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Misfit Cat Déesse parmi les déesses

Inscrit le : 23 Mai 2005 Messages : 7225
| Sujet: Simone de Beauvoir Ven 16 Déc - 14:45 | |
| Je dresserai mes portraits petit à petit, au fil du temps, de l'inspiration, et de mes trouvailles... 
Vos contributions seront les bienvenues !
Je commence avec un 'monstre sacré', Simone de Beauvoir...
Brassaï (1899-1984), Simone de Beauvoir, café de Flore Paris, 1944. Photographie, épreuve contact aux sels d'argent (8,5 x 5,9 cm) BNF, Estampes et Photographie
« Mon histoire publique, c’est celle de mes livres, de mes succès et aussi celle des attaques auxquelles j’ai été en butte. En France, si vous écrivez, être femme c’est donner des verges pour vous battre. Surtout à l’âge que j’avais quand j’ai commencé à être publiée. Une très jeune femme, on lui accorde une indulgence égrillarde. Vieillie, on lui tire des révérences. Mais la première fraîcheur perdue, sans avoir acquis encore la patine de l’ancienneté, osez parler : quelle meute ! Si vous êtes de droite, si vous vous inclinez avec grâce devant la supériorité des mâles, si insolemment vous ne dites rien, on vous épargnera. Je suis de gauche, j’ai essayé de dire des choses, entre autres que les femmes ne sont pas des éclopées de naissance. […]
On a formé de moi deux images. Je suis une folle, une demi-folle, une excentrique […] J’ai les mœurs les plus dissolues ; une communiste racontait qu’à Rouen, dans ma jeunesse on m’avait vue danser nue sur des tonneaux ; j’ai pratiqué tous les vices avec assiduité, ma vie est un carnaval ; etc. Souliers plats, chignon tiré, je suis une cheftaine, une dame patronnesse, une institutrice (au sens péjoratif que la droite donne à ce mot). Je passe mon existence dans les livres devant ma table de travail, pur cerveau. « Elle ne vit pas », ai-je entendu dire par une jeune journaliste. […] Le journal Elle proposant à ses lectrices plusieurs types de femmes, avait inscrit sous ma photo : « Vie exclusivement intellectuelle. » Rien n’interdit de concilier les deux portraits. On peut être une dévergondée cérébrale, une dame patronnesse vicelarde ; l’essentiel est de me présenter comme une anormale. Si mes censeurs veulent dire que je ne leur ressemble pas, ils me font un compliment. Le fait est que je suis un écrivain : une femme écrivain, ce n’est pas une femme d’intérieur qui écrit mais quelqu’un dont toute l’existence est commandée par l’écriture. Cette vie en vaut bien une autre. Elle a ses raisons, son ordre, ses fins auxquels il faut ne rien comprendre pour la juger extravagante. La mienne fut-elle vraiment ascétique, purement cérébrale ? Mon Dieu ! je n’ai pas l’impression que mes contemporains s’amusent tellement plus que moi sur cette terre ni que leur expérience soit plus vaste. En tout cas, me retournant vers mon passé, je n’envie personne. Je me suis entraînée dans ma jeunesse à me foutre de l’opinion. »
Simone de Beauvoir, La Force des choses, Gallimard, Collection blanche, 1963, pp. 674-677. |
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| Sujet: Re: Simone de Beauvoir Ven 16 Déc - 15:41 | |
|  Hélène et Simone de Beauvoir en 1913.
Biographie succincte
Simone de Beauvoir (1908-1986), née à Paris, reçoit une éducation bourgeoise, conformiste et religieuse. Elle est issue d'un milieu aisé (son père est avocat). Elle est l'aînée d'une famille de deux enfants. Sa mère est une catholique dévote qui élève ses deux filles dans un cadre strict et traditionnel.
À 14 ans, Simone de Beauvoir devient athée et décide de consacrer sa vie aux études et à l'écriture. Elle étudie la philosophie à la Sorbonne à Paris où elle rencontre Jean-Paul Sartre avec qui elle partagera sa vie.
En 1929, elle obtient l'agrégation de philosophie. Professeur à Marseille, Rouen, puis Paris, elle quitte l'enseignement en 1943, ne trouvant pas dans ce métier les conditions à « une émancipation totale ». C'est à cette époque qu'elle commence la carrière littéraire à laquelle elle aspirait.
Ardente avocate de l'existentialisme incarné par son compagnon Jean-Paul Sartre, elle soulève des questionnements afin de trouver un sens à la vie dans l'absurdité d'un monde dans lequel nous n'avons pas choisi de naître.
À partir de 1947, les voyages se succèdent aux États-Unis, où elle séjourne en 1950, en Afrique et en Europe.
Elle obtient le Prix Goncourt en 1954 pour Les Mandarins.
Elle continue à voyager, en Chine (1955), à Cuba et au Brésil (1960), en Union soviétique (1962) tout en poursuivant la rédaction de ses mémoires et son action pour la libération de la femme.
En 1971, elle assure la direction d'une revue d'extrême gauche, Les Temps Modernes, qu'elle a fondée avec Sartre. Jusqu'à sa mort, elle collabore à cette revue.
Philosophe, essayiste, romancière et dramaturge, elle domine la littérature féminine de son temps. Ses ouvrages autobiographiques font revivre toute une génération, celle de Saint-Germain-des-Prés. Indignée de voir la femme traitée comme un objet érotique, elle n'a cessé de mener une lutte passionnée pour sa libération. Le Second Sexe est devenu la bible du mouvement féministe mondial.
À partir de 1980, après la mort de son mari, sa santé physique et mentale se détériore à cause de sa dépendance à l'égard de l'alcool et des amphétamines . Elle meurt à l'âge de 78 ans. Elle est enterrée dans la même tombe que Jean-Paul Sartre.
Source : http://perso.wanadoo.fr/calounet/biographies/beauvoir_biographie.htm |
|  | | Misfit Cat Déesse parmi les déesses

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| Sujet: Re: Simone de Beauvoir Ven 16 Déc - 15:49 | |
|  Simone de Beauvoir avec Natasha Sorokine, 1943.
Un curieux silence de Simone de Beauvoir
par Marie-Jo Bonnet
"...ça me fait quand même drôle d'être passionnément aimée de cette manière féminine et organique par deux personnes : Védrine (...) et Sorokine... "
"Lettre à Sartre, 1939.
La publication du Journal de Guerre de Simone de Beauvoir, de ses Lettres à Sartre et des Mémoires d'une jeune fille dérangée de Bianca Lamblin , ont permis de désocculter un curieux silence chez l'auteur du Deuxième sexe, dont on célèbre cette année le cinquantenaire : son rapport intime au lesbianisme.
On sait maintenant que Simone de Beauvoir a eu des relations charnelles avec des femmes, "des passions organiques", vécues généralement avec ses anciennes élèves. On sait aussi que sa vie amoureuse a été structurée autour du trio, et non du couple, un trio qui comprenait d'une part un "amour nécessaire" avec Sartre, et ce qu'elle appelait les "amours contingentes" avec des femmes. Or la question qui se pose après ces révélations posthumes est pourquoi la philosophe existentialiste a caché sa "bisexualité" alors qu'elle plaça la vérité au fondement de sa morale de l'authenticité.
Doit-on y voir une réaction à l'homophobie de la société française, qui l'a marquée dès son adolescence à travers la mort de son amie Zaza pour qui elle éprouvait des "émotions non codifiées" . Pendant la guerre, également, Simone de Beauvoir est victime de l'idéologie vichyssoise du "Travail- Famille - Patrie", puisqu'elle est suspendue de l'Education Nationale à la suite d'un plainte de la mère d'une de ses élèves pour "détournement de mineure", plainte qui déboucha pourtant sur un non-lieu. Si elle prend acte de l'homophobie dans Le Deuxième sexe en présentant les lesbiennes comme "celles qui choisissent les chemins condamnés", on s'aperçoit cependant qu'elle n'en fait pas l'analyse, se contentant de rectifier les fausses certitudes de la psychanalyse sur les lesbiennes "viriles" et "féminines, tout en encadrant sa réhabilitation de la "volupté lesbienne" de sérieuses restrictions puisqu'elle conclue quasiment le chapitre en disant : "Rien ne donne une pire impression d'étroitesse d'esprit et de mutilation que ces clans de femmes affranchies" .
On voit comme la philosophe Simone de Beauvoir n'était pas prête à se reconnaître dans la lesbienne. Tout en elle se cabre à cette idée, à commencer par sa conception de l'émancipation féminine qui est d'abord pour elle une aventure intellectuelle menée dans la confraternité masculine et consolidée par l'indépendance économique. Eros lesbien et royaume de l'Esprit sont tellement opposés chez elle, que même pendant les années M.L.F. où les lesbiennes ont enfin pris la parole publiquement, Simone de Beauvoir ne dira jamais un mot de soutien, préférant s'engager dans le combat pour l'avortement (qui ne la concernait pas personnellement, si l'on en croit ses mémoires), plutôt que dans la libération homosexuelle. Je l'ai rencontrée plusieurs fois à cette époque, dans le cadre d'un groupe d'historiens qui préparait des émissions de télévision devant avoir lieu sur "Sartre dans le siècle", et jamais nous n’avons pu en parler, bien que je l'aie questionnée sur Violette Leduc au moment où je commençais ma thèse sur l'amour entre femmes.
Ce silence sur l'homosexualité a une raison, et s'explique à mon avis bien plus par ses idées philosophiques que par une quelconque peur de la "chiennerie française" . Le matérialisme existentiel, qui fonde son analyse de l'oppression des femmes, barre tout ancrage de l'amour lesbien dans une dynamique émancipatrice. Car si la femme est l'Autre de l'homme, si la féminité est socialement construite - un mythe, démontre-t-elle dansLe Deuxième sexe -, si enfin l'amour est une aliénation librement consentie - voir son portrait sidérant de l'amoureuse -, comment une femme pourrait-elle construire son identité de sujet libre à travers un amour pour une autre femme ? C'est impossible, et l'on comprend pourquoi une telle vision de la femme "relative" ne peut déboucher sur une analyse de l'homophobie. Il faudrait que "l'essence" ne succède pas à l'existence , qu'elle lui soit au moins co-originaire pour que le désir homosexuel soit inclus comme une des dimensions de l'identité humaine.
La phrase introduisant le chapitre du Deuxième sexe sur la lesbienne est révélatrice de cette position identitaire intenable qu'eut Beauvoir de l'après-guerre jusqu'à sa mort en 1986. "... la femme est toujours frustrée en tant qu'individu actif, écrit-elle. Ce n'est pas l'organe de la possession qu'elle envie à l'homme, c'est sa proie". Voilà des mots extrêmement révélateurs de sa relation à la femme désirée et au monde masculin. La femme est une "proie" sexuelle, un objet de consommation, voir de dévoration, et d'ailleurs, les métaphores alimentaires jaillissent sous sa plume quand elle évoque la nuit passée avec une de ses jeunes amantes, comme en 1939 où elle écrit : "Nuit pathétique - passionnée, écoeurante comme du foie gras..." .
On imagine dans quelles contradictions Simone de Beauvoir dut se débattre. Une avidité existentielle sans borne qui inclue la volupté féminine, une passion absolue pour Sartre qui lui impose amantes qu'elle "partage" avec lui. Enfin, un dégoût de la féminité conçue comme pur produit de la domination ne l'ont guère aidée à lever le silence sur sa praxis lesbienne. Mais c'est peut-être encore plus son système philosophique qui fit obstacle, tant il est vrai que l'Esprit est la vraie demeure de nos "émotions non codifiées".
Marie-Jo Bonnet, (paru dans Ex Aequo n°27, avril 1999) |
|  | | Misfit Cat Déesse parmi les déesses

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| Sujet: Re: Simone de Beauvoir Ven 16 Déc - 16:05 | |
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" Certains affirment que l’égalité des sexes... "
par Nelly Bargeaud
Nelly Bargeaud a 16 ans; elle habite Clermont-Ferrand. Elle a concouru dans la catégorie " Essais " avec un texte très court, qui plus qu’une étude, est un cri de révolte et un message de reconnaissance à ses aînées en féminisme.
Certains affirment que l'égalité des sexes est à son paroxysme et qu'il serait dur de gravir un échelon supplémentaire mais il n'en est rien. Bien que l'émancipation des femmes ait évolué au cours des siècles, l'égalité entre les deux sexes n'est encore qu'un rêve d'avenir pour la gente féminine. Il est vrai que la femme n'occupe plus la place qu'elle avait au début du siècle dans la société mais elle détient encore une place négligeable par rapport aux hommes. Cependant, cette situation propice n'est pas d'actualité dans tous les pays du monde où la femme est plus jugée comme une esclave que comme une personne proprement dite. Et même si les mentalités ont évolué, en grammaire comme dans la vie, le masculin l'emporte toujours sur le féminin. La femme conserve le rôle de l'éternelle ménagère et il est difficilement envisageable de concevoir un homme qui lui succéderait ainsi qu'un monde gouverné par des femmes et cela même à l'aube du XXIe siècle. Toute sa vie pourtant la femme se battra pour faire prévaloir ses droits et pour répandre ses idées. Sa vie sera une bataille perpétuelle, progressant toujours plus avec un seul but "être enfin libre" pour un monde meilleur. Que serions-nous sans Marie Curie, Simone de Beauvoir, Simone Weil et tant d'autres, sans oublier ces femmes que l'histoire ignore, toutes ces anonymes à qui nous devons notre situation d'aujourd'hui ? Toutes ces femmes qui se sont battues pour leur liberté, pour notre liberté. Ainsi l'exprimait Simone de Beauvoir : "On ne naît pas femme, on le devient". En effet, le groupe que fondent toutes les femmes du monde entier n'est qu'une seule et unique femme dont la structure s'amplifie de jour en jour, tout comme l'intensité de sa voix qui pousse un seul et unique cri, un cri qui un jour détruira le mur qui la retient captive et qui tombera à tout jamais dans les abîmes de l'oubli. Source : http://www.penelopes.org/archives/pages/sdb/Point/cote.htm |
|  | | mariacallas Déesse parmi les déesses

Age : 26 Inscrit le : 23 Aoû 2005 Messages : 4109 Localisation : Rijsel Humeur : Des Ptits Trous Des Ptits Trous Toujours des Ptits Trous ...
| Sujet: Re: Simone de Beauvoir Mar 20 Déc - 13:42 | |
| ... Simone ... Je ne l'ai pas étudiée, en revanche j'avais une passion pour Sartre avant de devoir lire l'être et le néant ... .... Mais pinaise agrégée de philo ... chapeau bas m'dame Simone !
« Etre homme, c'est tendre à être Dieu ; ou, si l'on préfère, l'homme est fondamentalement désir d'être Dieu. »
"L'homme est une passion inutile. » Et ça continue sur plusieurs centaines de pages ....  _________________ "Ohne Muzik wäre das Leben ein Irrtum " F.Nietzsche
Dernière édition par le Mar 20 Déc - 14:07, édité 2 fois |
|  | | Misfit Cat Déesse parmi les déesses

Inscrit le : 23 Mai 2005 Messages : 7225
| Sujet: Re: Simone de Beauvoir Dim 25 Déc - 22:41 | |
|  Avec Sartre au Saint-Germain-des-Prés, 1949.
Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir
Préface de Benoîte Groult
Il s'est écrit peu de bibles dans l'histoire de l'humanité. Un très petit nombre de livres en effet approchent de la définition du dictionnaire selon laquelle Bible signifie LE livre par excellence, la révélation, le message.
Or le Deuxième Sexe est un peu tout cela. Et c'est ainsi qu'il a pu devenir LE livre des femmes, le texte fondateur dont en tout lieu, depuis quarante ans maintenant, le féminisme se réclame.
C'est en juin 1949 qu'apparaissait le premier tome de cet essai d'une audace que nous mesurons mal aujourd'hui et qui prétendait répondre à la question « qu'est-ce qu'une femme ? » et réécrire l'histoire des femmes à la lueur de la biologie et de la sociologie mais en remettant en question les stéréotypes et le cortège d'affirmations péremptoires proférées depuis des millénaires par les plus grands penseurs. Il n'ambitionnait rien moins que de mettre à bas les murailles des préjugés et des tabous qui emprisonnaient les femmes dans une destinée figée, et d'explorer les chemins les plus secrets de leur liberté. (......) Simone de Beauvoir a alors trente-sept ans. Elle a déjà publié trois romans, dont l'invitée en 1943, un essai, Pyrrhus et Cinéas, et fait jouer une pièce de théâtre, les Bouches inutiles. Mais bien qu'elle ait conquis la notoriété par ses livres, on la surnomme « notre Dame de Sartre é et on la considère d'abord comme la compagne du « pape de l'existentialisme ». Il n'est jamais venu à personne l'idée de considérer Sartre comme le compagnon de Simone de Beauvoir ! fera-t-elle remarquer plus tard.
Avant elle bien sûr des femmes isolées héroïques comme Olympe de Gouges, audacieuses comme Mary Woolestonecraft ou lucides comme Virginia Woolf pour ne citer qu'elles, avaient inventé le féminisme en Europe avant même que le mot n'eût été crée. Mais, c'est Simone de Beauvoir la première qui allait rassembler ces revendications éparses, ces mouvements d'idées vite étouffés, ces combats, ces rêves aussi, pour leur donner une voix unique en même temps qu'une justification historique et scientifique.
Comme celles qui l'avaient précédée, comme toutes les femmes qui osèrent s'écarter des chemins traditionnels, Beauvoir s'est heurtée à la réprobation des bien-pensants et à l'hostilité virulente de ses confrères. On la décrit à la fois comme une marginale aux moeurs dissolues - elle vit à l'hôtel avec Sartre sans être mariée - et comme une cheftaine frigide à l'esprit desséché.
Le scandale aidant, 22000 exemplaires du premier tome s'enlèvent en une semaine. En exergue, l'auteur avait placé l'affirmation bien connue de Pythagore : « il y a un principe bon qui a crée l'ordre, la lumière et l'homme ; et un principe mauvais qui a crée le chaos, les ténèbres et la femme ».
Et elle la faisait suivre de cette remarque de Poulain de la Barre : « Tout ce qui a été écrit par les hommes sur les femmes doit être suspect car ils sont à la fois juge et partie». C'est donc une femme cette fois qui va écrire un essai, qu'elle veut exhaustif, sur les femmes.
La première partie porte sur les faits et les mythes, par le biais de la biologie, de l'histoire et de la psychanalyse. La seconde traite du mariage, de la maternité, de la maturité et enfin de la vieillesse.
Contrairement à ce qu'on pourrait supposer, ce n'est pas d'une revendication militante qu'est né ce livre, moins encore d'un quelconque désir de revanche. Beauvoir a brillamment réussi sa vie jusqu'ici, elle n'a aucun compte à régler et, en cette période trouble de l'après-guerre, bien des questions paraissent plus importantes que le féminisme. Sur les raisons qui la décidèrent à aborder ce sujet, l'auteur s'est d'ailleurs expliquée très franchement, à son habitude, dans le deuxième volume de son autobiographie, la force de l'âge.
« Une première question se posait : qu'est-ce que ça avait signifié pour moi d'être une femme ? J'ai d'abord cru pouvoir m'en débarrasser vite. Je n'avais jamais eu de sentiment d'infériorité. Ma féminité ne m'avait gênée en rien. Personne ne m'avait jamais dit : « Vous pensez comme ça parce que vous êtes une femme. » - Pour moi, dis-je à Sartre, ça n'a pour ainsi dire pas compté. -Tout de même, vous n'avez pas été élevée de la même façon qu'un garçon. Il faudrait y regarder de plus prés. Je regardai et j'eus une révélation : ce monde était un monde masculin. Mon enfance avait été nourrie de mythes forgés par les hommes et je n'y avais pas du tout réagi de la même manière que si j'avais été un garçon. Je fus si intéressée que j'abandonnai l'idée d'une confession personnelle pour m'occuper de la question féminine dans sa généralité. »
Dès les premières lignes de son introduction, Beauvoir dénonce « les volumineuses sottises débitées pendant le dernier siècle » et annonce son projet : faire toute la lumière sur celles qui constituent, selon la formule de Freud, « le continent noir ». Avec cette franchise désarmante et ce courage de tout dire qui la caractérisent, elle s'étonne de « découvrir à prés de quarante ans un aspect du monde qui crève les yeux mais que personne ne voit ». « Un homme n'aurait pas l'idée d'écrire un livre sur la situation singulière qu'occupent dans l'humanité les mâles, écrit-elle. Qu'il soit homme, cela va de soi. Il est entendu que le fait d'être un homme n'est pas une singularité. Un homme est dans son droit en étant homme, c'est la femme qui est dans son tort. »
Et elle pose l'idée fondamentale qui va sous-tendre toute l'oeuvre : « Une femme se différencie par rapport à l'homme et non celui-ci par rapport à elle. Elle est l'inessentiel par rapport à l'essentiel. Il est le sujet, il est l'Absolu ; elle est l'Autre. » Elle avait d'ailleurs songé à appeler le Deuxième Sexe, l'Autre. Dés sa parution, parce qu'il dérange le confort intellectuel des hommes et celui de bien des femmes aussi, le livre va faire scandale. C'est la première fois qu'une femme et une philosophe ose revendiquer, non pas quelques droits pour quelques femmes, mais l'égalité absolue et aborder les problèmes tabous de la liberté sexuelle, de la maternité et de l'avortement, de l'exploitation ménagère, etc.
Le livre est mis à l'index par le Saint Office de Rome. En France il est très lu mais les Françaises n'ont pas vraiment pris conscience de l'importance de la question féminine alors qu'aux Etats Unis, où le féminisme est déjà structuré, c'est un triomphe. Deux millions d'exemplaires seront vendus en langue anglaise et le Deuxième sexe figure pendant un an en tête des ventes au Japon. Il est traduit dans toutes les langues du monde, y compris l'arabe, l'hébreu, le serbo-croate ou le tamil. Simone de Beauvoir devient bientôt l'écrivain féministe la plus lue au monde.
La bande annonce du livre portait ces mots : « La femme, cette inconnue », ce qui apparaît comme un défi à tous ceux, philosophes ou romanciers, qui prétendaient avoir tout découvert et tout dit sur la Femme ! Preuve de l'impact de ses thèses, le livre va déclencher un véritable raz-de-marée de grossièreté, de bassesse et de mauvaise foi. Un nombre stupéfiant d'écrivains ne craignent pas d'exprimer leur horreur névrotique devant le fait qu'une femme ose remettre en question toutes les idées reçues et surtout parler du corps sans fausse pudeur, en un style simple et précis. A gauche comme à droite on se déchaîne, on feint l'indignation. François de Mauriac déclare : « Nous avons littéralement atteint les limites de l'abject », et il entreprend auprès du public une croisade pour déconsidérer l'auteur. Julien Gracq dénonce « la stupéfiante inconvenance du ton du Deuxième sexe ». Camus déclare que ce livre est « une insulte au mâle latin » et Jeannette Thorez-Vermeersch y voit « une insulte aux ouvrières ». Pierre de Boisdeffre et Roger Nimier rivalisent de dédain pour « cette pauvre fille névrosée » et le philosophe Jean Guitton se déclare « péniblement affecté de déchiffrer à travers cette oeuvre la triste vie de son auteur ».
« On me reprocha mon indécence, écrira Simone de Beauvoir, on me déclara insatisfaite, glacée, priapique, nymphomane, lesbienne, cent fois avortée et même mère clandestine.... Au nom de cette tradition polissonne qui fournit aux Français tout un arsenal de dictons et de formules qui réduit la femme à sa fonction d'objet sexuel. .... Beaucoup d'hommes déclarèrent que je n'avais pas le droit de parler des femmes parce que je n'avais pas enfanté ! Et eux ? Faudrait-il interdire aux ethnologues de parler de tribus africaines auxquelles ils n'appartiennent pas ?
Ces réactions paraissent d'autant plus consternantes qu'à aucun moment le Deuxième Sexe ne peut être considéré comme érotique ou exhibitionniste, encore moins pornographique. Dans la presse cependant certains reconnaissent l'importance de l'événement. Une femme appelle les femmes à la liberté ! Simone de Beauvoir, lieutenante de Sartre et experte en existentialisme, écrit Paris-Match, est sans doute la première femme philosophe apparue dans l'histoire des hommes. Il lui revenait de dégager de la grande aventure humaine une philosophie de son sexe. » |
|  | | Misfit Cat Déesse parmi les déesses

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| Sujet: Re: Simone de Beauvoir Dim 25 Déc - 22:42 | |
| Suite...
Grâce à ce qu'on appelle aujourd'hui les médias, Beauvoir entre aux côtés de Sartre dans la mythologie parisienne. D'innombrables photos la montrent, le plus souvent assise à une terrasse de café de Saint Germain des Prés, « si simple qu'elle repose l'oeil, ignorant les fourreurs de luxe et les couturiers de la rue Royale ». Elle ne se laisse impressionner ni par la gloire, ni par l'hostilité qu'elle rencontre ou les lettres d'injures qu'elle reçoit. L'homme qu'elle « place au-dessus de tous les autres ne la juge pas inférieure à eux ». Son estime lui suffit ainsi que celle de « la famille », composée du cercle d'amis fidèles qui entourera Sartre et le Castor leur vie durant. Ce qui surprend aujourd'hui quand on replace le Deuxième Sexe dans son époque, c'est qu'il ne fait partie d'aucune vague féministe et n'est le manifeste d'aucun mouvement. Sa publication a précédé de vingt ans la naissance du M.L.F. en France et de plus de dix ans la parution aux U.S.A. de la deuxième oeuvre féministe importante du XXe siècle, la Femme mystifiée de Betty Friedan.
A l'époque d'ailleurs, Beauvoir ne pensait pas encore que la lutte des femmes pût être un combat spécifique. Selon elle, l'avènement du socialisme mettrait automatiquement fin au sexisme et instaurerait l'égalité. Entre 1949 et 1969 elle devait changer d'avis, constatant que nulle part, et en Russie soviétique pas plus qu'ailleurs, les femmes n'avaient obtenu les mêmes droits et les mêmes libertés que les hommes.
On raconte que Werther déclencha une épidémie de suicides et René de Chateaubriand une épidémie de mélancolie, le deuxième sexe aura, lui, déclenché une épidémie de liberté. De libertés dans tous les domaines. Peu de livres ont suscité à travers le monde une pareille prise de conscience collective et incarné les aspirations avouées, réprimées ou inconscientes d'une si large partie de l'humanité. Même quand elles n'ont pas été lues, les oeuvres de Simone de Beauvoir ont pénétré les mentalités et impulsent encore une bonne part de ce que disent, font ou écrivent les femmes d'aujourd'hui.
Ce phénomène est dû en partie au fait que chez elle l'écriture ne se séparait pas de l'action, ni l'action de la morale. Beauvoir n'a pas seulement été l'auteur de ses oeuvres mais l'auteur de sa propre vie et cette particularité lui a permis de dépasser les limites de la critique littéraire pour atteindre à une stature universelle donnant à son oeuvre ce supplément d'humanité dont peu d'écrivains peuvent se prévaloir.
Annie Cohen-Solal, auteur d'une récente biographie de J.P.Sartre, souligne très justement l'importance de la personnalité de Simone de Beauvoir dans l'appréciation de son oeuvre. A une époque où les jeunes filles se conformaient aux schémas établis parce qu'elles ne trouvaient pas de modèles féminins auxquels s'identifier, Beauvoir a su se choisir un destin original. « Elle est devenue Simone de Beauvoir contre son milieu, contre sa famille, avec et contre Sartre, dans la permanente recherche d'un territoire à elle, à la fois autonome et mitoyen. Elle est devenue Simone de Beauvoir contre l'opinion publique et le qu'en-dira-t-on. »
Dans les Mémoires d'une jeune fille rangée, premier tome d'une autobiographie qui est en même temps l'histoire d'un demi-siècle, vécu par ceux que Bertrand Poirot-Delpech appelle « les deux intellectuels les plus frémissants de ce siècle », elle raconte avec son implacable honnêteté l'itinéraire d'une petite fille dans une famille bourgeoise ruinée, « demoiselle du Cours Désir » mal dans sa peau (« que tu es laide, ma pauvre fille ! » lui disait son père, soulignant qu'en plus elle n'avait pas de dot), mais ayant déjà un culte pour la littérature. A quinze ans, elle répondait sans hésitation à la question : Que voulez-vous être plus tard ? –« Un écrivain célèbre ! « Mais elle savait que sa carrière dépendrait entièrement de son intelligence et de ses études. Jeune fille », elle renonce à toute coquetterie, se prive de sommeil pour lire, étudie à table et s'impose l'héroïsme comme remède à la médiocrité de sa vie ».
En 1926 elle passe avec mention « très bien » un certificat de littérature puis de mathématiques générales plus un certificat de latin, commence un roman, rompt avec les idées conservatrices de sa famille, puis se lance dans l'étude de la philosophie.
En 1929, elle est reçue deuxième à l'agrégation de philosophie, l'année où Jean-Paul Sartre est reçu premier. En fait ils étaient tous les deux premiers, ayant eu le même nombre de points. Mais il existait en 1929 une étrange discrimination : les filles, très peu nombreuses, étaient classées en surnombre et se voyaient reléguées à un rang inférieur. Mais Beauvoir n'avait pas encore développé de conscience féministe et ne se choqua pas. Elle a vingt et un ans et c'est la plus jeune agrégée de France. Les normaliens autour d'elle, Raymond Aron, Nizan, Sartre, Merleau-Ponty, ont quelques années de plus qu'elle. La même année, Jean Paul Sartre, qui était très conscient « d'être le jeune Sartre, comme on dit le jeune Berlioz ou le jeune Goethe », entre dans la vie de Simone de Beauvoir pour vivre avec elle le plus singulier roman d'amour du siècle. Elle restera sa compagne pendant plus de cinquante ans et ces deux êtres hors du commun connaîtront une entente intellectuelle qui durera aussi longtemps qu'eux-mêmes.
Il est souvent difficile à ces filles spirituelles de Simone de Beauvoir que nous sommes toutes à des degrés divers, que nous le voulions ou non, de faire une critique objective du Deuxième Sexe. Pourtant Beauvoir elle-même a évolué au cours de sa vie et toujours refusé de se placer sur un piédestal. Au contraire, plus elle avança en âge, plus elle se rapprocha des féministes de base et du militantisme quotidien, même dans ce qu'il a de plus ingrat. Il serait donc injuste de la reléguer au rang des monuments devant lesquels on s'incline mais qu'on ne visite plus. A soixante-quinze ans, trois ans avant sa mort, vivait encore en elle la jeune fille « à la curiosité barbare », aux exigences immodérées, prête à tous les bonheurs, à tous les dévouements aussi, elle que l'on a si volontiers décrite comme distante et sèche, sans voir que sa timidité et une certaine gaucherie expliquaient cette froideur apparente.
Il faut pourtant reconnaître que les progrès de la science et l'évolution des mentalités -à laquelle elle a contribué précisément- ont rendu parfois caduques certaines analyses du Deuxième Sexe. Tel ou tel aspect de la condition féminine n'est plus vu, quarante ans plus tard, avec le même regard. Ainsi dans le chapitre des « données de la biologie », Beauvoir résumait, dans ce style net et cru qu'elle estimait dû à ce sujet après tant d'ouvrages timides ou approximatifs, « les inconvénients qu'il y avait pour un esprit à habiter un corps femelle ». « Dix pages à vous faire dresser les cheveux sur la tête, écrira Nancy Huston, tant est vive l'évocation du cycle menstruel qui s'accomplit dans la douleur et dans le sang, du travail fatiguant de la grossesse qui exige de lourds sacrifices, des accouchements douloureux, parfois mortels. »
La conclusion, peu réjouissante, c'est que la femme est « de toutes les femelles mammifères celle qui est le plus profondément aliénée à l'espèce et qui refuse le plus violemment cette attention.... C'est la femelle humaine qui se distingue le plus profondément de son mâle. »
De même, le long du chapitre intitulé « la mère » s'ouvre sur une brève analyse de la contraception, suivie d'une quinzaine de pages sur l'avortement, donnant en somme la priorité au refus de maternité. Sur ce point, on lui a souvent reproché de s'être laissé influences par ses choix personnels. On sait que pour elle l'individu doit l'emporter sur l'espèce, l'esprit sur le corps et le choix sur la contingence. Ce « destin féminin », cette aliénation à la biologie, elle les avait refusés pour elle-même et il est possible que cette décision personnelle se soit reflétée dans l'analyse plutôt négative qu'elle fait de la grossesse, de la maternité et des rapports mères-enfants.
Mais il ne faut pas oublier le climat social qui régnait à cette époque. Après guerre, on comptait encore autant d'avortements que de naissance en France, de 800 000 à 1 million par an selon les estimations, ils étaient illégaux et par conséquent pratiqués dans l'angoisse de la clandestinité, dans des conditions psychologiques humiliantes et physiologiques désastreuses, et parfois mortelle. L'obsession d'une grossesse non désirée faisait alors partie du paysage sexuel de la plupart des femmes. Le vote de la loi Simone Veil légalisant l'interruption de grossesse a dédramatisé le problème et fait diminuer significativement le nombre des avortements, au point que l'on oublie aujourd'hui le poids de cette angoisse qui compromettait l'épanouissement sexuel des femmes et souvent la vie conjugale elle-même. Le sombre tableau que traçait Beauvoir correspondait assez bien à la réalité des années 40.
De même encore, en lisant les pages consacrées à la puberté et aux premières règles, certains, certaines surtout, pourront être choqués de les voir décrites d'une manière dramatique, comme un phénomène suscitant la honte et le dégoût. Alors que les garçons accèdent avec joie à la dignité de mâles, la souillure menstruelle précipite les filles dans une « catégorie inférieure, remarque Beauvoir. Mais elle souligne avec insistance que la biologie ne constitue pas un destin et que seul le contexte social confère au pénis sa valeur privilégiée et fait de la menstruation une malédiction. » Dans une société sexuellement égalitaire, ajoute-t-elle, l'adolescente n'envisagerait la menstruation que comme sa manière singulière d'accéder à sa vie d'adulte. » Là aussi, on retrouve le reflet de son expérience personnelle. Elle racontera plus tard dans ses Mémoires la honte qui la consuma le jour où son père apprit qu'elle avait eu ses premières règles. « J'avais imaginé, écrit-elle, que la confrérie féminine dissimulait soigneusement aux hommes sa tare secrète. En face de mon père je me croyais un pur esprit. J'eus horreur qu'il me considérât soudain comme un organisme. Je me sentis à jamais déchu. »
Comme on pouvait s'y attendre elle a porté le même jugement négatif sur la ménopause, où « la femme est brusquement dépouillée de sa féminité et perd, encore jeune, l'attrait érotique et la fécondité d'où elle tirait aux yeux de la société et à ses propres yeux la justification de son existence et ses chances de bonheur ». Mais là encore il faut rappeler que jusqu'aux années 70, la ménopause était considérée, malgré son cortège de troubles et de symptômes pénibles, comme un phénomène normal et qu'il ne convenait pas de soigner.
Enfin il faut bien y venir : on ne peut évoquer la grande oeuvre de Beauvoir sans se référer à la fameuse, à l'incontournable petite phrase qui pour tant de gens résume le Deuxième Sexe : « On ne naît pas femme, on le devient ». Il est évident que ce genre de slogan ne peut être simpliste par rapport à la pensée beauvoirienne. Mais pour délivrer les femmes de l'implacable emprise du stéréotype, de la notion mensongère de l'…éternel féminin, il fallait inventer une formule choc. Paradoxalement, c'est peut-être de l'excès même de simplicité de son style, de ce désir maintes fois exprimé chez elle de répudier toute afféterie, toute recherche du brillant, du sensationnel, qu'est née sous sa plume cette phrase dont la violence dans la brièveté confine au génie. On signifie difficilement plus en si peu de mots.
Il n'est pas douteux que le recul du féminisme dans les années 80 et un rejet de ce militantisme honni - auquel les femmes doivent pourtant des droits dont elles n'imagineraient plus d'être privées - ont desservi la mémoire de Simone de Beauvoir. Elle n'est pas encore à sa vraie place dans l'histoire des idées.
On s'obstine à la considérer comme une féministe (ce qu'elle n'était pas à l'époque où elle écrivait le Deuxième Sexe) plutôt que comme philosophe. Michèle le Doeuff, philosophe elle-même, a fort bien expliqué quelle formidable résistance rencontrent les femmes pour entrer dans la communauté férocement masculine des penseurs. « Parce qu'on cantonne les essais des femmes dans des rubriques spéciales, la moitié des lecteurs potentiels se privent de solides lectures. Or les études sur la condition féminine représentent » un pan d'universel « et non un ghetto. » Tout en critiquant certains aspects de sa pensée, elle a rendu à Simone de Beauvoir le plus bel hommage qu'elle eût souhaité : « Un livre qui apporte la fin d'une solitude et qui apprend à voir est plus important que tous les manifestes. »
Mais Beauvoir n'a pas seulement voulu apprendre aux femmes à voir, à se voir. Dans les plus émouvantes pages du Deuxième Sexe, les dernières, elle a jeté les bases de ce que pourrait être l'amour authentique, fondé sur la reconnaissance réciproque de deux libertés. « Le jour où il sera possible à la femme d'aimer dans sa force et non dans sa faiblesse, non pour se fuir mais pour se trouver, non pour se démettre mais pour s'affirmer, alors l'amour deviendra pour elle comme pour l'homme, source de vie et non mortel danger. »
On peut se demander aujourd'hui, prés de cinquante ans après la publication de ce livre, si Simone de Beauvoir n'a pas pesé plus profondément sur nos idées et nos comportements que Sartre. Elle a en tout cas contribué plus que tout autre à l'émergence d'une conscience féminine capable de surmonter la fatalité de sa condition, ce qui est le sens même de l'existentialisme.
De la jeune fille rangée à la philosophe du Deuxième Sexe ou à la sociologue du courageux essai sur la Vieillesse, s'est jouée une des plus belles aventures de l'être humain : l'affirmation d'une pensée et d'une personnalité. L'une et l'autre ont contribué à faire entrer les femmes dans leur histoire et pas là même dans l'Histoire tout court. Source : http://www.penelopes.org/archives/pages/sdb/Portrait/visage.htm |
|  | | Invité Invité
| Sujet: Re: Simone de Beauvoir Lun 26 Déc - 21:03 | |
| C’est bien d’avoir commencé par Simone de Beauvoir car je pense que c’était un des grands penseurs du 20°siècle mais aussi une « vrai » femme, et la présentation et l’analyse faite par Misfit sont parfaites. Nous, femmes d'aujourd'hui, nous lui devons une grande part de notre liberté.
Un petit détail amusant. Un membre de ma famille étant dans les années cinquante un habitué de Saint Germain m’a dit un jour qu’entre copains on la surnommait : « la cathédrale de Sartre ». J’aimerai toutefois rajouter que c’est Simone de Beauvoir qui sauva de l’oubli l’une des plus brillante écrivaine lesbienne, Violette Leduc. En 1945 elle lui fit publier L’Asphyxie et l’aida financièrement dans ses débuts bien difficiles à une époque où l’homophobie était courante même chez les grands intellectuels et les éditeurs. Alors merci Simone ! Je vous parlerai un jour de Violette Leduc.
Et puis il y a cette bien jolie phrase : « on ne naît pas femme, on le devient » que moi j’ai bien envie de m’approprier en disant : « on ne naît pas lesbienne, on le devient ! » |
|  | | Misfit Cat Déesse parmi les déesses

Inscrit le : 23 Mai 2005 Messages : 7225
| Sujet: Re: Simone de Beauvoir Lun 26 Déc - 21:35 | |
| Merci pour ce commentaire Cleïs et cette précision au sujet de Violette Leduc. J'ai hâte de lire ce que tu posteras sur elle, je la connais mal et je ne demande qu'à décourvrir. 
Nous discutions justement du fait qu'on ne naît pas lesbienne, mais qu'on le devient, au même titre que nous devenons femmes, avec Chaton hier soir.
Elle m'a fait part de la façon dont sa vision d'elle même en tant que femme et surtout en tant que lesbienne avait évoluée depuis qu'elle avait découvert son amour des femmes.
Je pense qu'il serait intéressant que nous créions un topic quelque part afin de discuter de ce sujet.
Nous avons même avancé le fait que nous sentions que bien des lesbiennes 'dans les faits' n'étaient pas encore devenues lesbiennes en tant qu'être ou catégorie sociale, que cette conscience se développait de manière très différente selon les personnes que nous connaissons. Cela mériterait un débat non ? Qu'est-ce qu'être femme, qu'est-ce qu'être lesbienne pour vous ?
A voir ! |
|  | | Chaton Déesse parmi les déesses

Age : 52 Inscrit le : 22 Mai 2005 Messages : 8349
| Sujet: Re: Simone de Beauvoir Lun 26 Déc - 22:15 | |
| Oui mon ange, un sujet, à mon avis très intéressant... Je pense pour ma part que le lesbianisme n'est pas qu'une affaire d'orientation sexuelle !!!!
Perso, je pense toujours avoir été lesbienne... bien qu'ayant vécu avec des hommes ... et n'ayant toutefois pas eu de rapport sexuels avec des femmes à cette époque , qui a duré bien trop longtemps, pitain.
Oui, lesbienne... en tant "qu'identité", "rapport de classe", car oui mes divergences d'opinions sur la "place " et le "rôle" et ce qu'est une "femme" notamment pour les hétéros vis à vis des hommes, faisaient bien souvent l'objet de discussions virulentes avec ces femmes...
Et je reprendrais pour ça, une phrase dans laquelle je me retrouve complètement, celle de Monique Wittig....
" Parce que les lesbiennes ne sont pas des femmes"
Je le pense sincèrement ... mais cela mérite d'être développé non ??? |
|  | | Invité Invité
| Sujet: Re: Simone de Beauvoir Lun 26 Déc - 22:37 | |
| | Citation: | Et je reprendrais pour ça, une phrase dans laquelle je me retrouve complètement, celle de Monique Wittig....
" Parce que les lesbiennes ne sont pas des femmes" |
Oui on peut lancer un tel sujet mais ça commence trés mal car je pense totalement l'inverse et suis en total désaccord. Donc je refuse de débattre dans de telles conditions.
C'est une théorie totalement absurde j'ai cherché dans l'histoire et même dans les cimetiéres les lesbiennes mâles ou bien hermaphrodites çà n'existe pas. Les affirmations de Wittig sont des leucorrhées épistolaires sans aucun fondemment. |
|  | | Chaton Déesse parmi les déesses

Age : 52 Inscrit le : 22 Mai 2005 Messages : 8349
| Sujet: Re: Simone de Beauvoir Lun 26 Déc - 23:06 | |
| Je pense que Monique Wittig ....et moi même puisque j'adhère à ce qu'elle dit...
N'abordait pas le sujet sur le critère anatomique mais plutôt sur le point de vue "politique, lutte de classe" car les féministes en général dans leurs combats ont abordé ceux-ci bien souvent du point de vue hétérosexuel,.... " la reconnaissance de la femme, sa place, vis à vis de l'homme..."
Penses tu vraiment qu'une lesbienne ait vraiment et totalement les mêmes "préoccupations" qu'une femme hétérosexuelle, quant à ce qu'elle est et souhaite être et vivre ???? |
|  | | Misfit Cat Déesse parmi les déesses

Inscrit le : 23 Mai 2005 Messages : 7225
| Sujet: Re: Simone de Beauvoir Lun 26 Déc - 23:33 | |
| Je pense qu'il est dommage de ne pas débattre parce que nos avis sur un sujet divergent ou même parce qu'ils sont opposés. Que faisons-nous sur l'Agora alors si ce n'est justement pour échanger et nous enrichir de nos points vue différents ?
Je pense pour ma part que tout n'est pas à jeter dans la pensée de Monique Wittig, bien au contraire.
Je la suis quand elle affirme qu'être lesbienne est autant une préférence sexuelle qu'une conscience sociale et un choix politique.
La femme a toujours été définie par l'homme et par rapport à l'homme. C'est en ce sens que la lesbienne n'est pas femme. Elle explique que la femme a été catégorisée et cette catégorie de "femmes" n'existe que par construction en relation avec la catégorie "hommes" et donc que des "femmes" qui ne seraient plus en relation avec des hommes ne seraient plus, n’auraient plus à être des "femmes".
Elle a dénoncé le mythe de la femme et remis en cause le système hétérosexuel en tant que régime politique puisqu'il est à la base d'un contrat social auquel les lesbiennes refusent de se soumettre : "La femme n'a de sens que dans les systèmes de pensée et les systèmes économiques hétérosexuels. Les lesbiennes ne sont pas des femmes"
Ces affirmations sont donc basées sur des réflexions qui prennent en compte un point de vue social et politique et ne sont en aucun cas des considérations d'ordre anatomique.
C'est avant tout une remise en cause du dogme hétérosexuel, de la "pensée straight" qui permet de pousser plus avant notre réflexion sur notre position et notre rôle social et politique en tant que lesbienne.
Il faut relativiser lorsqu'on aborde des phrases chocs comme celles-ci ou comme celle de Simone de Beauvoir et approfondir plus avant afin de voir ce qu'elles sous-entendent véritablement et ce qu'elles peuvent apporter à notre propre cheminement personnel. |
|  | | Invité Invité
| Sujet: Re: Simone de Beauvoir Mar 27 Déc - 21:04 | |
| Sois rassurée Misfit, je ne refuse pas le combat avec toi puisque je sais qu’il sera loyal. Alors je vais te donner mon point du vue sur Wittig et la « pensée straight » mais ma participation à ce débat s’arrêtera là car je pense qu’on en a déjà beaucoup trop parlé et que je suis un peu lasse de ces débats philosophiques car à toutes les thérories je préfère l'action.
Il est bien évident que je ne parlais pas simplement d’anatomie. Bien sûr que nous vivons dans un système politique, social et religieux parfaitement hétérosexuel, mais n’est-il pas préférable d’en changer les carences plutôt que de vouloir le détruire….pour le remplacer par quoi ? Sincèrement je pense que Wittig nous a ressorti l’histoire des Amazones à la sauce intello. De plus j’affirme que dans mon cas être lesbienne ce n’est pas qu’une préférence sexuelle mais également et peut-être même avant tout une certaine manière de penser ma vie de femme, ma vie d’être humain qui a choisi d’être libre dans toute l’acception du terme autant sur le plan sexuel que social. Je n’ai jamais caché mon sapphisme et même chaque fois que cela a été possible je l’ai proclamé haut et fort. Mais il n’empêche que je suis une femme qui se disant libre, accepte que les autres aussi soient libres. Je suis lesbienne et pourtant je ne me sens pas du tout différente de ma voisine qui a deux gosses et un mari. Et même je me sens parfois très proche d’elle bien que nos vies soient totalement divergentes. J’irai même plus loin en ajoutant que j’ai de l’amitié pour le mari qui est un type bien avec qui j’ai d’excellents rapports. Je ne vais pas raconter ma vie mais seulement dire que si aujourd’hui je suis une lesbienne heureuse bien dans sa tète et dans son corps c’est grâce à un homme qui m’a fait comprendre et admettre ma différence sexuelle bien sûr mais aussi sociale et m’a permis ainsi de m’intégrer parfaitement au monde dans lequel je vis. Mais jamais, au grand jamais je ne me suis sentie supérieure à quiconque.
Monique Wittig fait d’abord un constat vieux de quelques deux mille ans et n’apporte aucune solution, de plus son raisonnement en constatant des évidences ne fait que conforter les homophobes dans leurs rejets de nos différences. Il est de plus strictement inexact que « « "La femme n'a de sens que dans les systèmes de pensée et les systèmes économiques hétérosexuels » c’est une généralisation un peu trop facile et surtout l’utilisation de poncifs à des fins strictement personnelles, toute l’histoire de l’humanité prouve que les femmes, en tant que femmes, y ont joué souvent des rôles importants, elles n’étaient évidemment pas toutes lesbiennes. Le danger de tels écrits c’est d’ouvrir la porte au communautarisme qui mènent souvent à la formation des ghettos. C’est exactement ce qui se passent actuellement dans les banlieues. A partir de problèmes individuels on a fait une généralisation qui englobe des gens bien différents et c’est ainsi que l’on culpabilise toute une partie de la population du pays. Et pourquoi pas les camps de regroupements ? Ainsi catégoriser les lesbiennes dans une communauté opposée aux hétéros (voire aux hommes) c’est une forme de discrimination, c’est nous-mêmes nous mettrent en dehors de la communauté humaine. Et puis ça mène à quoi ?
Or jusqu’à preuve du contraire, moi lesbienne depuis l’âge de 15 ans je me considère comme une citoyenne à part entière comme toutes les femmes et les hommes de ce pays et j’ose même penser que je suis parfaitement normale. Pour moi la « pensée straight » est à classer dans les hérésies de la pensée humaine au même titre que l’Evangile, le Coran et le Capital etc….. toutes idéologies fumeuses qui depuis deux mille ans nous emmerdent et ont fait les êtres humains s’entretuer. J’irai même plus loin puisque Wittig emploi à plusieurs reprises le mot « races » base première du fascisme et des génocides. D’ailleurs l’un des premiers « succès » de Wittig n’a-t-il pas été de faire éclater les mouvements féministes ?
Et puis je me pose une question existentielle : une lesbienne qui n’est pas une femme ni physiologiquement, ni sexuellement, ni socialement, ni politiquement c’est quoi…………Bertrand Delanoè ?
De plus Wittig s’approprie un peu facilement la pensée philosophique de Beauvoir. En gros elle dit : « on ne naît pas femme….on le devient…… en étant lesbienne »A cette formule lapidaire moi je préfère celle-ci : « on naît lesbienne….et l’on devient femme »
Comme j’ai, par principe, de ne jamais tomber dans la négation totale je dois avouer que j’ai beaucoup aimé « Le corps lesbien » et que si je rejette totalement la « pensée straight » cela ne m’empêche pas de rendre hommage à Monique Wittig en tant que lesbienne et instigatrice du combat féministe. |
|  | | Misfit Cat Déesse parmi les déesses

Inscrit le : 23 Mai 2005 Messages : 7225
| Sujet: Re: Simone de Beauvoir Mer 28 Déc - 15:21 | |
| Merci d'avoir bien voulu répondre Cleïs, ce débat est très intéressant. Il est clair que nos avis divergent sur bien des points, mais il est rare que l'on puisse trouver ce genre d'échange sur d'autres forums, il est rare de pouvoir simplement en parler calmement et posément avec d'autres femmes et j'apprécie de pouvoir le faire ici. J'espère que nous pourrons continuer à en discuter et que tu ne seras pas trop lasse, car j'aime à confronter mes idées...
Il y a beaucoup de points sur lesquels j'aimerais revenir, je ne sais si j'aurais le temps d'être très exhaustive, mais je vais tenter de faire de mon mieux.
Tout d'abord je pense que la pensée de Wittig ne vise pas à détruire un système de valeurs mais plutôt à le faire évoluer au-delà de ce qu'il est.
Je pense d'autre part que les femmes et les lesbiennes ne sont pas parfaitement intégrées à cette société, les exemples flagrants font partie de ma vie quotidienne et celles qui se sentent tout à fait intégrées comme toi, ne sont pas monnaie courante, je pense que tu seras d'accord avec moi sur ce point.
A partir ce point là, de cette discrimination et de cette invisibilité que subissent les femmes et les lesbiennes, il y a deux façons de se positionner et de réagir. Deux tendances générales (et je généralise volontairement).
Il y a celles qui tentent la reconnaissance et l'égalité des droits par l'intégration avant toute chose. Dans celles-ci se trouvent des lesbiennes qui se cachent à différents degrés et des femmes qui ne se cachent pas ou sont fières de leur homosexualité, n'hésitent pas à la montrer ou à la revendiquer parfois sans toutefois avoir une véritable conscience de leur statut, leur rôle et leurs devoirs en tant que lesbiennes dans une société où elles sont discriminées (conscience politique j'entends). Elles prônent avant tout l'intégration pour l'intégration et l'acceptation sans vouloir ou juger nécessaire de prendre de position plus radicale pour ne pas choquer, ou selon elles, s'enfermer dans une forme de communautarisme par peur du ghetto.
C'est un choix, une façon de concevoir les choses.
Il y en a d'autres, dont je fais partie. Il ne s'agit pas uniquement d'un discours d'intello qui se gargarise sur la position de la femme et de la lesbienne dans nos sociétés et de femmes qui veulent simplement détruire un schéma hétérosexuel et patriarcal et mettre les mecs au placard. Il s'agit d'une véritable prise de conscience de l'injustice et de l'inégalité que nous subissons au quotidien, un refus de cet état de fait, une prise de conscience politique. Politique dans le sens où la parole doit être prise et émise à différents niveaux -plus ou moins importants- cette parole doit être entendue si l'on souhaite qu'évolution, changement il y ait. Oui, un souhait de modifier une société, non pas par l'intégration plus passive mais par une action à plus grande échelle. Et j'estime, personnellement, que cette action ne peut être efficace que si elle est exprimée par un grand nombre de personnes, un regroupement oui. C'est ainsi que la condition de la femme a évolué, que d'autres ont obtenu des droits, il est utopique de croire qu'une société va évoluer sans qu'il y ait à la base un mouvement de masse qui prend un certain pouvoir, un droit de parole, et se bat, va contre courant pour les obtenir.
L'argument qui consiste à affirmer que certaines lesbiennes ouvrant leurs gueules ont conduit à l'éclatement du féminisme ou l'argument consistant à dire que le féminisme a plus fait de mal aux femmes qu'autre chose sont des arguments qui ont été développés par les hommes afin de détruire ce qu'il restait du féminisme, de cette prise de conscience politique de la femme ou de la lesbienne parce que ce mouvement avait pris du pouvoir et menaçait un système de valeur qui mettait en danger leur propre pouvoir. (J'admets que cela n'en est pas l'unique raison puisque les femmes et les lesbiennes y ont leur part de responsabilité aussi, mais je pense que c'en est un des moteurs principaux). Que certaines féministes à l'image de Betty Friedman finissent par retourner leurs vestes est tout à fait déplorable. Que des milliers de femmes et de lesbiennes en fassent de même parce qu'elles ne font que reprendre des "on dit" qui affirment que la féministe est une harpie, une lesbienne, une femme qui n'a pas de vie, une enragée déçue, une utopique qui se bat contre des moulins à vent et ferait mieux de fermer sa gueule pour obtenir ce qu'elle veut en s'intégrant gentiment, en acceptant les inégalités et en disant bonjour à la dame est carrément effrayant. Elles vont dans le sens des hommes et de cette société, de ce système hétérosexuel qui nous discrimine.
Monique Wittig, comme d'autres, comme moi, propose de changer un peu de perspective, de se situer au-delà de ce système et de le dépasser. De dépasser des stéréotypes basés sur une notion de genre, de bipolarité homme/femme. En tant que lesbiennes nous transgressons ce "ça va de soi hétérosexuel". C'est un fait, une réalité. Cette différence est encore aujourd'hui pensée comme une hiérarchie. Ne me dis pas que nos voisines avec deux enfants pensent que nous sommes leurs égales. Ne me dis pas qu'en grande majorité elles pensent que nous sommes des femmes. En un sens, elles ont raison, nous ne sommes pas les mêmes femmes, parce que nous n'avons pas les mêmes droits, parce qu'on nous impose un système de valeurs, une hiérarchie qui est en opposition avec ce que nous sommes. Monique Wittig affirme qu'en ce sens nous ne sommes pas tout à fait 'femmes' comme elles le sont. Notre genre est en ce sens un peu plus 'flou'. Les silences et les secrets sont partie intégrante et constante de notre histoire, de notre quotidien pour une grande majorité d'entre nous. Souvent nous échappons à la vue en raison de ce que nous sommes, nous nous taisons, nous nous cachons. Je suis loin de suivre Wittig sur tout et certains de ses propos me dérangent, mais sur ce point, je suis d'accord avec elle.
L'invisibilité est part de notre responsabilité en cela, il ne tient qu'à nous de savoir si nous tenons à la cultiver ou non. Je ne reviendrai pas sur l'argument de la ghettoisation, j'ai dit ce que j'en pensais plus haut, sans un regroupement il n'y pas de véritable lutte, et de plus il est souvent une excuse un peu trop facile à mon goût (je ne parle pas de toi mais de certaines lez qui l'utilisent pour excuser leur manque d'implication, et évidemment, j'admets également que certaines excuses sont bonnes pour se cacher parfois, cet argument est simplement utilisé avec beaucoup de légéreté de temps en temps et justifie du tout et du n'importe quoi et cela à tendance à m'énerver un tantinet...). Tu parlais des banlieues. Et bien je trouve que ces petits mouvements qui se forment actuellement et qui pour toi sont synonymes de ghettoisation sont en train d'avoir quelques effets fort positifs. Une prise de conscience politique non négligeable, on s'inscrit sur les listes électorales, on se mobilise, on réalise que si l'on a des devoirs, on a également des droits... Si les féministes ne s'étaient pas mobilisées et n'avaient pas créés ces mouvements, où en serions-nous aujourd'hui ? Toujours à vouloir nous intégrer au système patriarcal, en nous targuant d'être la femme derrière les grands hommes quelquefois ??? Et pourquoi ne pas vouloir être de grandes femmes tout simplement ? Et arrêtons un peu de nous reposer sur les acquis de femmes qui se sont mouillées pour nous. Alors oui :" Vous avez vu ce qu'elles sont devenues ? Vous avez vu à quoi ça a servi?"
Moi oui, j'ai vu que c'étaient des femmes, qui même si elles avaient parfois gâché leur carrière ou quoique ce soit d'autre, ce sont battues pour nos droits, sont restées fidèles à leurs idéaux jusqu'au bout et oui, je vois ce que cela m'a apporté et je leur dis merci et je ne crache pas sur la soupe, je leur en suis reconnaissante.
Il ne s'agit pas d'enfermer les lesbiennes dans une autre catégorisation mais de leur faire prendre conscience d'une autre perspective. Ce n'est pas nous mettre en dehors de la communauté humaine, c'est leur faire prendre conscience du fait que leur statut dans la société est différent, et c'est une façon de refuser ce système de valeur qui les nie et les discrimine en tant que lesbiennes !
Nous sommes hors des limites de l'hétérosexualité, que nous le voulions ou non. Et c'est la réalité de cette société ce système de fonctionnement qui fait qu'ainsi nous ne sommes pas à notre 'place', que nous sommes critiquées ou dévalorisées. Dire que nous le faisons pour notre plaisir, notre désir, c'est encore nous mettre en dehors de la réalité, c'est encore nous rendre invisible.
Accepter que nous ne sommes pas tout à fait ce genre de femme définit par l'homme est également une façon de faire évoluer les pensées qui consiste à déplacer le genre de la lesbienne vers celui de l'homme. "Nous sommes des hommes parce que nous draguons comme des hommes, parce que nous avons des cheveux courts, parce que nous aimons des femmes etc..."
Si notre société arrive à penser au-delà de ce schéma hétérosexuel, alors oui, peut-être y aura-t-il une alternative à ces deux genres homme/femme et nous ne serons plus catégorisées comme des mecs...
Voilà, j'aurais eu d'autres choses à dire sur l'évolution des mouvements féministes et l'interaction des féministes hétéros et lesbiennes, mais je crois qu'on verra ça plus tard...
Désolée pour la longueur...  |
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