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 Fémicide au Congo

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MessageSujet: Fémicide au Congo   Mar 16 Oct - 2:25

EN TOUTE IMPUNITÉ
Fémicide au Congo

14 octobre 2007 par Élaine Audet

"Un véritable fémicide a lieu en ce moment dans la République démocratique du Congo", a déclaré Stephen Lewis, ancien ambassadeur du Canada à l’ONU et envoyé spécial de l’ONU pour le VIH/SIDA en Afrique, lors d’une conférence à l’Université de Montréal, le 9 octobre 2007. On assiste à une barbarie indicible sous l’œil du monde sans que personne n’intervienne. La violence est si extrême qu’il est impossible de la décrire à la radio, ajoute Aline Gobeil de Radio-Canada. Il n’y a aucun équivalent sur terre, selon Stephen Lewis. Ce qui se passe dans l’est du Congo est la continuation du génocide au Rwanda. Des miliciens hutus ont trouvé refuge au Congo, depuis 1994, attirés par ses richesses, et y perpètrent en toute impunité, à la face de l’opinion mondiale, viols, mutilations, cannibalisme.L’année dernière, Sisyphe avait publié un article de Rory Carroll affirmant qu’en huit ans, des dizaines de milliers de Congolaises ont été violées et torturées par des militaires et des proches. Le 7 octobre dernier, le New York Times publiait un article parlant d’"épidémie de viols au Congo" ! Un médecin travaillant dans l’épicentre de cette "épidémie" déclare qu’on ne sait pas pourquoi ces viols ont lieu, mais qu’une chose est claire : "Ils ont pour but de détruire les femmes."
Selon les Nations Unies, 27 000 agressions sexuelles ont été rapportées en 2006 dans la province du Sud Kivu seulement, et cela n’est qu’une fraction de l’ensemble de ces crimes dans tout le pays. Malteser International, un organisme européen de lutte contre le sida qui opère des cliniques médicales dans l’est du Congo, estime qu’il y a un risque de 8 000 cas de viol cette année, comparé à 6 338, l’année dernière. L’organisme déclare que "dans la seule ville de Shabunda, 70% des femmes ont subi des brutalités sexuelles."

Causes inconnues ?
Les médecins, le personnel de lutte contre le sida, les chercheuses et chercheurs tant congolais qu’étrangers ne peuvent expliquer un tel déchaînement de violence. Plusieurs Congolais nient que le problème soit culturel et insistent pour dire que ces viols en série n’ont pas pour cause la façon dont les hommes traitent les femmes dans la société congolaise. Si tel était le cas, on s’en serait rendu compte depuis longtemps, déclarent-ils. L’épidémie de viols s’est déclarée au milieu des années 90, au moment de l’arrivée massive des réfugiés hutus, après l’extermination de 800 000 Tutsis et Hutus modérés au Rwanda. Un consultant canadien travaillant dans le domaine de la prévention du sida qualifie le phénomène des viols massifs de "valeurs inversées", de tels comportements pouvant se développer, selon lui, dans des régions traumatisées par des conflits interminables comme dans l’est de la République démocratique du Congo.
Dans un article paru dans Libération le 8 mars 2007 et intitulé "Congo, le viol comme arme de guerre", Juliana Gristelli raconte que, dans l’hôpital situé à l’extrême est du Congo, "La plus jeune des patientes a 5 ans. Les viols rituels sur des enfants ou des femmes âgées ont toujours existé dans la région. Mais la plupart des femmes opérées à Panzi ont été victimes de campagnes massives où le viol a été utilisé comme une arme de guerre, visant à détruire le tissu familial et social par la transmission du VIH et la mutilation."
En 2005, 3 600 femmes ont été opérées à Panzi, 3 550 en 2006. Et on va d’histoire d’horreur en histoire d’horreur : "Tes jambes ne te servent à rien, je vais te les brûler". C’est ce que le mari de Mélanie lui a dit lorsqu’elle est rentrée chez elle, en lui racontant qu’elle avait été violée dans les champs où elle travaillait. Furieux, au lieu de la consoler, le mari l’a accusée de ne pas avoir couru. Il l’a aspergée de combustible et a craqué une allumette. Marie a été violée avec sa fille de 8 ans. Euralie, elle, a été violée devant ses propres enfants par huit soldats, qui venaient de tuer son mari.

Agir
En lisant ces articles et témoignages, on se demande ce qu’il faudrait faire pour venir en aide à nos sœurs congolaises pourchassées par des assassins qui, en toute impunité, cherchent à les effacer de la surface de la terre. On ne saurait s’en étonner quand on voit la montée de la violence sexiste aux quatre coins de la planète. Qu’il s’agisse de femmes manquantes, comme en Inde ou en Chine où l’on avorte systématiquement des fœtus féminins, de "l’épidémie" de violence maritale dans les pays occidentaux alors que le viol tarifé dans la prostitution y est de plus en plus banalisé et légalisé. La vie d’une femme ne vaut décidément pas cher en ce début du 21e siècle qui devait être marqué par le triomphe de la démocratie et la répartition équitable de la richesse mondiale. Alors que le système capitaliste néolibéral fait l’objet de critiques virulentes, il y a une énorme tolérance face au système patriarcal, responsable de tant d’injustices et de violences au nom de la suprématie masculine, de la tradition et de la religion.
Pas moins de 13 compagnies minières canadiennes ont des actifs de 1,5 milliard de dollars en République démocratique du Congo, nous apprend l’émission Maisonneuve en direct, du 12 octobre 2007. L’animateur a réussi le tour de force d’examiner d’un œil critique le comportement des compagnies canadiennes dans ce pays "si instable" sans souffler mot du sort réservé aux Congolaises. C’est au Congo que les investissements miniers canadiens sont les plus considérables. Un puissant moyen d’action serait d’exiger du gouvernement canadien qu’il force les compagnies minières à se retirer de ce pays tant qu’il n’aura pas mis fin à la violence envers les femmes et les fillettes et au massacre comme moyen de résoudre les conflits.
La cinéaste Lisa F. Jackson a tenté pour sa part d’alerter l’opinion mondiale sur ce fémicide dans un film intitulé The Greatest Silence : Rape in the Congo. Dans ce film bouleversant, des femmes courageuses brisent le silence sur ce qu’elles ont vécu.
On peut également appuyer les organisations de femmes congolaises qui luttent sur le terrain comme le fait Christine Schuler Deschryver ou l’Unicef qui a lancé une campagne : "Arrêtez de violer notre plus grande ressource : pouvoir aux femmes et aux filles de la République démocratique du Congo." Ou téléphoner au Premier Ministre Harper : (613) 992-4211, ou lui envoyer un courriel, ainsi qu’à notre député-e en exigeant que le gouvernement fasse pression au plan international pour mettre fin au fémicide dans la République démocratique du Congo. Si vous avez d’autres suggestions, veuillez les ajouter en cliquant sur l’onglet "Commenter l’article" ci-dessous. Notre solidarité à chacune peut faire toute la différence !
Mis en ligne sur Sisyphe, le 13 octobre 2007.
Élaine Audet

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