui avait expliqué cette injonction pour le moins paradoxale : « La plupart des femmes mènent une vie ennuyeuse, elles ne font que la cuisine, le ménage, les courses, et gardent les enfants. [...] Toi, tu apprendras un métier. Tu feras des études et tu auras une profession intéressante. » Cinquante ans après, au moment de recevoir le prix Nobel de physique en 1963 pour ses travaux pionniers sur la structure du noyau de l'atome, c'est d'abord ce souvenir qui est revenu à la mémoire de Maria Goeppert Mayer, la deuxième et dernière femme à ce jour à recevoir cette distinction depuis sa création en 1901.

Le cas de cette grande physicienne devenue américaine après son émigration outre-Atlantique - pour suivre son mari bien sûr - n'est pas simplement anecdotique. À lire, en effet, les biographies des femmes couronnées par le prix Nobel au cours du XXe siècle(*), on retrouve presque constamment cette nécessité pour elles de devoir agir à certains moments « comme des hommes » afin de pouvoir réaliser leur oeuvre ou l'invention qui leur vaudra l'honneur suprême. Elles en sont elles-mêmes tellement persuadées qu'elles contribuent à propager cette idée que seuls leurs collègues masculins ont leurs chances dans la compétition pour la reconnaissance académique planétaire. Et pas uniquement dans le monde scientifique universitaire réputé depuis toujours « réservé » aux hommes : la romancière norvégienne Sigrid Undset, grand auteur de sagas nordiques moyenâgeuses, Prix Nobel de littérature 1928, affirmait qu'elle ne voulait que des fils, car « souhaiter à son enfant un destin de fille n'était pas lui vouloir du bien ».

Les jurés du prix Nobel, il est vrai, n'ont jamais agi de façon à laisser imaginer que les lauréats de la distinction la plus recherchée au monde, autrement dit, selon le souhait d'Alfred Nobel, « les personnes qui, au cours de l'année écoulée, ont rendu à l'humanité les plus grands services », pourraient être aussi souvent des femmes que des hommes. Le palmarès 1999 ne déroge pas à la tradition : six prix décernés, en physique, chimie, médecine, littérature, paix et économie, et autant d'hommes couronnés. Il y en aurait même eu un de plus si le Nobel de la paix n'était allé à une organisation (Médecins sans frontières), puisque, en médecine, deux chercheurs hommes ont été primés ex æquo.

Un simple regard sur les statistiques depuis la création du prix est éloquent. Sur 646 lauréats individuels depuis 1901, on compte 31 femmes, et même 30 seulement si l'on tient compte du cas de Marie Curie, couronnée successivement - un événement qui ne s'est produit que trois autres fois - pour ses découvertes en physique (1903) et en chimie (1911). Quatorze de ces femmes ayant dû partager leur récompense, dont 12 avec des hommes, seules 16 ont de fait obtenu un Nobel « entier ».

Même sans faire la moindre restriction quant aux particularités des choix en faveur des femmes, on peut donc observer que, depuis leur création, moins de 5 % des prix Nobel - 4,8 % exactement - ont été attribués à la « moitié du ciel ». Et ce pourcentage diminuerait encore si, comme il aurait été logique, un prix de mathématiques avait également vu le jour : l'équivalent de cette récompense, la médaille Fields, décernée tous les quatre ans depuis 1936 à des grands mathématiciens par leurs pairs lors de leur congrès international, n'a pas distingué à ce jour la moindre femme ! Peut-être une vengeance posthume - involontaire évidemment - pour Alfred Nobel puisqu'on a souvent affirmé qu'il n'avait pas souhaité créer un prix pour la discipline reine des sciences en raison des rapports qu'entretenait sa femme avec un mathématicien suédois...

Les mathématiciens ne sont toutefois pas les seuls à considérer qu'aucune femme n'a « rendu les plus grands services à l'humanité » dans leur discipline. Parmi les jurys Nobel, il en est un en effet qui n'a jamais couronné une femme : celui chargé des sciences économiques. Comme il n'est actif que depuis 1969, on peut sans doute relativiser un peu cet ostracisme. Mais les physiciens n'ont pas la même « excuse » pour n'avoir récompensé que deux femmes en un siècle, après avoir pourtant donné l'exemple - on l'a vu - dès 1903 avec Marie Curie. On dit, il est vrai, sur la foi des archives suédoises qu'on peut consulter depuis 1974 quand elles ont plus de cinquante ans d'âge, que Pierre Curie, co-lauréat, avait insisté pour que le prix qui allait lui être accordé soit partagé avec son alter ego au laboratoire comme dans la vie.

On ne saurait considérer, même s'ils ont fait deux fois mieux que les physiciens, que les chimistes sont particulièrement féministes : 4 manieuses de tubes à essai, en tout et pour tout, ont trouvé grâce à leurs yeux en cent ans. Seuls, de fait, les jurys chargés de récompenser des écrivains ou des « personnalités qui ont le mieux contribué au rapprochement des peuples », selon la formule du testament d'Alfred Nobel pour évoquer le prix de la paix, ont distingué plus d'une femme par quart de siècle. Il ne faut cependant pas exagérer leur souci de tendre vers la parité : 9 femmes, dont la Sud-Africaine Nadine Gordimer (1991), ont reçu le prix de littérature, soit moins de 10 % des lauréats ; et elles ne sont que 10 à avoir obtenu le Nobel de la paix (à peine plus de 10 % des personnes couronnées).

Sachant que les jurys sont très majoritairement masculins et que seul celui du prix Nobel de la paix a eu un temps une femme à sa tête, peut-on conclure que les Nobel sont misogynes ? Ou ne font-ils que constater l'état réel des effectifs parmi les chercheurs de pointe ? L'évolution à travers le temps de la répartition par sexe des récompenses peut être à cet égard éclairante. Puisque, depuis le début du XXe siècle, les femmes ont eu de plus en plus accès aux études supérieures et à des fonctions dans les universités et les centres de recherche, on peut supposer qu'une juste répartition des prix impliquerait une forte augmentation du nombre de Nobel féminins au fil du temps. La réalité va bien dans ce sens, mais sans doute pas autant qu'on pourrait s'y attendre.

La simple comparaison du total des Nobel féminins entre la première et la seconde partie du siècle est à peine encourageante : 12 Nobel avant 1950, 19 après. Seul indice de l'accélération de la « féminisation » des prix, 16 des 19 femmes honorées par le Nobel pendant la seconde partie du XXe siècle ont reçu leur récompense ces vingt-cinq dernières années. Mais là encore il faut mettre un bémol avant de se féliciter de cette évolution statistique. La plupart des lauréates - 10 sur 16 - ont obtenu leur prix pour leur oeuvre littéraire ou leur contribution à la paix. Et si on ajoute que 5 des 6 autres travaillaient dans le domaine de la médecine, on voit immédiatement que les femmes sont toujours exclues de l'univers des sciences « dures ». Il n'y a aujourd'hui pas plus de femmes chimistes ou physiciennes - et c'est pareil, on l'a vu, pour les mathématiques - nobélisables qu'avant-guerre, du moins si on se fonde sur le verdict des jurys. Depuis plus d'un tiers de siècle, une seule femme a été récompensée par le comité scandinave dans ces disciplines, la chimiste américaine Kary Mullis, qui a d'ailleurs partagé son prix avec un collègue canadien.

Que conclure de ce constat ? D'abord, sans aucun doute, que si la marche vers l'égalité professionnelle entre les sexes, en particulier dans les pays occidentaux où s'effectue l'essentiel de la recherche scientifique, est certainement en route, elle est encore loin de son terme, du moins quand on s'intéresse aux travaux les plus déterminants ou les plus prestigieux. Chacun s'accorde en effet à dire que, tout particulièrement dans les disciplines « dures », les Nobel n'ont pas souvent failli en oubliant de récompenser une découverte indiscutablement majeure. Tout au plus y a-t-il un décalage important - parfois un quart de siècle - entre les découvertes et la nobélisation de leurs auteurs, ce qui laisse espérer qu'une avancée de la parité dans les laboratoires de recherche comme dans tous les domaines professionnels a pu déjà avoir lieu sans être encore visible.

On continuera certainement à « payer » pendant longtemps le confinement aux seconds rôles imposé aux femmes depuis des siècles dans tous les métiers « nobles », en particulier dans ceux qui peuvent valoir un certain prestige (comme le Nobel) ou un certain pouvoir dans la société. Un confinement qui, tout en étant loin d'avoir disparu, est lentement mais sûrement remis en cause dans les pays développés, mais qui persiste sur plus de la moitié de la planète. D'ailleurs, et c'est ce qui semble prouver que les choix du comité Nobel reflètent plus l'état réel des choses qu'une misogynie exacerbée, les autres palmarès dans des domaines équivalents ou connexes ne sont pas plus favorables aux femmes, ou à peine. Du côté des mathématiques, le verdict de la médaille Fields a été déjà évoqué. Et quand le quotidien Le Monde, comme on l'a vu récemment, demande à ses lecteurs et lectrices de désigner les plus grands écrivains du siècle, il ne trouve, même dans ce domaine réputé accessible depuis toujours aux deux sexes, que 11 femmes à classer parmi les 100 premiers. Et aucune à inscrire dans le « top ten » : Simone de Beauvoir, arrivée loin devant toutes ses consoeurs des lettres, n'est jugée digne que du onzième rang. Ne parlons pas de la place accordée aux femmes dans un domaine où le problème de la parité est posé partout depuis longtemps, celui du pouvoir politique : d'après la dernière étude internationale disponible, les femmes représenteraient 6 % des membres des gouvernements dans les pays en développement et 13 % dans les nations industrialisées, soit, en moyenne mondiale, environ 8 %. Des résultats, ce n'est évidemment pas un hasard, proches de celui des Nobel.



* Des femmes Prix Nobel, Editions des femmes, 1992.

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