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 Il y a 40 ans, Antoinette Fouque créait le MLF

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Chaton
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MessageSujet: Il y a 40 ans, Antoinette Fouque créait le MLF   Mar 7 Oct - 18:29

Il y a 40 ans, Antoinette Fouque créait le MLF



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Le 1er octobre 1968, dans un petit appartement de Paris prêté par Marguerite Duras, Antoinette Fouque et deux amies fondaient le MLF, le Mouvement de libération des femmes. Rencontre, quarante ans après, avec une sacrée « mersonnage ».


De la courte histoire du féminisme, à l'échelle des hommes, le grand public retient en général Olympe de Gouge la révolutionnaire, Flora Tristan l'initiatrice des clubs féminins en 1840, Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir, les combats de Gisèle Halimi pour le droit des femmes. Il cite moins Antoinette Fouque.



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Sa bouille, pourtant, est reconnaissable entre mille: des yeux frondeurs sous un casque de cheveux désordonnés de la même façondepuis toujours. Mais son discours brillant est plus difficile d'accès : il faut connaître un peu la pensée de Roland Barthes avec qui elle a étudié,celle deLacan qui l'a formée à la psychanalyse. Il est moins médiatique, en tout cas, ce discours, qu'une action coup d'éclat. Comme le dépôt de la gerbe « à la femme inconnue du soldat inconnu » sous l'Arc de triomphe, en août 1970, ou le slogan « Une femme est un homme comme les autres ».

Antoinette Fouque est une intellectuelle, une penseuse. Elle incarne un courant réformiste du féminisme. Elle ne prône pas un égalitarisme qui voudrait s'absoudre du naturel : pour elle, la femme a un utérus et c'est elle qui donne la vie, « si elle veut ». Cette battante n'a jamais brûlé de soutien-gorge, méthode de « militante américaine ». Mais elle sait remettre un académicien à sa place, en l'occurrence Maurice Druon, lorsqu'il refuse, en 1994, toute féminisation des mots sous prétexte que le masculin est le genre neutre de la langue française. « C'est oublier que le masculin a absorbé le neutre qui existait en latin, rappelle celle qui se méfie de la neutralité. Ceux qui se disaient neutres en politique, pendant la guerre, c'était surtout des collabos. »

Lire du Antoinette Fouque dans le texte est compliqué. L'écouter, beaucoup plus simple. Elle est née à Marseille, dans la chaleur populaire du Vieux Port, en 1936. Née d'un berger corse qui désirait un troisième enfant, et d'une mère calabraise, « analphabète mais poète à sa façon », qui le souhaitait moins. Elle s'est mariée en 1959, a eu une fille, Vincente, en 1964. Pas de machisme à la maison, pas de divorce, pas d'avortement mais elle a milité pour. Un petit-fils, Ezequiel, « en CE1, qui sait déjà tout de la différence garçon-fille ». Antoinette Fouque a mis davantage de temps à la ressentir...

« Fille de prolétaires de tradition catholique », instruite à l'école de la République, elle s'est toujours sentie l'égale de ses copains de la faculté des Lettres d'Aix-en-Provence. La naissance de sa fille va tout bouleverser. La voilà mère, enseignante, en pleine période révolutionnaire. En 1968, elle est à la Sorbonne de l'aventure du Comité révolutionnaire d'action culturelle avec André Téchiné, Umberto Eco, Nathalie Sarraute... mais s'aperçoit vite que la révolution de Mai, la lutte des classes, « a surtout conduit à la libération des hommes ».

Octobre 68 sera celle des femmes. Antoinette Fouque et ses amies Monique Wittig et Josiane Chanel se retrouvent dans un petit appartement de la rue de Vaugirard, à Paris, prêté par Marguerite Duras. Leur petit groupe de discussion sur le corps, la sexualité des femmes, s'agrandit. Sans homme, au départ. « Il fallait que la parole se libère, sans le poids de la domination et du discours masculin. » Et la dure réalité jaillit. « Des viols, des mères battues par leur mari »... Le MLF est lancé, entraînant dans son sillage d'autres mouvements pour les droits des femmes.

« En quarante ans, elles n'ont rien lâché », observe la Marseillaise, fière du résultat. Fière aussi de sa méthode, humaniste et sans arme, contestée par des courants plus radicaux. « Le mouvement n'a pas basculé dans le terrorisme et les Françaises, aujourd'hui, sont celles qui ont le plus fort taux de natalité et qui travaillent le plus. »

Bien sûr, il reste encore beaucoup à faire. « Les femmes n'ont pas encore conquis les grands corps d'État et elles ne possèdent que 1 % de la richesse mondiale quand elles en produisent 80 % ». L'athée qu'elle est devenue observe aussi un retour du religieux. Elle l'analyse comme « une réaction violente à la libération des femmes de l'Occident », comme un soubresaut dans un mouvement en marche. « Le seul qui reste de 1968. »

La crise économique l'inquiète davantage. « Elle frappera d'abord et encore les plus faibles, c'est-à-dire les femmes. »

Ah !, encore deux ou trois choses sur Antoinette Fouque. Elle possède trois maisons, l'une sur la côte varoise, la deuxième sur une île du golfe du Morbihan (elle trouve les Bretons « courtois ») et la troisième à Paris, à Saint-Germain-des-Près. Elle adore causer avec une grande copine catholique, aristocrate et mère de douze enfants, de « sa fascination pour la procréation ». Elle est aussi très amie avec la créatrice Sonia Rykiel. Elle ne se maquille jamais.

Mercredi, c'était son anniversaire. 72 ans. Son petit chien est mort la veille. Elle est clouée sur un fauteuil roulant par une maladie invalidante. N'en parle jamais. Va jusqu'en Birmanie, soutenir la résistante Aung San Suu Kyi. « Tout va bien ». « Les femmes portent l'espèce humaine ». Et les nouvelles générations, croit-elle, en ont conscience.




40 ans du MLF. Un film de la série Empreintes, réalisé par Julie Bertuccelli, sera consacré à Antoinette Fouque le 10 octobre, à 20 h 35, sur France 5 (TNT, rediffusion le 12 à 9 h 30 sur les chaînes hertziennes). Le 16 octobre, sortie du livre Génération MLF, 1968-2008, aux éditions des Femmes. Rens. au 01 42 22 60 74 ou sur [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]


Christelle GUIBERT.



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Dernière édition par Chaton le Mar 7 Oct - 18:53, édité 1 fois
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Chaton
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MessageSujet: Re: Il y a 40 ans, Antoinette Fouque créait le MLF   Mar 7 Oct - 18:53

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Antoinette Fouque




Née le 1er octobre 1936 à Marseille, cette psychanalyste et politologue incarne la voix des femmes depuis 1968.


C’est LA figure du féminisme français. Plus connue que Monique Wittig, avec laquelle elle fonda le « Mouvement de Libération des Femmes » (MLF), Antoinette Fouque a marqué de son empreinte l’évolution de la cause des femmes dans la société française.

Mai 68, a-t-elle affirmé, n’a pas joué de rôle dans sa décision de se lancer dans le combat. Pas sûr. Comme Monique Wiitig (voir portrait), Fouque a vu les hommes se mettre en avant et occuper le devant de la scène. Et puis, le terreau soixante-huitard a sans aucun doute contribué à alimenter, voire faire émerger, quelques idées. Cinq mois plus tard, en octobre de cette même année 68, « nous avons commencé à nous réunir comme cela ; rien n’était encore précisément formulé : nous étions trois », raconte-t-elle à propos des premiers comités qui ont présidé à la création du MLF.

Professeur de lettres, titulaire d’un doctorat sur les avant-gardes littéraires dirigé par Roland Barthes, devenue psychanalyste sous la houlette de Jacques Lacan, Fouque créée le groupe « Psychanalyse et politique ». Sa théorie est la suivante : non, les femmes ne sont pas des hommes comme les autres et, contrairement à ce qu’a pu affirmer Sigmund Freud, si les filles souffrent de ne pas avoir de phallus, les garçons peuvent tout autant regretter de ne pas avoir d’utérus. Ne partageant pas le point de vue jusqu’au-boutiste de sa copine Monique Wittig (les deux femmes s’éloigneront l’une de l’autre), Antoinette Fouque pense qu’il faut absolument affirmer l’existence de deux sexes. Bref, sa position est beaucoup plus soft que celle des féministes radicales qu’elle accuse d’avoir causé beaucoup de dégâts et véhiculé une image caricaturale.

Elle stigmatise les « extravagances de certaines militantes » : c’était l’époque où quelques-unes revendiquaient l’appellation « gouines rouges ». Baptisé MLF par les médias à partir de 1970, le mouvement, dont Fouque s’affirme bientôt leader, rejette le fonctionnement classique d’une organisation ou d’un parti : ses membres ne doivent pas prendre de carte, pas plus qu’ils ne doivent élire de présidente. C’est un endroit où les femmes doivent pouvoir discuter et prendre la parole. Elles luttent avec succès pour la légalisation du droit à l’avortement : le combat « pour les femmes avait transformé un premier essai. Il fallait désormais passer à une phase positive, de création », se souvient-elle.

En 1973, elle poursuit son idée et lance les éditions Des Femmes : des livres, des journaux, des hebdomadaires paraissent. Ils sont écrits par et pour des femmes : Hélène Cixous, Virginia Woolf… Des librairies Des Femmes voient le jour. Antoinette Fouque est aussi la première à lancer les livres audio, des cassettes de personnalités lisant des textes : Fanny Ardant racontant Balzac, Michel Piccoli, Nathalie Sarraute… Les hommes ne sont plus exclus et sa maison d’édition publie, entre autres, le philosophe Jacques Derrida. Les éditions Des Femmes ne survivront pas aux années 1980. Pas plus que le MLF.

Fouque continuera son combat ailleurs, se lancera dans la politique, sera élue au Parlement européen. Avec toujours le même leitmotiv : « Oui, les femmes réclament leurs droits. Pas pour dominer l’homme, mais simplement au nom de leur dignité. »
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MessageSujet: Re: Il y a 40 ans, Antoinette Fouque créait le MLF   Mar 7 Oct - 18:57

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Monique Wittig




Casquette sur la tête, dégaine crâne de mauvais garçon, les photos de cette intellectuelle lesbienne donnent une idée de ses convictions forgées avec la révolution de mai. Vive les femmes !


Non, le féminisme n’a pas connu son heure de gloire en mai 68. Et c’est justement de cette absence de reconnaissance qu’est né le Mouvement de Libération de la Femme (MLF). La romancière Monique Wittig en est la théoricienne et l’une des grandes fondatrices. Elle accède à la célébrité en 1964 avec son premier roman L’Opoponax (prix Médicis) dans lequel elle racontait l’enfance d’une petite fille. A l’époque , Marguerite Duras ne cache pas son emballement et l’analyse comme « l'exécution capitale de quatre-vingt-dix pour cent des livres qui ont été faits sur l'enfance ».

Quand mai éclate, Wittig, ex-professeur de Français dans une pension religieuse, travaille aux Editions de Minuit où elle est correctrice et rewriter. Elle monte sur les barricades avec ses camarades et constate que les leaders masculins du mouvement n’ont pas envie de partager le pouvoir. Elle prend acte et quelques mois plus tard, en octobre, participe à la création d’un premier groupe de travail non-mixte qui réfléchit à la condition féminine.

En 1969, elle publie « Les guérillères », texte militant dans lequel elle prône une action guerrière pour accéder à l’égalité entre les sexes. Révolutionnaire dans sa forme comme dans son contenu, « Les guérillères » est devenu un livre culte dans les universités américaines. Il représente une référence pour de nombreux étudiants spécialisés dans ce que les Anglo-saxons appellent les « gender studies ».

Monique Wittig n’en reste pas là. Le 26 août 1970, elle passe à l’action avec une douzaine de militantes anonymes. Toutes déposent une gerbe sous l’Arc de Triomphe, à la gloire de la Femme du soldat inconnu. Sur les banderoles, on peut lire : « Il y a plus inconnu que le soldat inconnu : sa femme. » Les activistes sont arrêtées par la police et le lendemain la presse annonce la « naissance du MLF ».

Wittig persévère dans son « être » et durcit ses positions. En 1971, elle est membre actif des « Gouines rouges », participe aux « féministes révolutionnaires. » Elle incarne la frange jusqu’au-boutiste et affiche ouvertement ses préférences. Ses livres oscillant entre fictions et essais décrivent des univers exclusivement féminins. Cela dit, l’intellectuelle récuse les déterminations sexuelles. Elle considère que le concept de femme a été créé par et pour des hommes soucieux d’assurer leur domination. En 1975, elle rencontre sa future compagne, l’américaine Sande Zeig. Originaire de New-York, cette apprentie metteur en scène est venue étudier le mime à Paris. Quand elle repart, elle emmène Monique Wittig dans ses bagages.

Les deux femmes ne se quitteront plus. L’intellectuelle s’installe aux Etats-Unis où son travail est reconnu. Elle soutient une thèse sous la direction de Gérard Genette, grand critique et théoricien littéraire et enseigne à l’université d’ Arizona. Confidentiel en France, son travail a influencé beaucoup d’intellectuels américains. Elle meurt brutalement en 2003 d’une crise cardiaque. Pour elle, comme pour Aragon, aucun doute : « La femme est l’avenir de l’Homme. »



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MessageSujet: Re: Il y a 40 ans, Antoinette Fouque créait le MLF   Ven 17 Oct - 11:05

OPA sur le MLF


Dans sa chronique du 16 octobre 2008, Clémentine Autain revient sur l’OPA d’Antoinette Fouque sur l’origine du MLF.




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MessageSujet: Re: Il y a 40 ans, Antoinette Fouque créait le MLF   Ven 17 Oct - 11:06

Le féminisme pour les nuls




Une douce OPA s’opère sur le Mouvement de libération des femmes. La semaine dernière, Le Parisien et Ouest-France annonçaient “les quarante ans du MLF”… Avec deux ans d’avance. Stupeur chez les féministes. Seraient-elles guettées par la maladie d’Alzheimer ? Serions-nous déjà en 2010 ? De l’avis des historiennes comme des militantes, les “années mouvement” remontent à 1970.

Des féministes étaient bien à l’oeuvre parmi les activistes de Mai-68, mais leurs préoccupations n’étaient la priorité du mois de mai, surtout pas celles de leurs camarades garçons. Il faut attendre 1970 pour assister à un mouvement revendiquant la libération des femmes à travers une série de temps forts collectifs : réunion à la faculté de Vincennes, dépôt de gerbe à la femme du “soldat inconnu” et numéro de la revue de Partisan proclamant “Féminisme : année zéro”. Mais alors pourquoi cette précipitation et pourquoi certains médias datent subitement l’acte fondateur du MLF un 1er octobre 1968 ? Cette date ne correspond à rien… si ce n’est à l’anniversaire d’Antoinette Fouque. Aussi comique que cela puisse paraître, cette ancienne députée européenne, fondatrice des Editions des femmes, croit se souvenir avoir abordé la question avec deux amies le jour de son anniversaire en 1968… Ce qui en ferait l’une des “fondatrices” du MLF. Son service de presse ne ménage pas ses efforts pour le faire savoir. Ouest-France l’annonce donc : “Il y a quarante ans, Antoinette Fouque créait le MLF.” L’époque est décidément propice aux impostures. Et pas seulement sur Internet. Le seul fait que ce canular médiatique fonctionne en dit long sur la méconnaissance, voire le mépris envers l’histoire du féminisme, jugée secondaire. Rappelons cette vérité simple : personne n’a fondé le Mouvement de libération des femmes. On ne décrète pas un mouvement social, surtout composé d’une telle multitude de courants et de groupes. Antoinette Fouque et son courant n’étaient qu’une composante parmi d’autres de ces “années mouvement” (cf. le livre de référence de Françoise Picq).

Psychanalyse et Politique, c’était son nom, réunissait surtout des admiratrices, grâce à un mélange particulier de psychanalyse et de politique d’inspiration maoïste. Le “culte de la personnalité” tenait parfois lieu de pensée, sur un mode que plusieurs féministes ont décrit comme “sectaire” dans un livre : Chronique d’une imposture. Sur le plan des idées, Antoinette Fouque n’a cessé d’attaquer les “positions féministes-universalistes, égalisatrices, assimilatrices, normalisatrices” de Simone de Beauvoir. Elle serait plutôt du genre à exalter le droit à la différence et la supériorité de la physiologie féminine, dite “matricielle”, sur un mode essentialiste quasi druidique. Dans ses textes, elle revendique la “chair vivante, parlante et intelligente des femmes”. Le fait que les femmes aient un utérus - présenté comme le “premier lieu d’accueil de l’étranger” - expliquerait leur “personnalité xénophile”. Comme si toutes les femmes étaient par nature incapables d’être nationalistes ou xénophobes. Même sainte Sarah Palin ? Des observateurs saluent sa féminité et son “style non phallique”. Pourtant, ce “pitbull avec du rouge à lèvres”, comme elle aime à se présenter, tire au fusil sur l’ours blanc d’Alaska et rêve de finir le job en Irak.

Le féminisme caricatural a toujours eu beaucoup de succès auprès des non-féministes. Loin de déconstruire les fondements naturaliste et différentialiste à l’origine de la domination masculine, ce féminisme essentialiste emprunte ses codes et se contente d’inverser les rôles. Pas question d’égalité ni de déconstruire le mythe social associé à la différence des sexes. Il suffit de remplacer le “sexe fort” par le “sexe faible”, le patriarcat par le “matriarcat”, et le tour est joué. Le grand public applaudit. Toute féministe un tant soit peu universaliste, égalitaire ou juste sensée, aurait plutôt envie de pleurer. Elles ont d’autant plus de mal à digérer l’OPA d’Antoinette Fouque sur le MLF qu’il ne s’agit pas d’une première tentative. En 1979, alors que cette grande prêtresse de la féminitude a jadis refusé de se dire féministe - un affreux concept “égalisateur” -, la voilà qui dépose le sigle “MLF-Mouvement de libération des femmes” à l’INPI, l’Institut national de la propriété industrielle, pour pouvoir l’exploiter sur un mode commercial ! Depuis, ses admiratrices sont la risée des cercles féministes. Mais la mémoire ne vaut que si elle se transmet. Or, dans ce domaine, Antoinette Fouque dispose de moyens financiers non négligeables. Grâce à cette aptitude commerciale, sa maison d’édition a permis d’éditer des centaines d’auteures qui ont contribué à l’histoire des idées, parfois dans un sens féministe. Cela ne fait en rien d’Antoinette Fouque la fondatrice du MLF.

Que penserions-nous si une poignée d’amis décidaient de se proclamer “fondateurs” de Mai-68 parce qu’ils avaient rêvé de barricades deux ans plus tôt ? Une telle imposture ne passerait jamais. Tandis que le refus de cette OPA grotesque soulève quelques commentaires amusés, visant à réduire ce débat à une “querelle de filles”. Un peu comme si le débat entre droit à la différence et droit à l’indifférence au sein de l’antiracisme était une querelle de “Blacks” ou de “Rebeux” ! Un tel mépris en dit long sur le chemin qu’il reste à parcourir. Le féminisme n’est pas une histoire de “filles”, mais l’histoire d’un humanisme révolutionnaire qui a bouleversé le monde, comme peu d’idéaux peuvent se vanter de l’avoir fait. Cela mérite que l’on prenne au sérieux son histoire.

Caroline Fourest

Article paru dans l’édition du Monde du 10.10.08.http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/10/09/le-feminisme-pour-les-nuls-par-caroline-fourest_1105039_3232.html

Le Monde du vendredi 10 octobre 2008
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MessageSujet: Re: Il y a 40 ans, Antoinette Fouque créait le MLF   Ven 17 Oct - 14:13

MLF : 1970, année zéro



Elles étaient dix ce 26 août 1970 à déposer une gerbe à «la femme du Soldat inconnu», plus inconnue encore que le célèbre soldat sous l’Arc de triomphe. C’est ce jour-là, que les journalistes, copiant le «Women’s Lib» américain, ont parlé pour la première fois en France d’un mouvement qu’ils ont baptisé Mouvement de libération de la femme. Le singulier «la femme» a été réfuté, le mouvement de libération des femmes est alors devenu le MLF. Héritier rebelle de mai 1968, c’est un mouvement d’un type radicalement nouveau, qui s’inventait dans la rencontre des femmes sans prétendre les représenter et refusait d’être représenté par quiconque. Nulle ne devait s’approprier le nom collectif. Les tracts étaient signés «quelques militantes» ou «des militantes du MLF» ; les articles de prénoms ou de pseudonymes.

D’où la surprise à l’annonce d’un «anniversaire» qui daterait la fondation du MLF de 1968. Le mouvement des femmes existait déjà aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, dans les pays du nord de l’Europe… Il fallait bien qu’il arrive en France, sur un terrain fertilisé par mai 1968. Si on considère généralement 1970 comme l’année initiale, c’est que la première publication collective, un numéro spécial de Partisans (mai) titrait - en toute innocence historique - «Libération des femmes, année zéro». C’est aussi que l’année 1970 fut riche en événements et manifestations.

L’apparition publique a certes été précédée de l’existence de groupes précurseurs. Mais aucun ne peut prétendre avoir «fondé» seul le MLF ; même si leur rencontre a été déterminante. FMA (Féminin, Masculin, Avenir) a été créé en 1967 par Anne Zélensky et Jacqueline Feldman. Il a organisé le seul meeting sur les femmes dans la Sorbonne occupée (1). Un autre groupe s’est constitué au lendemain de mai 1968, autour d’Antoinette Fouque et de Monique Wittig. Quatre participantes de ce groupe ont publié dans l’Idiot international «Combat pour la libération de la femme». Les deux groupes originaires ont fusionné dans une dynamique nouvelle. Le fleuve MLF s’est mis en marche et les ruisseaux ont afflué. En août le groupe femmes de VLR (Vive la révolution) et d’autres militantes d’extrême gauche l’ont rejoint. L’année 1970 a été jalonnée de manifestations qui ont donné au mouvement son style si particulier. En mai la première réunion féministe non mixte avait ouvert une polémique à l’université de Vincennes. En août c’est le dépôt de la gerbe de fleurs à l’Arc de triomphe. En octobre quarante femmes s’enchaînent devant la prison de la Petite Roquette. Et la perturbation des états généraux de Elle.

A partir de l’automne, le MLF tient AG (assemblée générale) tous les quinze jours aux Beaux-Arts dans une joyeuse cacophonie qui débouche sur les initiatives les plus diverses. En avril 1971, le Nouvel Observateur publie le manifeste des 343, où des femmes - dont certaines célèbres - déclarent s’être fait avorter. C’est le coup d’envoi de la campagne «avortement» qui allait aboutir, après une extraordinaire mobilisation, au vote de la loi Veil sur l’IVG. Le MLF est traversé de débats, de conflits. Des tendances se dessinent, s’opposent. Les Féministes révolutionnaires, universalistes dans la lignée de Simone de Beauvoir, aiment les actions spectaculaires et symboliques ; Psychanalyse et politique, autour d’Antoinette Fouque rejette le féminisme beauvoirien, et cherche à faire émerger la spécificité féminine par la psychanalyse et le travail sur soi. Mais le mouvement reste un ensemble fluide, où on peut passer d’un groupe à l’autre, participer à toutes sortes de réunions : groupes de parole, groupe de quartiers, écriture collective, publication du Torchon brûle.

Au fil des années et avec l’extension du mouvement, des tendances se sont rigidifiées, les conflits se sont amplifiés. Le mouvement perdait sa dynamique. «Attention, pouvait écrire Christiane Rochefort, l’une des dix de l’Arc de triomphe, Il est au bord de la majuscule. - MLF. Ça y est, il l’a prise… C’est comme ça qu’on se divise soi-même ; qu’on divise la lutte ; et qu’on s’approprie sans y penser ; en tant qu’élite, un mouvement de lutte». C’est après la marche du 6 octobre 1979, précédant le vote définitif de la loi sur l’IVG, que le point de non-retour a été franchi. Dans le secret, trois femmes - Antoinette Fouque, Marie-Claude Grumbach et Sylvina Boissonnas - déposent à la préfecture de police une association du nom de «Mouvement de libération des femmes - MLF». Le même nom a ensuite été inscrit comme marque commerciale à l’Institut de la propriété industrielle et commerciale. Ce mouvement qui n’appartenait à personne était devenu la propriété privée de quelques-unes qui pouvaient légalement interdire à toutes les autres de s’en réclamer. Le tollé fut général, et les éditions Des femmes boycottées par les autres groupes féministes. La maison d’édition féministe Tierce, qui avait dénoncé cette appropriation (avec 11 maisons d’éditions féministes de quatre continents) fut attaquée pour «concurrence déloyale» par la SARL Des femmes devant le tribunal de commerce.

C’est beaucoup plus tard, sans doute pour légitimer cette captation, qu’a été forgée la légende de la «fondation» du MLF. On la voit apparaître en décembre 1990 : «Le MLF a été fondé en 1970 par Antoinette Fouque, Josiane Chanel et Monique Wittig (2).» C’est au nom de cette légende aussi qu’est lancé aujourd’hui un appel à célébrer le quarantième anniversaire du Mouvement de libération des femmes.

Auteure de Libération des femmes, les années mouvement, Seuil, 1993. (1) Anne Tristan et Annie de Pisan, Histoires du MLF, Calmann-Lévy, 1977. (2) Le Nouvel Observateur 6 au 12 décembre 1990 et émission la Marche du siècle 5 décembre 1990.


Françoise Picq
Sociologue spécialiste de l’histoire du féminisme, université Paris-Dauphine.
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MessageSujet: Re: Il y a 40 ans, Antoinette Fouque créait le MLF   Ven 17 Oct - 14:19

L'héritage féministe détourné
Des femmes du Mouvement de libération des femmes (non déposé, ni «co-fondé»).


Nous voilà donc, en octobre 2008, conviées à célébrer le quarantième anniversaire de la «fondation» du MLF, sous le patronage d¹Antoinette Fouque, directrice des éditions Des femmes. Au-delà de la bizarrerie de cette annonce (le «MLF» - Mouvement de libération des femmes n¹apparaît dans aucun tract militant, aucun compte rendu de réunion, aucun média avant 1970) et de l¹hilarité qu¹elle suscite chez nombre d¹actrices et de contemporain(e)s du mouvement, c¹est la notion même de «fondation» d¹un mouvement social qui est un véritable oxymore.

On a beaucoup parlé, récemment, de mai 1968. On en a rappelé le fantastique foisonnement de paroles, d¹idées, de révoltes, de désirs enfin mis à nu : un formidable moment de (re)mise en mouvement de la société - et pas seulement en France.

Il n¹est venu à l¹idée d¹aucun des acteurs, célèbres ou anonymes, de cette période, d¹en réclamer la paternité, de se déclarer initiateur, ou «fondateur» de mai 1968. Daniel Cohn-Bendit lui-même, symbole du mouvement l¹aurait-il tenté, qu¹il eût été accueilli par un gigantesque éclat de rire et amicalement enjoint de se soigner dans les plus brefs délais. Car, nous le savons, on peut fonder une entreprise, une association, un culte, une SCI, une SARL, une maison d¹éditions, une secte, parfois tout cela ensemble : on ne peut pas «fonder» un mouvement. Il existe bien sûr des livres fondateurs : le Capital, par exemple ; il existe des actes, ou des événements fondateurs : la nuit du 4 août, la prise de la Bastille, ou du palais d¹Hiver ; ils ne font nullement de Marx le «fondateur» du mouvement ouvrier, de Saint-Just ou Robespierre les «fondateurs» de la révolution française, ou de Lénine le «fondateur» de la révolution d¹Octobre - et Antoinette Fouque, même si certains de ses admirateurs le pensent, n¹est pas Marx, ou Saint-Just, ou Lénine.

De tous les mouvements sociaux du siècle, seul le «MLF», à en croire Antoinette Fouque, aurait été «fondé» ? A une date précise ? Dans un lieu précis ? Par une personne précise ? Ou deux ? Ou trois ? Ou quinze ? Et cette personne, ou ces deux, ou trois, ou quinze personnes auraient dissimulé la chose durant des décennies ? Elle aurait, elles auraient, durant les «années mouvement», travaillé ensemble, milité, écrit des textes, publié des journaux, manifesté dans les rues, vécu des conflits - ou des histoires d¹amour - sans jamais avoir révélé à quiconque leur secret ? Sait-on qu¹Antoinette Fouque elle-même s¹en est décrétée «fondatrice» seulement au début des années 1990 ?

Fondation occulte donc et, aussi, divinatoire : elle serait survenue, toujours dans la légende dorée que l¹on nous propose, avec deux ans d¹avance. Peut-on imaginer Dany Cohn-Bendit convoquant presse, radios et télévisions pour commémorer le 40e anniversaire de mai 1968 en 1966 ? Célébrant la «fondation de mai 1968» par lui et deux ou trois amis dans une maison au bord de la Méditerranée, en septembre 1965 ? Ou par quinze autres amis dans un appartement parisien un jour de février 1966, comme par hasard jour de son anniversaire ? Ce sont là pourtant deux des versions récentes - et ahurissantes - données par Antoinette Fouque de la «fondation» du MLF.

Soyons clairs. Antoinette Fouque a fait, incontestablement, partie du mouvement de libération des femmes. Elle y a dirigé la tendance «psychanalyse et politique», qui séduisit nombre de jeunes femmes, et d¹hommes - et en horripila nombre d¹autres - ce sont là contradictions classiques, dans tout mouvement. Elle a fondé la librairie Des femmes, et les éditions éponymes, dont le catalogue est remarquable. Elle a été élue députée européenne (sur la liste de Bernard Tapie), et semble disposer de moyens financiers considérables. D¹autres s¹en contenteraient. Les raisons pour lesquelles il lui a fallu confisquer, autrefois, le mouvement de libération des femmes à son seul profit (1) en déposant à la stupeur générale une marque commerciale : «MLF». Les raisons pour lesquelles il lui faut, aujourd¹hui, en confisquer et en falsifier l¹histoire restent, à nos yeux, mystérieuses. Ce qui ne l¹est pas ce sont ses effets. A propos du dépôt de la marque commerciale «MLF», Simone de Beauvoir disait : «réduire au silence des milliers de femmes en prétendant parler à leur place, c¹est exercer une révoltante tyrannie».

(1) Cf. Chroniques d¹une imposture : du mouvement de libération des femmes à une marque commerciale, Nadja Ringart, éditions Mouvement pour les luttes féministes, 1981, Paris. Réagir <http://www.liberation.fr/societe/0101121977-mlf-1970-annee-zero#>


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natou
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MessageSujet: Re: Il y a 40 ans, Antoinette Fouque créait le MLF   Ven 5 Déc - 21:49

Empreintes
Documentaire (Société)

VENDREDI 5 DÉCEMBRE 2008 / / 20H35

Cofondatrice du MLF en 1968, créatrice des «Editions des Femmes», psychanalyste, mais également députée europénne, Antoinette Fouque a choisi sa voie. Depuis quarante ans, elle soutient en un engagement sans failles les différents combats que mènent les femmes à travers le monde, qu'il s'agisse d'excision, d'avortement, de violence conjugale ou de liberté d'expression. Confidences d'une personnalité hors du commun, intimement persuadée que les femmes sont le principal moteur pour faire avancer la justice et la démocratie dans le monde.

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Misfit Cat
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MessageSujet: Re: Il y a 40 ans, Antoinette Fouque créait le MLF   Ven 5 Déc - 22:10

grrrrrrr Forcément je n'ai pas France 5 à 20h30... triste
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C.sile
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MessageSujet: Re: Il y a 40 ans, Antoinette Fouque créait le MLF   Sam 6 Déc - 14:18

Rediffusion dimanche 7 décembre à 8 h 55 clin d'oeil

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Misfit Cat
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MessageSujet: Re: Il y a 40 ans, Antoinette Fouque créait le MLF   Sam 6 Déc - 14:23

Génial, merci C-Sile d'avoir cherché l'info ! supercool

tête
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Misfit Cat
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MessageSujet: Re: Il y a 40 ans, Antoinette Fouque créait le MLF   Dim 7 Déc - 12:09

Ca se devait d'être à 'dose homéopathique' mais c'est toujours intéressant.
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MessageSujet: Re: Il y a 40 ans, Antoinette Fouque créait le MLF   

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