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 La prostitution

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Misfit Cat
Déesse parmi les déesses
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MessageSujet: La prostitution   Lun 11 Juil - 16:57

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ARGENTINE - La prostitution, job étudiant à la mode

Le monde de la prostitution VIP argentin devient "intello", rapporte le quotidien argentin Clarín. Le journal en veut pour preuve le nombre croissant d'étudiantes que recrute désormais le site Internet spécialisé Tramps-Escorts, "des étudiantes de bonne famille, jolies et parlant plusieurs langues". Et Tramps-Escorts n'est que l'une de la cinquantaine d'entreprises argentines à proposer sur le web les services de ce genre d'escort girls.

Clarín se penche sur cette question de la prostitution de luxe à la suite de la parution d'un travail de l'université de Melbourne, en Australie, qui révèle que, dans le monde, de plus en plus d'étudiantes se tournent vers la prostitution et le strip-tease afin de payer leurs études. Le quotidien argentin a donc mené sa propre enquête dans son pays. "Actuellement, vingt-cinq pour cent des prostituées VIP en Argentine sont des étudiantes. Ces jeunes filles sont indépendantes et cultivées, multilingues, et mènent une vie sociale normale", remarque le journal.

Claudio Ares, le patron de Tramps, explique : "Les clients ont de hautes responsabilités et un revenu très élevé. Ils paient entre 400 et 1 500 pesos l'heure", soit de 115 à 435 euros. Rien à voir avec les "autres" jobs étudiants mal payés, dans une économie qui sort à peine d'une crise historique. Dans ces conditions, "elles choisissent plutôt de passer la soirée avec un 'gentleman'", rapporte le quotidien. "J'ai au minimum vingt clients chaque mois", confie Laura, prostituée VIP et étudiante en droit. "Les universités privées coûtent cher, et ce travail paie mieux qu'être vendeuse pendant les soldes."

Clarín affirme que les filles de joie VIP "nouvelle génération" ont de bonnes relations avec leurs clients. Ils comprennent "quand [elles ont] un partiel", sont sympathiques et ont souvent des points communs avec elles. Les clients eux-mêmes sont ravis. "Elles vous invitent chez elles. C'est beau, propre, on fait l'amour avec un préservatif, puis on finit par rester à discuter en se bécotant un peu", raconte l'un d'eux au journaliste de Clarín.

Dans le quotidien, Claudio Ares affirme que ces jeunes prostituées "s'apparentent davantage à des femmes d'affaires qu'à de pauvres filles paumées et sans choix. Toutes disent qu'elles font ce travail de manière temporaire et qu'elles comptent arrêter à la fin de leurs études. Mais nombreuses sont celles qui continuent même une fois leur diplôme en poche." Une tendance mondiale, comme le confirme Sarah Lantz, du Centre de santé pour l'adolescence à l'université de Melbourne. "La majorité de ces jeunes filles restent dans l'industrie du sexe une fois leurs études terminées", déplore-t-elle.

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Misfit Cat
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MessageSujet: Re: La prostitution   Jeu 26 Jan - 19:29

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Le retour des maisons closes au Royaume-Uni

"Afin d'éradiquer la prostitution dans les rues et de protéger les prostituées des dangers qui les y guettent, les femmes pourront travailler ensemble à deux ou trois dans des ‘minibordels'", annonce le quotidien britannique The Independent, en référence à un projet de loi déposé par le gouvernement de Tony Blair la semaine dernière. "C'est la première fois en cinquante ans qu'un gouvernement s'attaque à la législation sur la prostitution", précise The Guardian.


Selon le ministère de l'Intérieur, cité par le quotidien de Londres, on compte au moins 80 000 prostituées au Royaume-Uni. La prostitution est autorisée par une loi qui interdit le racolage et le proxénétisme. En 2005, l'ancien ministre de l'Intérieur David Blunkett avait déjà tenté de revoir les textes en introduisant la création de zones spéciales indiquées par une lumière rouge. Idée que son successeur Fiona Mactaggart a rejetée, car elle serait pénalisante pour les personnes installées à proximité de ces zones. Outre les minibordels, la ministre de l'Intérieur a également annoncé qu'elle souhaitait renforcer les mesures qui aideraient les prostituées à sortir de la drogue et de l'alcool, problèmes de plus en plus fréquents dans ce type de population.

"Personne ne choisit ce métier par goût, mais parce qu'il n'y a pas d'alternative. Nous permettre de travailler dans des lieux spécifiques est une bonne idée, mais la location de locaux nous obligera à en faire deux fois plus", estime Jenny une prostituée de 54 ans qui gagne actuellement entre 30 et 40 livres par client.

Pour Julie Bindel, la fondatrice d'un groupe de défense de droits des femmes intitulé Justice pour les femmes, "le gouvernement a raison de vouloir lutter davantage contre le commerce du sexe". Elle s'interroge néanmoins sur ce projet de loi autorisant la création de minibordels, car "ils ne résoudront jamais le problème de l'existence même de la prostitution".

"Il s'agit de l'oppression la plus ancienne et non du plus vieux métier du monde, comme le soutiennent fréquemment ceux qui estiment que la prostitution est trop dure à éradiquer. La prostitution n'est pas un métier. Quels sont les boulots dans lesquels la drogue, le viol ou le meurtre sont les risques du métier ?" demande Julie Bindel. "Il y a trop longtemps que les hommes qui se cachent derrière la prostitution sont invisibles", déplore-t-elle encore, citant la Suède en exemple. En effet, "la Suède est le seul pays qui a enfin reconnu que la prostitution était un obstacle à l'égalité entre hommes et femmes. La Suède est également le seul pays à avoir admis que la prostitution était une forme de violence contre les femmes". Et c'est à ce titre que les clients hommes sont poursuivis. Selon un sondage publié en 2004, 80 % de la population suédoise soutient cette loi. Les nouvelles générations grandissent avec la conscience que le corps féminin n'est ni à vendre ni à acheter, et que la prostitution est une violation des droits de l'homme. Un premier pas vers la disparition pure et simple de la prostitution ?

Anne Collet

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MessageSujet: Re: La prostitution   Mer 19 Sep - 20:35

POUR LA COLLECTIVE DES LUTTES POUR L’ABOLITION DE LA PROSTITUTION (CLAP)
Non à la prostitution forcée dans les salons de massage
19 septembre 2007

par Milaine Alarie et Geneviève Lafleur

Un pas en arrière en ce qui a trait à l’égalité entre femmes et hommes.

La CLAP désire s’opposer à la décision du juge Howard Chisvin de la Cour de l’Ontario qui a déclaré non coupable M. Valeri Ponomarev, un gérant de salon de massage exigeant de ses employées qu’elles masturbent leurs clients, sous prétexte que la masturbation d’autrui ne serait pas un acte sexuel, donc que les lois relatives à la prostitution ne s’appliqueraient pas à ce genre de pratique. Cette décision s’avère être très néfaste en ce qui concerne le droit des femmes et la lutte contre l’exploitation sexuelle.

Conditions de travail des massothérapeutes en danger

Le jugement rendu crée maintenant un précédent au niveau de l’interprétation des lois en matière de prostitution. Affirmer que la masturbation d’autrui n’est pas un acte sexuel banalise la pratique, ce qui pourrait influencer les patrons des salons de massage à exiger de leurs employées qu’elles offrent ce « service » à leurs clients. D’ailleurs, c’est qui s’est produit lors de la décriminalisation de la « danse contact » (lap dance) en 1999, alors que les danseuses nues ont été forcées par leurs patrons de se laisser toucher par les clients. De plus, nier la valeur sexuelle de la masturbation d’autrui offre aux clients le droit d’exiger ce genre de pratique en toute impunité, minant ainsi le recours des femmes à dénoncer le harcèlement sexuel au travail.

Un pas en arrière pour la lutte des femmes contre l’exploitation sexuelle

En plus d’avoir un effet négatif sur les conditions de travail des femmes dans les salons de massage, cette décision attaque directement les droits des femmes en banalisant l’exploitation sexuelle de ces dernières. Les répercussions de ce jugement pourraient être immenses. Les femmes prestataires de l’assurance-emploi pourraient être obligées d’accepter un emploi de massothérapeute, et ainsi, être forcées à masturber les clients, sous menace de perdre l’accès à l’aide financière gouvernementale. Cette inquiétude peut sembler farfelue, mais pourtant, un cas semblable est survenu en 1984 lorsqu’une chômeuse montréalaise a refusé, malgré les pressions de la Commission d’assurance-chômage, un « emploi » de danseuse nue. Elle a dû alerter les médias pour gagner sa cause et ne pas avoir à accepter ce « travail ». Il importe de se questionner aussi quant aux répercussions d’une telle décision sur la notion d’agression sexuelle. Par exemple, une femme ayant été forcée à masturber un homme pourra-t-elle encore l’accuser d’agression sexuelle ?

Bref, il est primordial de comprendre que les conséquences de définir la masturbation d’autrui comme un acte non sexuel vont au-delà des conditions de travail des masseuses. En ignorant la valeur sexuelle de cette pratique, la Cour de l’Ontario mine le droits de toutes les femmes à vivre dans un monde où elles ne seraient pas contraintes à la prostitution, où elles ne seraient pas victimes d’oppression sexuelle, où elles pourraient être considérées comme des êtres humains à part entière, et non simplement comme des objets au service du plaisir sexuel des hommes.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 19 septembre 2007

Milaine Alarie et Geneviève Lafleur


Source - http://sisyphe.org/article.php3?id_article=2739 -

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Je suis certaine que si c'etait ce juge qui devait masser un homme, il verrait autrement la masturbation d'autrui!
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Misfit Cat
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MessageSujet: Re: La prostitution   Mer 3 Juil - 15:16

Les prostitueurs. Sexe à vendre... Les hommes qui achètent du sexe

juin 2013, par Claudine Legardinier

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« The Johns » était sans doute le seul livre vraiment documenté au niveau international sur la question des prostitueurs. La traduction de Martin Dufresne nous permet enfin de lire l’analyse du canadien Victor Malarek sur "le chaînon manquant" de la question prostitutionnelle, paru en 2009. Après avoir lu plus de cinq mille messages de clients sur le web et interviewé seize prostitueurs, après avoir écumé les bordels de Bangkok, du Costa Rica et du Cambodge comme les trottoirs de Vancouver, Malarek brosse un "tableau inquiétant".

Les prostitueurs, ces hommes invisibles, sont le moteur du réacteur. Ils génèrent un marché multimilliardaire. C’est leur demande "qui engendre les profits faramineux des réseaux criminels mondiaux et incite les trafiquants, les proxénètes, les tenanciers de bordels et les producteurs de pornographie à leur fournir encore plus de proies."

Non seulement leur comportement n’a rien d’anodin mais au terme de son enquête, Malarek dénonce "une tragédie", "un terrorisme sexuel international à l’encontre des femmes et des enfants". Les violences des prostitueurs existent partout, il n’est pas un lieu de prostitution qui soit sûr.

Cette tragédie, ses principaux acteurs l’ignorent, ne songeant qu’à leur ego, à leur plaisir, à l’expression de la solidarité masculine : enterrements de vie de garçon, "rest and recreation [1]" des soldats, déjeuners d’affaires dans les bars de danse nue… Les prostitueurs ont de 14 à 93 ans et sont aussi bien plombiers que télé-évangélistes, avocats que policiers de l’ONU. Inconnus ou célèbres : hier Tolstoï et Hemingway, aujourd’hui Hugh Grant et Jack Nicholson. Pour eux, payer une prostituée, c’est facile. Prendre sans s’encombrer de réciprocité, avoir la possibilité (reprenons leurs termes) de baiser un canon ou une jeunette, viagra aidant, au besoin. Comme le dit un prostitueur, "l’essentiel est d’éviter tout engagement".

Dans cette mise en scène, le prostitueur est roi. Il a le pouvoir : celui de choisir parmi des centaines de jeunes filles alignées, prêtes à se plier au moindre de ses caprices, de se payer une "Girl Friend Experience" (qui mime un rapport amoureux avec une petite amie), de régner sur une esclave sexuelle, de se venger des femmes.""

Malarek analyse leurs "excuses bancales". Faire la cour à une femme revient à cher, et pour un résultat sexuel aléatoire. C’est plus rentable de payer une prostituée et avec moins d’efforts. Une femme légitime (traitée au passage de "vache", d’ "hippopotame" ou de "vieux canasson") est un "hamburger" auquel ils préfèrent du "filet mignon". D’autres vont plus loin et vomissent sur les femmes occidentales, des arrivistes "assoiffées de pouvoir", et affirment fuir "la peste féministe" et "le mensonge égalitaire" :""

   Je me cherche une femme asiatique. Pourquoi ? parce qu’elles respectent l’homme, donnent à l’homme, vivent pour l’homme,

explique un prostitueur américain. Pour ces hommes, qui retrouvent au bout de la planète leur statut de chef incontesté, le « tourisme sexuel » apparaît comme une révélation.

Pour beaucoup de ces hommes, payer compense tout préjudice éventuel. Ils opèrent un blindage pour éviter de se poser des questions et nourrissent l’idée illusoire que le marché est équitable. Le plus souvent, ils veulent penser que les femmes prostituées sont libres et qu’elles aiment ça : "le sourire d’une esclave sexuelle prouve son consentement", explique Malarek qui décrit leur gymnastique langagière ; ils ne parlent pas de prostitution mais de "passe temps", se décrivent non comme des "clients" mais comme des "hommes à femmes". Il y a les cyniques, mais aussi les "charitables", persuadés de faire une bonne action. Et même ceux qui se jugent utilisés. L’un compare "les putes" à des "revendeurs de drogues qui exploitent la dépendance d’un toxicomane"…

Victor Malarek montre que le système bénéficie de puissants accélérateurs. La pornographie, devenue de plus en plus misogyne et de plus en plus violente ces vingt dernières années -parfois jusqu’à la torture-, est une forme de dopage pour le "client" : "la porno et la baise sont des compagnons aussi naturels que les petits pois et les carottes", résume un prostitueur. Désormais, des sites Internet promettent la "porn star experience" et des cyberprostitueurs exigent des femmes qu’elles réalisent en direct leurs fantasmes. Quant à Internet, il organise une fraternité qui compte des millions d’hommes sur la planète, des clients fiers de l’être aux antipodes de l’ex-solitaire honteux. Cette communauté de soutien permet l’expression de fantasmes, de renseignements et commentaires. Elle est aussi un déversoir de plus en plus débridé, puisque des sadiques y détaillent leurs actes barbares, par exemple l’organisation de "camps du viol" au Cambodge.

La lecture du livre est éprouvante : jeunes filles livrées par des proxénètes à une douzaine d’hommes à la fois, femmes et les fillettes traumatisées à vie, corruption à tous les étages, et même, on le comprend, enquêteurs qui font des cauchemars. Les mots sont souvent insoutenables. Ainsi, ce graffiti qui en dit long, sur le mur d’une rue chaude d’Amsterdam : "sales putes, il faut vous baiser jusqu’à ce que vous en creviez."

Malarek termine son tour d’horizon par les politiques en vigueur. La légalisation (Pays-Bas, Allemagne) apparaît comme un cadeau fait aux prostitueurs quand la politique suédoise qui les pénalise depuis 1999 montre une encourageante évolution des mentalités. L’achat de sexe est ainsi devenu, en Suède, un acte désapprouvé socialement. Il décrit encore les "john’s schools [2]" américaines (écoles des clients), ces programmes de sensibilisation mis en place à San Francisco en 1996 par Norma Hotaling, survivante de la prostitution, puis dans de nombreuses autres villes des Etats-Unis et du Canada, avant d’établir une série de propositions pour que les prostitueurs soient contraints d’assumer la responsabilité de leur comportement.

Aucun choix politique sur la question de la prostitution ne pourra plus faire l’économie de cette lecture, pièce majeure versée au dossier.

[1] "Repos et divertissement".

[2] Lire aussi, sur ce site : Menace sur la "John’s School" de San Francisco, Norma Hotaling, initiatrice d’un programme de sensibilisation des "clients"de la prostitution aux États-Unis .

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MessageSujet: Re: La prostitution   Mer 3 Juil - 15:17

La prostitution, sexualisation du pouvoir
Arguments et contre-arguments


par site suédois Kvinnofronten

Voici la première partie d’une brochure que des féministes suédoises ont préparée à l’intention des personnes qui désirent comprendre les arguments et contre-arguments du débat sur la prostitution. Cette brochure s’intitule La prostitution, parlons-en ! Arguments et contre-arguments. Le titre donné à cette page est de Sisyphe.

Sommaire de la brochure
Présentation
Parlons de la prostitution
Rien n’est possible ?
Différentes sortes de prostitution
Nous et elles
La prostitution comme ‘travail du sexe’
Un libre choix ?
Les besoins des hommes
Le patriarcat
La législation
Stigmatisation des victimes, victimes et putains
La morale, de quoi parle-t-on ?
La sexualité
Postface
D’autres lectures

PRÉSENTATION

Avez-vous déjà eu l’impression de perdre pied dans une discussion sur la prostitution qui ne menait à rien ? L’impression de manquer d’arguments ? C’est une expérience que beaucoup d’entre nous connaissent.

Les discussions sur la prostitution tendent à ramener en surface des émotions fortes. Nous sommes beaucoup à trouver que c’est un sujet lourd, dans la mesure où la prostitution nous rejoint toutes et tous à un niveau personnel : elle concerne notre sexualité, notre perception de nous-mêmes et notre regard sur les autres. C’est pourquoi il est si important de nous soutenir ! En y réfléchissant ensemble, il est plus facile d’argumenter ensuite.

Des arguments qu’on entend souvent

Nous tentons avec cette brochure de regrouper les arguments les plus souvent entendus au sujet de la prostitution, dans l’espoir de vous aider à mener ces discussions. Mais souvenez-vous que vous conservez toujours le droit à votre opinion personnelle – même quand les mots vous manquent !

Aussi, ne croyez pas qu’il vous faut ‘gagner’ dans une discussion. La plupart des gens ne seront pas convaincu-e-s de cette façon. Avant de changer d’avis sur une question ou une autre, il nous faut d’habitude plusieurs échanges étalés dans le temps pour soupeser les arguments des autres.

C’est pourquoi il est important d’avoir souvent ces brefs échanges au quotidien.

Bonne chance, donc, et ne vous découragez pas !

Parlons de la prostitution

Le commerce du sexe n’a rien de nouveau. Il s’inscrit dans une longue histoire des diverses formes de violence et d’exploitation sexuelle, surtout envers les femmes et les enfants.

Mais le commerce du sexe a aussi évolué, comme le commerce en général. Tout dans le monde étant aujourd’hui industrialisé, le commerce du sexe est lui aussi devenu une industrie – une entreprise mondiale qui rapporte des milliards ; elle est en partie légale, mais souvent gérée par des organisations criminelles.

Aujourd’hui le commerce du sexe est l’une des industries des plus énormes et des plus lucratives au monde. Elle comprend la prostitution de rue, les bordels, les ‘salons de massage’, les clubs de strip-tease, la traite de personnes à des fins sexuelles, les lignes téléphoniques érotiques, la pornographie impliquant des enfants ou des adultes, l’achat d’épouses par correspondance et le ‘tourisme sexuel’ – pour ne citer qu’une partie des exemples les plus courants.

Oppression des femmes

Cette oppression est utile à garder à l’esprit quand on voit la façon dont certains propagandistes tentent de donner un vernis ‘glamour’ à la prostitution, la décrivant comme une activité sexuellement ‘libérée’, ou même comme un « droit des femmes à faire ce qu’elles veulent de leur corps » – un message amplement véhiculé dans les magazines, à la télé et sur Internet.

Ces chantres de la prostitution en parlent souvent comme si elle ne concernait qu’une femme et un homme individuels, à ce moment particulier, comme s’il et elle étaient isolés de tout et de tout le monde - bref, comme si la prostitution se produisait dans le vide, qu’elle n’était pas affectée par les normes de genre de la société et les structures de pouvoir constituant ce genre. Ils ne voient pas, ou ne veulent pas voir que la prostitution constitue une sexualisation du pouvoir. Un pouvoir basé sur le genre, un pouvoir basé sur la classe sociale, un pouvoir basé sur l’ethnicité.

Comme toutes choses, la prostitution s’inscrit dans un contexte. Et à son tour, la prostitution affecte la société, et notamment sa vision du genre.

Une tradition sexuelle puritaine

La prostitution tire son origine d’une tradition sexuelle puritaine, dans laquelle seule comptait la sexualité masculine. L’épouse, comme la « putain », étaient censées être à la disposition de l’homme hétérosexuel.

Le pré-requis de la prostitution, c’est la supposition que la personne que l’on prostitue ne veut pas avoir la relation sexuelle en cause. La prostitution est centrée sur la sexualité de l’acheteur. Celui-ci commande et paye ce qu’il veut faire, ou qu’on lui fasse. Il paye la personne prostituée pour qu’elle annihile sa propre sexualité. La raison même pour laquelle celle qui est prostituée obtient de l’argent, c’est que le ‘rapport sexuel’ qui a lieu dans la prostitution est exclusivement défini par l’acheteur.

Délinquants-prostitueurs et apologistes d’une prostitution-glamour

Pour parler des acheteurs de la prostitution nous écrirons occasionnellement « les michetons ». En général, pourtant, nous nous référerons à eux comme étant des « prostitueurs-délinquants ». Nous faisons ce choix pour souligner leur ressemblance avec d’autres délinquants sexuels. Nous ne voulons pas minimiser la gravité de ce qu’ils font.

Quant aux personnes qui banalisent et ‘glamourisent’ la prostitution et ses conséquences, et qui la décrivent comme du ‘travail du sexe’, nous les nommons conformément à leur activité réelle : celle d’apologistes de la prostitution.

Des hommes achètent des femmes

Nous employons aussi les mots « hommes » quand nous parlons des acheteurs, et « femmes » quand nous parlons de celles que l’on prostitue. Nous le faisons puisque, manifestement, la forme la plus courante de prostitution, en Suède comme dans le reste du monde, est l’achat de femmes par des hommes .

Il est difficile de savoir dans quelle mesure ils achètent aussi des enfants, parce qu’une part importante de la prostitution consiste en l’achat par des hommes d’adolescentes – qui ne sont généralement pas considérées comme des enfants, bien qu’elles le soient en fait.

Les hommes qui achètent des hommes sont de loin beaucoup moins nombreux, mais cette forme de prostitution vient en deuxième position. Dans ce cas de figure, il est tout aussi courant que les hommes achètent des enfants ou des adolescents. Enfin, l’achat d’hommes par des femmes est nettement moins courant ; et la forme de prostitution la plus exceptionnelle est l’achat de femmes par d’autres femmes. Mais toutes ces variantes existent.

Et nous sommes contre la prostitution sous toutes ses formes.

La plupart des hommes ne sont pas des délinquants-prostitueurs

Le fait d’appeler les délinquants-prostitueurs des « hommes » ne signifie aucunement, toutefois, que nous croyons que tous les hommes sont, ou souhaiteraient devenir, des délinquants-prostitueurs. Des études menées en Suède évaluent à un homme sur douze la proportion d’hommes à avoir prostitué des femmes. Cela signifie que la plupart des hommes ne sont pas des délinquants-prostitueurs.

Malgré cela, il y a vraiment trop peu d’hommes à s’opposer activement à la prostitution quand il leur arrive d’être entre amis ou collègues masculins.

Poursuivons la discussion

Quant à vous qui, au contraire, voulez avoir cette discussion, mais sentez que vous avez besoin de bonnes bases, vous trouverez, nous l’espérons, quelques bons points à faire valoir parmi les 49 arguments que nous avons assemblés dans ce texte !

LES ARGUMENTS COMMENCENT ICI !

On ne peut donc rien faire ?

Notre époque dit volontiers que rien ne vous est impossible en tant qu’individu-e-s ; mais dès qu’il est question de changements politiques, les gens vous disent soudain que l’on ne peut rien faire.

Comme si les choses étaient tout simplement comme ça. Comme si le « statu quo », la façon dont sont les choses actuellement, était le seul scénario possible – parce que c’est la nature humaine, parce que le marché l’exige, à cause de la mondialisation, ou pour quelque autre raison, selon l’occasion. Le monde est décrit comme prédestiné et impossible à changer.

Mais bien sûr, ce n’est pas vrai. Il y a presque toujours des alternatives. On peut changer le monde aujourd’hui comme on l’a toujours fait. L’histoire ne s’arrête pas aujourd’hui.

C’est pourquoi il convient de garder à l’esprit que ceux qui clament qu’une chose est immuable sont souvent ceux qui ne veulent pas qu’elle change.

Ce qui est important, c’est ce que vous voulez changer. Bien sûr, vous aurez sans doute besoin d’autres personnes qui veulent se battre pour la même chose que vous, si vous voulez réussir à changer quoi que ce soit. Mais c’est possible !

Puisque nous ne cessons d’entendre le contraire, il pourrait être utile de garder constamment à l’esprit que le monde est transformable, et que chacune et chacun de nous peut faire quelque chose en ce sens !

1. La prostitution a toujours existé (Sous-entendu : et donc elle existera toujours)

L’ESCLAVAGE aussi « a toujours existé », est-ce que cela le justifie ? Et si le cancer de la prostate a toujours existé, cela signifie-t-il que nous devions cesser de le traiter ? Le meurtre « a toujours existé », etc...

La question est de savoir si nous trouvons cela acceptable ou non. Et si nous ne trouvons pas cela correct, il est temps de penser à ce que nous pouvons faire pour changer les choses.

PAR LE PASSÉ, il était courant de battre les enfants pour leur inculquer la discipline. Grâce à la loi suédoise contre les violences envers les enfants, entre autres, beaucoup moins de Suédois-es battent leurs enfants de nos jours. Les gens ont changé leur façon de considérer les punitions corporelles. La violence contre les enfants existe toujours, mais plus il y a d’enfants qui échappent à cette souffrance, mieux cela vaut, n’est-ce pas ?

C’est ainsi que nous considérons la prostitution, le viol et la violence infligée aux femmes ; les lois ne peuvent pas faire disparaître l’oppression des femmes, mais elles peuvent avoir parfois une certaine efficacité. Moins il y a de femmes qui doivent souffrir, mieux c’est, n’est-ce pas ?

OU ALORS, ÊTES-VOUS EN TRAIN DE DIRE que les hommes hétérosexuels ont une tendance biologique ou génétique à exploiter sexuellement les femmes plutôt que de rechercher avec elles des échanges sexuels réciproques (ponctuels ou sur le long terme) ? Pour ma part, je n’ai pas une vision aussi pessimiste des hommes.

2. C’est le plus vieux métier du monde.

La prostitution n’est pas le plus vieux métier du monde, puisque la prostitution est une oppression. Si la prostitution était vraiment aussi ancienne que vous le dites, ce serait une des plus anciennes formes de violence sexualisée des hommes contre les femmes. Le plus vieux métier du monde, ce serait plutôt celui de chamane, chasseresse ou fermier. Ou, selon certaines, celui de sage-femme.

CHAQUE JOUR ET À CHAQUE MINUTE, d’innombrables femmes et enfants souffrent dans la prostitution. Le fait de minimiser leur souffrance en disant que « ça a toujours existé » ou que « c’est le plus vieux métier du monde » discrédite et banalise cette souffrance. C’est aussi une manière facile d’évacuer le problème et d’annoncer ‘Je ne ferai rien’ ».

À MES YEUX, il me semble plus probable que ce commentaire sur « le plus vieux métier du monde » est en réalité la plus vieille excuse du monde.

Y a-t-il ou non différentes sortes de prostitution ?

Certain-e-s parlent de la traite des personnes comme s’il s’agissait de quelque chose de complètement distinct de toutes les autres formes de prostitution. Mais les différentes formes de prostitution sont toutes basées sur le même principe : celui de l’achat par le prostitueur-délinquant de l’accès sexuel au corps d’une autre personne – pour l’utiliser de la façon pour laquelle il a payé.

L’acheteur est la base de toute prostitution. La prostitution existe parce que les délinquants-prostitueurs ont borné leur sexualité à une consommation à sens unique. Ils réclament le droit d’utiliser d’autres personnes, dont les besoins et les désirs sexuels sont ‘effacés’ par le paiement du délinquant.

Et toutes les formes de prostitution ont les mêmes effets sur le regard que la société porte sur l’ensemble des femmes.

3. Évidemment, je suis contre la traite – mais la prostitution ordinaire, c’est autre chose.

Comment cela ? Bien sûr, il y a des variations infinies – depuis le fait de recevoir ‘seulement’ quelques délinquants-prostitueurs par mois (dans quelque hôtel de luxe, peut-être), jusqu’à celles qui sont obligées de recevoir 15 michetons chaque nuit dans un bordel géré par un mac trafiquant – avec une foule de degrés entre ces deux situations. Mais le fait que le degré de souffrance ou de coercition varie ne change pas le phénomène lui-même : toute la prostitution demeure basée sur l’achat de l’accès sexuel à une personne et de son utilisation par un prostitueur-délinquant.

Le phénomène même de la prostitution est basé sur le principe que la personne qui satisfait le prostitueur-délinquant ne veut pas de sexe avec lui.

Le prostitueur-délinquant impose sa propre sexualité à quelqu’un d’autre, (mais il achète le fait de rester libre de toute responsabilité).

Voilà ce qu’est la prostitution.

4. Les filles sont piégées par la traite, mais en prostitution ordinaire, ce sont elles qui choisissent.

Non, ce n’est pas aussi simple. Cela se passe sûrement comme ça pour certaines femmes, piégées par les trafiquants qui leur promettent d’agréables emplois dans des bars ou ce type d’activité, mais d’autres savent qu’elles entrent dans la prostitution - même si on les piège souvent en leur mentant sur la cadence à laquelle on va les utiliser et sur les montants qu’elles gagneront. Mais beaucoup de filles sont aussi piégées dans la prostitution ‘ordinaire’.

De sorte que la distinction que vous faites n’existe pas vraiment.

De plus, l’idée du ‘libre choix’ est loin d’être aussi simple non plus.

5. La traite des personnes pour le travail est un problème bien pire ; la traite à des fins sexuelles est moins répandue.

Non, c’est un mythe. Bien entendu, on ne peut connaître les chiffres exacts, mais un rapport rédigé à l’ONU en 2009 indique qu’environ 79% de l’ensemble de la traite des personnes l’est à des fins sexuelles. Ce rapport couvre 155 pays.

Pour les victimes, la traite de personnes à des fins sexuelles peut inclure l’isolement forcé, les menaces, les humiliations, la violence psychologique, la manipulation, les coups, le viol, la torture et des agressions quotidiennes. Cette violence entraîne des dommages psychologiques et physiques, et peut progresser jusqu’au meurtre.

Ce qui rend surtout la prostitution – et particulièrement la traite – difficiles à vivre pour les victimes est la répétition constante de ces violences, par opposition à la souffrance d’une expérience traumatisante unique.

6. La plupart des hommes ne veulent pas réellement acheter du sexe d’une femme qui n’est pas intéressée.

Il y a une différence entre ce qu’ils disent et ce qu’ils font. Croire que les hommes ne veulent pas ‘acheter du sexe’ d’une personne qui est forcée à se prostituer est bien naïf, dit Natasja Tenjeva, une Russe qui a été victime de la traite des personnes en Suède. « Les hommes fermaient simplement les yeux sur ma détresse, dit-elle, parce que c’était plus facile. Parce que, s’ils avaient été forcés de prendre conscience de la souffrance qu’ils causaient par leurs actions, ils auraient aussi dû admettre leur culpabilité. »

Certaines victimes de la traite en ont témoigné : elles ont dit à leurs acheteurs avant la ‘passe’ qu’elles étaient victimes de la traite, mais les délinquants-prostitueurs ont quand même continué.

Dans une étude commandée par le gouvernement suédois, des délinquants-prostitueurs ont prétendu qu’ils n’achèteraient jamais une personne victime de la traite. Beaucoup d’entre eux l’ont quand même fait, parfois parce qu’ils ne voyaient pas la différence, et parfois en toute connaissance de cause. Quand on leur a demandé pourquoi ils l’avaient fait en dépit de ce qu’ils avaient dit, les délinquants-prostitueurs ont donné des réponses comme : « J’étais vraiment trop excité » et « Ça s’est fait tellement vite ».

Mais croyez-vous vraiment qu’un homme qui se ‘limiterait’ à l’accès tarifé à des filles qui (croit-il) ne sont pas victimes de la traite, serait mieux ? La prostitution est en soi le fait pour le délinquant de payer pour un ‘rapport’ sexuel avec quelqu’un qui ne veut pas avoir de rapport sexuel avec lui.

À mon avis, cet homme semble vouloir se dédouaner de sa responsabilité en se comparant aux délinquants-prostitueurs légèrement pires que lui.

NOUS ET EUX

La prostitution est affaire de pouvoir sexualisé ; et en conséquence, nos idées sur la prostitution dépendent du groupe auquel nous nous identifions : celui des michetons ou celui de la personne qui est prostituée.

Pour arriver à être d’accord avec les délinquants-prostitueurs, il faut d’abord prendre ses distances – consciemment ou inconsciemment – de la personne qui est utilisée. Plusieurs apologistes de la prostitution ont employé en Suède l’argument que les femmes de la classe ouvrière ont une « relation plus instrumentale avec leur corps » que les femmes de la classe moyenne – de sorte que la prostitution signifie quelque chose de différent chez ‘ces femmes-là’.

Et beaucoup de gens essaient d’expliquer le fait que les hommes occidentaux se servent des femmes asiatiques dans le tourisme prostitutionnel en affirmant que les Asiatiques – « elles » – sont ‘différentes’ des Suédoises.

De tels commentaires expriment, bien sûr, du mépris de classe et du racisme.

Ce ne sont pas nos traits physiques qui déterminent lesquelles d’entre nous se retrouveront à être prostituées. Ce sont nos circonstances de naissance et de vie.

7. Ces prostituées sont probablement des nymphomanes...

S’il existe réellement des nymphomanes, c’est-à-dire des femmes ayant un tempérament sexuel extrême, ne serait-il pas plus logique de penser qu’elles iraient à la recherche de quelqu’un qui pourrait les satisfaire, elles ?

N’est-il pas assez illogique de penser que celles qui ont un tempérament sexuel très vigoureux souhaiteraient s’engager dans un compromis basé sur l’oubli de leurs propres besoins sexuels pour se concentrer plutôt sur ceux de l’homme qui les paie ?

8. Les Asiatiques sont pauvres et, grâce au tourisme sexuel, elles peuvent au moins gagner un peu d’argent.

Les Asiatiques ne devraient-elles pas avoir le droit à une vie normale sans devoir sucer la bite de riches touristes occidentaux ? Il me semble que ce que vous dites ressemble beaucoup à du vieux colonialisme réactionnaire.

Ce sont les macs et l’industrie du tourisme qui profitent des femmes pauvres en les prostituant, par exemple en Thaïlande. Mais cet argent ne sert ni les femmes ni leurs pays. Au contraire, il crée une dépendance par rapport à l’Occident, par rapport aux délinquants-prostitueurs, et il maintient ces pays dans la pauvreté au lieu de donner aux gens une chance de se développer.

Je suis contre la prostitution non seulement parce qu’elle est une oppression des femmes, mais aussi parce qu’elle est une oppression raciste et impérialiste.

La prostitution comme ‘travail du sexe’

Ceux et celles qui s’opposent à la loi suédoise contre la prostitution disent que le problème vient du fait qu’on ne la considère pas comme une profession, c’est-à-dire le ‘travail du sexe’. Si c’était le cas, les femmes prostituées paieraient censément des impôts et auraient la sécurité sociale et d’autres droits sociaux. La stigmatisation des prostituées disparaîtrait aussi, affirment ces apologistes. Mais ils et elles parlent rarement du fonctionnement des pays où la loi proclame que la sexualité doit être considérée comme du ‘travail du sexe’, par exemple. C’est le cas de l’Allemagne depuis 2001.

Une solution temporaire

Une évaluation de la loi allemande effectuée cinq ans après son adoption a indiqué que seulement 1% des prostituées interrogées avaient un contrat de travail comme ‘travailleuse du sexe’. Deux ou 3% de plus avaient une assurance-maladie en tant que travailleuses indépendantes. La plupart ne voulaient pas de contrat de travail. Quand on leur a demandé pourquoi, la plupart d’entre elles ont répondu qu’elles voyaient la prostitution comme une solution temporaire à une condition financière impossible, et comme une situation dont elles voulaient se sortir.

Beaucoup s’inquiétaient aussi qu’un contrat de travail leur interdise de prendre des décisions personnelles, comme de refuser certains michetons ou certaines de leurs demandes. Ou d’avoir à recevoir plus d’entre eux qu’elles ne le pourraient.

Quand la prostitution est décrite comme du ’travail du sexe’, ce sont les délinquants-prostitueurs – les michetons, les proxénètes et les trafiquants d’êtres humains – qui applaudissent. Car quand la prostitution est décrite comme un échange de ‘biens’ ou de ‘services’, ses structures de pouvoir sont rendues invisibles.

9. Tout travail payé est de l’esclavage.

La différence n’est pas grande entre vendre son corps au travail dans une mine et le vendre dans la prostitution.

En tant qu’homme (car, en général, ce sont les hommes de gauche qui utilisent cet argument !), ne voyez-vous vraiment pas de différence entre travailler dans une mine et masturber votre patron ? Ou entre une femme qui vient nettoyer votre bureau et une autre qui vient vous faire une pipe ? Vous, je ne sais pas, mais moi, si !

Pensez à ce qui se passe vraiment dans la prostitution : il s’agit d’un homme qui impose sa sexualité à une femme, sans considérer la sienne propre ; en d’autres circonstances, cela serait considéré comme du harcèlement, de l’abus sexuel ou du viol. L’idée, bien sûr, c’est que l’argent transformerait cette oppression sexualisée en ‘travail du sexe’. Comment se peut-il, par ailleurs, que les mêmes actions sexualisées que les filles et les femmes combattent, et les mêmes actions que les lois considèrent comme du harcèlement ou de l’abus sexuel, soient soudain considérées comme du ‘travail’ ?

Comment pourrait-on justifier le combat unitaire pour le droit de ne pas souffrir de harcèlement sexuel et de violence au travail, si de tels abus sont vus occasionnellement comme un ‘métier’ ?

Peut-être devriez-vous essayer une nouvelle façon de voir la chose : ils ont nos corps, mais ils ne vont pas se mêler de notre désir !

10. Vendre du sexe n’est pas plus bizarre que de vendre des services comme des massages ou des soins pour les pieds.

Mais si, c’est différent ! À un emploi, on vend sa capacité de travail, mais la prostitution a aussi des conséquences pour notre sexualité. Tout romantisme mis à part, il est aisé de voir que notre sexualité est partie intégrante de notre personnalité. Nos rencontres et nos ruptures, nos expériences sexuelles précédentes, au fur et à mesure que nous les vivons, s’intègrent à notre personnalité. Pour la femme qui est prostituée, la prostitution devient aussi partie intégrante de sa personnalité – même en essayant de la considérer comme quelque chose d’extérieur au cours de ces expériences. C’est pourquoi tant de femmes dans la prostitution parlent plus tard d’une division de leur identité, comme si une rupture s’opérait pendant cette expérience. Beaucoup s’habituent à écarter leurs propres sentiments pendant la prostitution, mais elles remarquent qu’il est difficile par la suite de s’y reconnecter à volonté. La prostitution n’a rien à voir avec un métier.

Et pour les acheteurs de prostitution non plus, il ne s’agit pas d’un achat, dans la mesure où la sexualité de l’homme est aussi affectée. Comme sa vision des femmes en général. Ce n’est sûrement pas une coïncidence si le harcèlement sexuel des filles et des femmes dans le quartier chaud d’Amsterdam est plus fréquent qu’ailleurs.

11. Les prostituées elles-mêmes veulent que l’on considère la prostitution comme du ‘travail du sexe’.

Vraiment ? Ou ne serait-ce pas plutôt le fait de quelques blogueurs/ses ici ou là, encensé-e-s par les médias, prétendant parler pour les autres, en disant toujours ‘nous les prostituées’ ?

Savez-vous que dans les pays où la loi a été transformée et où la prostitution est vue comme du ‘travail du sexe’, la majorité des femmes prostituées n’étaient pas d’accord sur ce point, comme le montre clairement, par exemple, l’évaluation de la loi allemande ? Si l’on prend la prostitution dans son ensemble, combien, à votre avis, parmi toutes les personnes achetées dans la prostitution, souhaitent-elles que l’on considère la prostitution comme un travail ? Et si c’était vous, le feriez-vous ?

12. Les syndicats de ‘travailleurs-ses du sexe’ veulent qu’on les considère comme des travailleurs-ses

Quels syndicats ? Ces organisations, qui se sont qualifiées de ‘syndicats’ pour femmes prostituées, n’ont jusqu’ici pas été de vrais syndicats, c’est-à-dire des organisations « orientées et financées par leurs membres et dont les actions interpellent leurs employeurs ».

Par contre, des groupes de pression pour la légalisation de la prostitution, habituellement composés de proxénètes et d’autres personnes qui souhaitent voir la prostitution bien considérée, se sont eux-mêmes qualifiés de « syndicats des ‘travailleurs du sexe’ » pour amener les gens à considérer la prostitution comme du ‘travail’.

Si vous hésitez au sujet de tels ‘syndicats’, alors essayez de vous demander quel genre de travail syndical ils font, et qui interpellent-ils ?

Par ailleurs, les véritables organisations de soutien aux femmes prostituées ne se désignent généralement pas comme des ‘syndicats’. Et la plupart des femmes prostituées ne veulent pas que la prostitution soit considérée comme un ‘travail du sexe’.

13. Mais si vous n’êtes pas une prostituée, en quoi leur activité pourrait-elle bien vous concerner, VOUS ?

Bien sûr que cela « me concerne » ! Vivre dans une société où les femmes sont à vendre affecte les valeurs de tout le monde. La façon dont la société considère la prostitution a également des répercussions dans notre vie de tous les jours. C’est particulièrement visible dans des pays qui ont des lois comme celles de l’Allemagne.

Si la prostitution est considérée comme du ‘travail’, elle s’intègre à la publicité des journaux ; l’entreprise où vous travaillez reçoit des offres de ‘surprises’ pour ses activités de loisir ; vous avez des coupons-rabais de bordels dans votre boîte aux lettres et des affiches collées sur les arrêts de bus, etc.

Comprendre cela, ce n’est pas avoir une vision ‘coincée’ de la sexualité, ni en faire un scénario cauchemardesque. C’est analyser ce que l’idée de la prostitution comme ‘travail du sexe’ engendre dans la pratique.

Considérez ce que cela signifierait dans notre vie quotidienne, par exemple, pour des professions comme les assistantes à la personne ou les employées de maison. Devraient-elles s’occuper des achats masculins de prostitution, comme c’est le cas en Hollande ?

Si la prostitution est vue comme une profession, les parents devraient-ils laisser leurs filles faire un stage d’été dans cette industrie ? Si la prostitution est vue comme une profession, les agences pour l’emploi devraient-elles refuser les indemnités de chômage à celles qui n’accepteraient pas d’en faire ?

Si vos réponses à ces questions sont ‘non’, c’est que vous ne pensez pas vraiment que la prostitution soit une profession.

14. Mais si une fille veut éviter de se dévaloriser dans un travail sous-payé alors qu’elle peut gagner plus comme ‘escorte’, pourquoi ne pourrait-elle pas choisir ça ?

Eh bien, je vois que vous ne demandez pas ce qui l’empêcherait d’abandonner un emploi de PDG d’une compagnie d’import-export, d’agent immobilier, de dentiste ou une profession similaire pour aller plutôt tailler des pipes à un homme qui le lui commande ? Si la prostitution est si agréable, pourquoi ce ‘travail’ est-il proposé à celles d’entre nous qui ont le moins de choix pour gagner leur vie ? À la fois dans le monde industriel et dans les pays en voie de développement, ce sont surtout les filles et les femmes pauvres - qui souffrent simultanément de l’oppression de classe et du racisme - qui sont utilisées dans la prostitution.

UN VRAI CHOIX LIBRE ?

Les questions de libre arbitre, de participation volontaire et de liberté de choix sont toujours difficiles à démêler. Le fait que nous avons choisi quelque chose ne nous apprend en rien si ce choix était bon ou non. Tout dépend des situations parmi lesquelles on choisit, c’est-à-dire de quelles alternatives nous avons ou nous voyons.

Des études portant sur la prostitution ‘ordinaire’ montrent que pratiquement toutes les femmes qui sont en prostitution la considèrent comme une solution temporaire, généralement pour résoudre une situation financière difficile, mais que c’est aussi souvent l’expression d’une forme d’autodestruction, à la suite d’expériences pénibles. Le choix d’une personne n’exprime pas automatiquement ce qu’elle ‘veut’, même si c’est elle qui le ‘choisit’.

De plus, la grande majorité de l’ensemble des personnes utilisées dans la prostitution sont pauvres, sans abri, ou ont subi d’autres formes d’abus sexuels avant la prostitution.

Les Droits humains – c’est aussi pour les femmes ? Mais même si quelqu’un-e souhaite réellement être prostitué-e, quelles qu’en soient les circonstances, la prostitution va bien au-delà de son choix personnel.

La prostitution est une oppression mondiale. Le fait que les hommes peuvent acheter des femmes est un élément du système patriarcal qui est à la base de notre société. Et notre lutte contre la prostitution concerne les droits humains des femmes.

Et les hommes ?

De même, toute cette question du ‘libre choix’ est toujours posée en ce qui concerne la femme, celle que l’on prostitue.

Mais qu’en est-il du choix des hommes d’utiliser des femmes dans la prostitution ?

15. Une femme devrait pouvoir choisir ce qu’elle fait de son corps et de sa propre sexualité.

Bien sûr, c’est une vieille assertion féministe ! Mais la prostitution n’est pas une question de droits des femmes, c’est tout le contraire ! Dans la prostitution, une femme ‘choisit’ de s’abstenir de son propre plaisir sexuel – pour se prêter plutôt à la sexualité de l’homme.

Le prostitueur-délinquant ne se préoccupe pas en général de savoir ce que veut celle qu’il a payée. (Voir point 6.) Celui qui paie pour du sexe paie pour obtenir un « oui ». Il paie une femme pour qu’elle n’ait du plaisir que si lui le souhaite, lui dictant quand il veut qu’elle jouisse et comment il le veut – et l’a payée et lui a ordonné de le faire.

Et qu’arrive-t-il aux droits humains des femmes dans une société où les femmes peuvent être achetées ?

16. Si vous êtes contre la prostitution, vous essayez d’enlever leur libre choix à des femmes adultes.

Qu’est-ce qu’un libre choix ? La liberté n’est pas quelque chose de simple. Elle dépend de notre lieu de naissance, de nos parents, et surtout, des possibilités réelles dont on dispose. Choisir la prostitution est en général un choix aussi libre que le ‘choix’ d’être pauvre. L’auteure suédoise Louise Eek a écrit que le caractère prétendument volontaire de la prostitution est à géométrie variable. Qu’en pensez-vous ?

Plusieurs études internationales montrent que la majorité de l’ensemble des personnes achetées dans la prostitution ont subi de la maltraitance sexuelle dans l’enfance. Une étude suédoise menée auprès d’adolescent-e-s a établi que parmi celles et ceux qui avaient connu des expériences de ‘sexe avec récompense’, presque 89% avaient subi d’autres sortes d’abus sexuels avant la prostitution.

Des études internationales établissent que l’âge le plus courant pour entrer dans la prostitution est le début de l’adolescence, autour de 14 ans. Ce fait est confirmé par l’Unité Prostitution du Service de police de Stockholm.

Pour moi tout ce débat autour de prétendus choix libres et des ‘joies de la prostitution’ est particulièrement pénible, quand je constate que cette prostitution dite librement choisie est souvent faite de tout sauf de choix libres pour des enfants ou des jeunes ayant subi des abus sexuels dans l’enfance.

Et dans une perspective plus large, le ‘choix’ de la prostitution par des femmes et des filles s’effectue sur fond de pauvreté – aussi bien celle des personnes que des pays.

17. Qu’est-ce qu’ils ont à toujours parler de la ‘happy hooker’, des ‘joies de la prostitution’ ? Les vendeuses ou les infirmières ne sont pas joyeuses tout le temps non plus !

Je crois que vous ne comprenez pas ce que les gens veulent dire quand ils parlent de ‘happy hooker’ (putain joyeuse). Personne ne dit que les prostituées se réjouissent du matin au soir, ou qu’elles sont plus joyeuses que d’autres femmes.

La ‘happy hooker’ est un vieux symbole et, de nos jours, une expression qui résume la façon dont les apologistes de la prostitution (surtout dans les médias) montent en épingle certaines individues triées sur le volet, prêtes à dire que la prostitution est quelque chose d’entièrement positif pour elles – mais sans souffler mot de tous ses aspects négatifs.

18. Mais j’ai entendu parler d’une fille qui est contente d’être prostituée.

Croyez-vous vraiment que toute l’analyse sociétale de la prostitution est réduite à néant dès qu’une seule fille ou femme prétend aimer être prostituée ?

Peu importe qu’une personne en soit plus ou moins satisfaite, la prostitution demeure ce qu’elle est : c’est le fait d’un prostitueur-délinquant qui achète l’accès sexuel à un autre être humain ; qui paie celle (ou celui) qu’il prostitue en effaçant sa propre sexualité ; qui paie pour transformer un non en un oui.

Difficile aussi pour moi d’ignorer que parmi les femmes ayant quitté la prostitution, nombreuses sont celles qui reconnaissent avoir tenu des propos similaires quand elles y étaient, parce que c’était pour elles une façon de composer avec cette vie.

Mais même si une femme aimait réellement la prostitution, elle pourrait peut-être envisager de ne pas s’y livrer, par égard pour la majorité de celles qui en souffrent, par respect pour les droits des femmes, et au nom de la lutte en faveur de l’égalité des sexes.

Enfin, je ne peux m’empêcher de m’interroger sur la fréquence de cet argument parmi les gars et les hommes qui parlent si souvent de la prostitution comme d’un « droit des femmes au libre choix », mais qui parlent si rarement des propriétaires de bordels, des proxénètes et des prostitueurs. Pourquoi ne parlent-ils jamais du choix des hommes ?

19. La prostitution est un accord entre deux individus – et cela ne regarde aucunement le gouvernement.

D’accord, alors ignorons le fait que vous ‘oubliez’ les propriétaires de bordels et les proxénètes quand vous dites cela... Mais malgré tout, ces personnes ne sont pas des cas uniques, n’est-ce pas ?... En ce moment même, quantités d’autres personnes ‘signent’ de semblables ‘contrats individuels’, dans le monde entier. Et la majorité de ces ‘contrats’ concernent l’achat d’un accès sexuel au corps de femmes.

Ne croyez-vous pas que les ressemblances entre ces millions de ‘contrats individuels’ partout dans le monde peuvent susciter une remise en question ?

Parlons sérieusement, la prostitution n’est pas un accord totalement indépendant entre deux personnes ; je préfèrerais discuter des causes de la prostitution, et de ses conséquences. (...)

Version anglaise, traduite du suédois : « Speaking of Prostitution – Arguments & Counterarguments about prostitution », [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

Traduction : Annick Boisset et Martin Dufresne

Copyright : Kvinnofronten, 2013.

Source : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
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Agnes
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MessageSujet: Re: La prostitution   Sam 12 Oct - 10:31

Voici une initiative à relayer :

Je vous joint par la présente un modèle de lettre à adresser à votre député concernant l'abolition
de la prostitution en France. C'est le moment de ce mobiliser.



Madame la députée, Monsieur le député,
Dans les semaines qui viennent, vous allez travailler sur la question de la prostitution. La lettre ouverte de 111 associations de terrain qui accueillent des femmes victimes de violences et les accompagnent lance un cri d'alerte : il ne sera pas possible de faire reculer durablement les violences sexistes et sexuelles en France tant que nous tolèrerons que s'exerce en toute impunité l'une des plus insupportables d'entre elles : la prostitution. J'espère que vos travaux parlementaires permettront d'affirmer la position abolitionniste de la France et d'envoyer un message clair à l'ensemble des citoyennes et citoyens : l'achat de services sexuels n'est pas compatible avec l'égalité.


à envoyer aux députés de vos régions!!!!!!!!!!!!!

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