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 Un féminisme gangrené par le relativisme

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Chaton
Déesse parmi les déesses
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MessageSujet: Un féminisme gangrené par le relativisme   Ven 4 Avr - 13:18

Un féminisme gangrené par le relativisme
par Micheline Carrier




Aux insoumises de ce monde.


Comme des otages atteints du syndrome de Stockholm (1), des féministes ont commencé depuis quelque temps à trouver des vertus à l’oppression et aux oppresseurs. Des silences aussi bien que des prises de position illustrent cette forme d’accommodement. Les exemples les plus courants sont ceux de la prostitution et des symboles religieux, par exemple le port du foulard islamique. Parce que quelques-unes l’ont affirmé, on s’est fait accroire que la plupart des femmes prostituées et des femmes portant le foulard islamique ont le choix. C’est commode, on n’a pas à remettre en question les codes patriarcaux profanes ou religieux qui incitent à faire un tel "choix", ni surtout à interpeller ceux qui en tirent profit : pères, frères, conjoints, patrons, collègues, amis, voisins.

Au Québec, on marche sur des chardons ardents si l’on s’avise de critiquer les valeurs sexistes et les coutumes misogynes de certains groupes ethno-religieux. Critiquer le sexisme des Québécois de souche, d’accord. Mais critiquer publiquement le sexisme des Québécois dont les coutumes et la religion écartent les femmes des lieux publics fréquentés par des hommes, leur imposent de se cacher ou de se raser les cheveux, les placent en retrait dans les lieux de culte ou leur interdisent certaines fonctions publiques, ce serait du racisme. Dénoncer le Vatican, mais pas les imams, les rabbins et les intégristes religieux bien que les uns et les autres voient les femmes comme des êtres à soumettre. On dit agir ainsi au nom de la "tolérance" et du "respect". L’égalité des femmes et des hommes ne concernerait-elle donc pas tous les groupes ethno-culturels qui composent la société québécoise ?

Pour une féministe, c’est aussi un exercice périlleux de critiquer des positions ou des non-positions d’autres féministes. Plusieurs ont choisi de se taire de peur d’apporter de l’eau au moulin des adversaires, toujours à l’affût des divisions, ou de se faire reprocher leur "manque de solidarité". Quand des récalcitrantes insistent trop, on impose un moratoire ou la censure, comme cela s’est produit pour les débats sur la prostitution et sur l’extrémisme religieux dans des listes de discussions féministes. Tant de luttes menées par des femmes pour le droit de prendre la parole...

La société entière est gangrenée par un relativisme multiforme, et le féminisme n’y échappe pas. Tous les systèmes de valeurs s’équivaudraient et, si on n’adhère pas à ce credo, c’est qu’on est une fieffée occidentale blanche, colonialiste et peut-être même xénophobe. On tente parfois de se faire accroire que porter le voile islamique (hijab, foulard, burqa) ne signifie pas autre chose que de porter un quelconque vêtement, comme on s’est fait accroire que la prostitution est simplement un “travail comme un autre“ et un mode de vie marginal. C’est un choix, et de quel droit discute-t-on le choix d’autrui ? Certaines "éprouvent" et "pensent" ce que toutes les femmes musulmanes sont censées éprouver et penser face aux critiques du foulard islamique. Elles se sentent "humiliées", "exclues", "rejetées", "jugées"... par procuration. Mais on a la solidarité sélective. Cette belle empathie s’étend-elle autant aux femmes musulmanes qui, au Canada comme dans le monde entier, refusent un symbole religieux qui s’accompagne le plus souvent de la perte de leurs droits fondamentaux, ces femmes qui subissent des menaces en raison de leur insoumission ?

Tout le monde sait que, chez les musulmans, seules les femmes sont encouragées à "faire le choix" de porter un signe distinctif qui les stigmatise, mais on n’aurait pas le droit de s’interroger publiquement sur le sens et les conséquences de cette "distinction". Il me semble qu’une telle attitude n’a rien de féministe. Il y a plus d’indifférence ou de condescendance que de respect et de tolérance dans le fait d’accepter que des femmes canadiennes, quelle que soit leur origine, - en l’occurrence il s’agit de Canadiennes musulmanes - soient marquées publiquement comme des êtres mineurs et dangereux pour l’autre sexe, qu’elles soient utilisées ("instrumentalisées") comme porte-étendard idéologique et marginalisées par leur propre communauté. Pour démontrer ô combien elles sont tolérantes et solidaires, certaines ont même suggéré de manifester en faveur du droit de porter ce symbole imposé aux femmes musulmanes.

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Chaton
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MessageSujet: Re: Un féminisme gangrené par le relativisme   Ven 4 Avr - 13:21

Un féminisme non interventionniste face à l’extrémisme religieux

par Micheline Carrier




Ce texte est la deuxième partie de l’article "Un féminisme gangrené par le relativisme".



Aux résistantes de tous les horizons.


Avant la récente vague de fondamentalisme religieux dans le monde, très peu de Québécoises musulmanes portaient un foulard islamique dans les lieux publics. Il aurait été étonnant que la montée de l’islamisme politique dans certains pays musulmans n’exerce aucune influence sur la diaspora. Combien de femmes et d’adolescentes porteraient le foulard si elles ne subissaient pas les pressions de leur milieu ? Des extrémistes religieux, qui sont loin de représenter la communauté musulsane du Québec et du Canada mais n’en jouissent pas moins d’une grande influence dans les domaines privé et public, encouragent à se servir du foulard islamique comme symbole identitaire. Ils se fabriquent ainsi un prétexte pour taxer de racisme les éventuels critiques : « Quand vous critiquez le fait que je porte le voile ou le hijab, vous m’attaquez en tant que musulmane, donc vous êtes raciste. » Celles qui ne le portent pas sont-elles moins musulmanes ?

Des gens s’exclament : « On ne les oblige tout de même pas à le porter, ce voile ! » Certes, pas toutes.

« Sûrement que, contrairement à d’autres contextes où l’on oblige ces femmes à le porter, c’est vrai dans un contexte canadien, c.-à.-dire de société démocratique, dit une internaute québécoise musulmane. Je suis tentée de vous dire que la définition même de l’aliénation, c’est d’en être consentant(e) ! Ces femmes ont raison de vous dire que le voile est dicté par dieu. C’est normal, c’est dans le Coran ! C’est là qu’intervient la nécessité d’être vigilant. Il ne s’agit pas de prendre un fouet et de fouetter ces pauvres femmes, ou de leur mettre une étoile verte sur le costume. À titre individuel, il n y a pas d’autres choix que de les respecter dans leur...choix consentant !

« Mais à titre collectif, ma foi, il est temps d’affûter ses arguments et d’oser s’attaquer à l’essentiel, c’est-à-dire les idées. Le voile n’est pas un simple habit : c’est un étendard idéologique. Derrière le voile se cache non pas une violence physique (la plupart des voilées d’ici ne sont pas sujettes à des violences physiques, bien au contraire), mais une violence symbolique. »


Il existe bien des manières d’influencer la liberté d’autrui. Menacer et manipuler la vérité sont parmi les plus fréquemment employées. L’automne dernier, le site du Centre communautaire musulman de Montréal - ce Centre où s’entraînaient les petites filles de 8 a 12 ans (l’âge des grands choix “libres“, n’est-ce pas ?) qui ont fait les manchettes au Québec parce qu’“elles voulaient“ porter le hijab lors de compétitions de Tae Kwan Do (1) - a publié un article menaçant les femmes musulmanes qui ne portent pas le foulard islamique : « Ne pas porter le hijab peut entraîner “des cas de divorce, d’adultère, de viol et d’enfants illégitimes“, disait l’avertissement pour le moins ahurissant. On y disait aussi que celle qui enlève son voile voit sa “foi détruite“, adopte un “comportement indécent“ et sera punie en “enfer“. On y traitait aussi la femme occidentale de “prostituée non payée“ ». (2)

Combien de discours semblables avait entendus dans des mosquées, ou lus sur des sites, le père ontarien qui a tué sa fille de 16 ans, Aqsa Parvez, rebelle aux règles islamiques (dont le port du hijab) ? Parce qu’elle souhaitait s’intégrer à la société canadienne et à son milieu scolaire, cette adolescente avait antérieurement quitté sa famille qui voulait l’en empêcher. On a essayé de faire croire que ce meurtre n’était qu’un crime familial comme il y en a tant au pays, sans connotation religieuse ni politique. Les groupes féministes, une fois encore, même ceux qui militent contre la violence envers les femmes, se sont montrés plutôt discrets sur ce crime et sa signification. Il faut peut-être se demander dans quelle mesure l’autocensure engendrée par le relativisme culturel restreint les luttes des femmes.

Quoiqu’on essaie parfois de le faire croire, le discours sur le foulard islamique n’a rien à voir avec la liberté de religion. Porter ou non ce foulard relève de croyances, et les croyances ne sont pas à l’abri des critiques. « Tolérer ne veut pas dire se taire ». (3) Quand des hommes, au nom d’une religion créée par eux et qu’ils se disent les seuls à pouvoir interpréter, imposent ce symbole de soumission aux femmes, et à elles seules, c’est faire l’autruche d’agir comme si cet acte n’avait aucune portée particulière. Des féministes devraient être capables de dénoncer ce sexisme sans craindre être accusées d’intolérance.

Des organisations féministes peuvent prétendre défendre les droits de “toutes les femmes“ dans le respect de la diversité, en s’abstenant de critiquer des symboles politico-religieux réservés aux seules femmes musulmanes. Il me semble que cette attitude n’aide en rien celles qui y résistent ou voudraient y résister. En acceptant la différence des droits au nom de traditions culturelles ou religieuses, ces organisations collaborent d’une certaine façon à la marginalisation et à l’instrumentalisation de ces femmes à des fins idéologiques.


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