| | |
| Auteur | Message |
|---|
Misfit Cat Déesse parmi les déesses

Nombre de messages: 8437 Date d'inscription: 23/05/2005
 | Sujet: Re: Simone de Beauvoir Mar 28 Fév - 23:02 | |
| Ces dernières années un élément nouveau est apparu: la décision de déployer leur action sur un terrain ouvertement lesbien. Entre 1985 et 1997 plus de vingt associations lesbiennes se sont créées dans les grandes villes de France (38 ), impulsant une pratique citoyenne nouvelle qui intègre un triple héritage: celui du mouvement associatif, creuset de la démocratie, celui du féminisme, creuset de la citoyenneté des femmes, et l'héritage du lesbianisme, creuset de l'autonomie féminine et d'une pratique culturelle émancipatrice. Organisées autour des principes d'autonomie, de non-mixité, anti-hiérarchie, démocratie directe et auto-financement ces associations couvrent plusieurs champs à la fois, du politique au culturel en passant par le festif. Comme l'exprime Cinéffable dans l'éditorial du 8e festival: « Aux logiques de structures centralisatrices et bureaucratiques, Cinéffable oppose la solidarité entre femmes, la dynamique des réseaux et des projets (39). » 1 264 adhésions en 1995 pour 4 120 entrées, 1 669 en 1996 avec 7000 entrées, le succès du festival, qui comprend en outre des débats, une exposition de plasticiennes, une convivialité entre femmes et la connexion sur le réseau internet, montre que la formule répond à un réel besoin de pratiques institutionnalisantes. L'originalité de ces pratiques est d'agir à la fois au niveau symbolique avec la réappropriation du pouvoir de fabriquer les images, et au niveau politique avec la prise en main de sa propre représentation. L'autofinancement complet de ces manifestations qui n'ont bénéficié d'aucune subvention, que ce soit de l'État, de la région ou de la commune, ouvre également de nouvelles perspectives d'action dans ce monde régi par « l'horreur économique ».
La création de la Coordination Lesbienne Nationale, au printemps 1997, la première du genre en France à regrouper les associations et les individus dans le but de « promouvoir la culture et la visibilité des lesbiennes » est un véritable défi lancé au féminisme traditionnel. Il ne s'agit pas seulement d'agir pour les droits des lesbiennes, mais de lutter « contre les discriminations faites aux femmes pour faciliter les communications nationales et internationales (40) ». Il se pourrait bien que se dessine ici un renouveau du combat pour l'émancipation sexuelle et amoureuse des femmes dont les lesbiennes sont le fer de lance.L'ÉMANCIPATION SEXUELLE DES FEMMES... UN ENJEU POLITIQUE POUR LE XXIe SIECLE ?La 4e Conférence mondiale des femmes réunie en septembre 1995 à Pékin a montré que les concepts juridiques de « droits sexuels » et de respect de la « libre orientation sexuelle » ne sont toujours pas reconnus dans le monde comme un droit humain fondamental. Un conflit important a eu lieu durant la conférence sur cette question entre les états libéraux, qui voulaient les inclure dans la plate-forme finale, et les pays intégristes, catholiques et musulmans, qui rejetaient « le modèle occidental d'émancipation féminine ». Les Etats libéraux conduits par l'Union européenne ont dû reculer devant les intégristes pour obtenir le maintien dans la plate-forme finale du concept d'égalité (et non-équité comme le proposaient les intégristes), à défendre celui des « droits sexuels », remis de ce fait à la prochaine conférence, en 2005.
En France, les Assises nationales pour les Droits des Femmes, qui ont rassemblé à Saint-Denis, en mars 1997, plus de deux mille femmes et quelques hommes, ont montré l'actualité du « problème des lesbiennes » et comment il n'était toujours pas considéré comme le «problème» de tous aux yeux des 166 associations féministes, partis et syndicats de gauche, organisateurs de ces rencontres. Malgré l'obtention officielle d'un Carrefour Lesbien, il est très vite apparu qu'un veto avait été mis sur le mot lesbienne et la question des « droits des lesbiennes » mis en avant par les organisatrices du Carrefour Lesbien (41). Le mot lesbienne avait été censuré du projet de plate-forme de revendications au profit d'homosexuel, plus neutre et moins engageant, et l'espace accordé au carrefour s'est révélé tellement impratiquable, que les lesbiennes, venues nombreuses à l'atelier Elles Choisissent, durent prendre de force la parole, réclamant à la fois un débat avec les autres femmes, et la reconnaissance de leurs droits, reconnaissance qui ne leur sera accordée qu'à la dernière séance plénière après plusieurs interventions.
Si la réunion de bilan des Assises a montré un désir de s'expliquer sincèrement sur ce qui fut considéré par beaucoup comme un dérapage gênant mais nécessaire, l'homophobie vis-à-vis des lesbiennes, la lesbianophobie, devrait-on dire, n'a pas disparu pour autant. Car de toute évidence, ce n'est pas le Contrat d'Union Social qui faisait problème aux Assises. Proposé par quatre collectifs régionaux et une association gay, il est passé comme une lettre à la poste. En revanche, la proposition d'inscrire dans la Constitution Française la libre orientation sexuelle, et d'en faire l'objet d'une directive européenne n'a même pas été discutée. De même que les propositions visant à renforcer les droits et libertés individuels.
En dépit de vingt-cinq ans de féminisme, les lesbiennes sont toujours marginalisées. L'inclusion récente de représentantes des lesbiennes au secrétariat de Collectif national pour les droits des femmes va-t-elle mettre un terme à cette injustice ? On peut le souhaiter, surtout quand on connaît la place essentielle qu'elles ont prise dans les luttes dites générales pour « la libre disposition de notre corps », contre le viol, contre l'extrême droite, dans le syndicalisme, et ne l'oublions pas, les structures militantes féministes: de Paris et des régions dont on se demande ce qu'elles seraient devenues si les lesbiennes ne les avaient investies de leur temps et de leurs compétences.
L'union politique entre femmes lesbiennes et hétérosexuelles est difficile à réaliser. Elles doivent aller à l'encontre d'une civilisation millénaire qui a hiérarchisé les sexes et coupé les femmes d'une relation de désir avec leur propre sexe. Avec un tel héritage, la confrontation entre lesbiennes et féministes était inévitable et ne peut mener à une véritable révolution culturelle dans les enjeux ne sont pas seulement une reconnaissance réciproque, mais aussi la capacité de chacune à affirmer son individualité et ses choix amoureux dans la Cité.
Si le féminisme n'a pas conceptualisé la liberté amoureuse autrement que sous la forme d'une opposition entre lesbianisme et hétérosexualité est-ce parce que la question du désir est encore recouverte par celle du statut social. Nous avons vu avec le MLF que ce n'était pas tant le passage à l'acte homosexuel qui faisait problème, que la visibilité de l'Eros lesbien. La quasi-absence des féministes dans le débat médiatique sur le Contrat d'Union social et la reconnaissance du lien amoureux entre personnes du même sexe montre qu'il en est toujours ainsi (42) ! Les différents projets de partenariat homosexuel, élaborés par le mouvement gay depuis 1991, n'ont fait l'objet d'aucune discussion sérieuse de la part des féministes (homosexuelles et hétérosexuelles confondues) qui préfèrent se mobiliser pour la parité en politique plutôt que pour la légitimation du lien amoureux homosexuel. Sommes-nous toujours dans la période de clivage entre la liberté sexuelle et l'égalité politique ? La sortie des années Sida permettra-t-elle le retour des femmes sur le devant de la scène ?
Le féminisme contemporain a libéré le plaisir féminin hétérosexuel de la mainmise religieuse et étatique mais il est loin d'en avoir fait autant pour la sexualité entre femmes.
L'émancipation des lesbiennes implique l'égalité entre les sexes et une libération des concepts multimillénaires liés à la fonction reproductrice de la femme. Aujourd'hui encore, les femmes sont définies par rapport à l'homme et à leur ventre.
L'émancipation des lesbiennes implique un changement des mentalités aussi important que celui réalisé par la Révolution française quand elle a reconnu le principe d'égalité entre les individus. Le mouvement homosexuel s'est structuré autour d'objectifs et d'intérêts presque exclusivement masculins. La gauche a raté le rendez-vous. Le Mouvement de Libération des Femmes n'a pas réussi, ou pas voulu, légitimer politiquement l'amour entre femmes. L'amour de la femme pour la femme demeure l'inconnu des sociétés patriarcales, un inconnu qu'il faudra bien continuer d'investir collectivement si nous voulons relever un des défis spirituels du XXIe siècle.Marie-Jo Bonnet Notes :38. Citons notamment Rennes, première région à s'être dotée en 1985 de l'association A tire d'Elles, Toulouse avec Bagdam café fondé en 1989, Marseille avec Le Centre Evolutif Lilith, et le café les 3 G.; Dijon avec Un autre regard, Amiens avec les Immédianes, le Réseau Femmes ; Ile-de-France à Paris, Grenoble, Avignon, Bordeaux, Lille, etc. et les Editions Geneviève Pastre à Paris, Diabolo, La Grimoire, etc. 39. Editorial du Catalogue du 8e festival, novembre 1996. 40. Texte de présentation de la Coordination lesbiennes nationale. Présidence/secrétariat c/o C.E.L., 18 cours Pierre-Puget, 13006 Marseille. 41. Voir En avant toutes ! Assises nationales pour les Droits des femmes, Ed. Le Temps des Cerises, 1998, Carrefour lesbien, p. 247-265. 42. Excepté Elisabeth Badinter qui fut la première personnalité à soutenir le CUC dans un entretien à Libération du 23 avril 1992 intitulé: « Union civile: Le courage est payant », et à le centrer sur l'enjeu du lien homosexuel, voir Marianne Schulz, « Chronologie du débat en France » et Irène Théry, « Le Contrat d'Union Sociale en question », Esprit, octobre 1997. |
|  | | Misfit Cat Déesse parmi les déesses

Nombre de messages: 8437 Date d'inscription: 23/05/2005
 | Sujet: Re: Simone de Beauvoir Mar 28 Fév - 23:02 | |
| BIBLIOGRAPHIEArchives Lesbiennes de Paris, Maison des femmes. Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe, Paris, 1949. Idées NRF, 2 vol. Cathy Bernheim, Perturbation, ma soeur, naissance d'un mouvement de femmes, 1970-1972, Paris, Le Seuil, 1983. -, L'Amour presque parfait, Paris, Le Félin, 1991. Marie-Jo Bonnet, Un choix sans équivoque, Paris, Denoël-Gonthier, 1981, nouvelle édition augmentée Les relations amoureuses entre les femmes, XVI-XXe siècle, Paris, Odile Jacob, 1995 (voir bibliographie en fin de volume). Michèle Causse, L'interloquée - Les oubliées de l'oubli, Dé/générée, Essais, Laval (Canada), Ed. Trois, 1994. -, Quelle lesbienne êtes-vous ? Ed. Parole de Lesbiennes, Paris, 1996. CLEF, « L'autre mixité: homosexuelles et hétérosexuelles », in GEF, Crise de la société, féminisme et changement, Paris, Revue d'en face/ Tierce, 1992. Françoise d'Eaubonne, « Le FHAR, origines et illustrations », Revue h. n°2, automne 1996. Femmes entre elles, Lesbianisme, Cahiers du GRIF, no 20, avril 1978. Dominique Fougeyrollas-Schwebel, « Le féminisme des années 1970 », in Encyclopédie politique et historique des femmes, sous la direction de Christine Fauré, Paris, PUF, 1997. Naty Garcia Guadilla, Libération des femmes, le m.l.f, Paris, PUF, 1981. Bianca Lamblin, Mémoires d'une jeune fille dérangée, Paris, Livre de poche, 1993. Evelyne Le Garrec, Des femmes qui s'aiment, Paris, Seuil, 1984. Lesbia magazine, mensuel (de 1982 à aujourd'hui). Claudie Lesselier, « Le regroupement des lesbiennes dans le mouvement féministe parisien: position et problèmes, 1970-1982 », in Crise de la société, féminisme et changement, Paris, Revue d'En Face/Ed. Tierce, 1991. Frédéric Martel, Le rose et le noir, Les homosexuels en France depuis 1968, Paris, Seuil, 1996. Caroline Mécary et Géraud de La Pradelle, Les droits des homosexuel/les, Que sais-je? PUF, 1998. Françoise Picq, Libération des femmes, les Années-Mouvement, Paris, Seuil, 1993. « Homos: en mouvement», Politique, la revue, juillet-août-septembre 1997. Questions féministes et Nouvelles Questions féministes. Rapport contre la normalité. Le FHAR rassemble les pièces de son dossier d'accusation. Simple révolte ou début d'une révolution ? Symptôme 3, Paris, Editions Champ Libre, 1971. Anne Tristan et Annie de Pisan, Histoires du MLF (préface de S. de Beauvoir), Paris, Calmann-Lévy, 1977. Monique Wittig, Le corps lesbien, Paris, Minuit, 1973. Monique Wittig, The straight mind and other essays, New York, London, Toronto, Harvester et Wheasheas Beacon press, 1992. Copyright Marie-Jo Bonnet, © 1997 Mise en page Web par Olivier Jablonski, Le séminaire gai, novembre 1998 Source : http://www.france.qrd.org/texts/bonnet-TM598.html |
|  | | Invité Invité
 | Sujet: Re: Simone de Beauvoir Sam 18 Mar - 16:42 | |
| Juste pour le plaisir,et pour te remercier Misfit, de ton excellent travail une citation de Jean Paul Sartre: "J'ai compris qu'il y avait des rapports entre homme et femme qui indiquaient l'égalité parfaite des deux sexes".A méditer, enfin je l'espére............? |
|  | | Misfit Cat Déesse parmi les déesses

Nombre de messages: 8437 Date d'inscription: 23/05/2005
 | Sujet: Re: Simone de Beauvoir Ven 28 Avr - 19:11 | |
| Marie-Victoire Louis
Dossier concernant la censure dans le livre :
Simone de Beauvoir : Le Deuxième sexe Le livre fondateur du féminisme moderne
Ouvrage dirigé par Ingrid Galster Editions Honoré Champion 2004. 519 p.
5 octobre 2005 Marie-Jo Bonnet a écrit, le 26 septembre 2005, sur la liste des Etudes féministes de l’université de Toulouse etudesfeministes-l@simone.univ-tlse2.fr ceci : Bonjour, Sur la liste d'études féministes, je viens de recevoir l'avis de parution du prochain numéro de NQF consacré aux "Logiques patriarcales du militantisme". Je vois que le numéro publie un compte rendu des actes du colloque organisé par Ingrid Galster sur "Le Deuxième Sexe, Le livre fondateur du féminisme moderne en situation". Permettez moi de vous informer à mon tour que plusieurs communications ont été censurées, dont la mienne consacrée à "La lesbienne dans le Deuxième Sexe : Un universalisme sans universalité". De plus, Ingrid Galster s'est permis de demander à une historienne de langue allemande d'attaquer mon travail. Ce qu'elle a fait... sans que j'aie la possibilité de répondre puisque je suis censurée. Je souhaiterais pouvoir informer les lectrices de NQF, ainsi que la liste d'études féministes, sur ces pratiques... universitaires quelque peu "patriarcales". À moins qu'elles soient "normales"... Ingrid Galster pourra dire que je suis "sortie du cadre" qu'elle nous avait imposé. Que mon approche n'est pas assez "scientifique", ou que sais-je encore. Mais elle ne dira pas qu'elle m'a censuré parce que j'ai osé écrire que "Simone de Beauvoir a menti sur ses relations charnelles avec les femmes", et qu'il ne faut pas le dire, même si tout le monde le sait. Plusieurs participantes pourront témoigner de ces faits (et d'autres). Marie-Victoire Louis, qui a également été censurée pour s'être opposée à la censure visant mon texte, et Françoise Colin, qui m'a dit se désolidariser de cette pratique. Les autres n'ont rien dit. Nous voici donc devant un fait accompli peu correct.... Mais peut-être ne faut-il pas en parler publiquement ? Cordialement Marie-Jo BONNET Paris P.S. Pour les personnes qui ne me connaissent pas, je rappelle que j'ai passé ma thèse sur "Les relations amoureuses entre les femmes du XVI au XXe siècle" en 1979 (Paris VII, sous la direction de Michèle Perrot), qu'elle a été publiée en 1981, puis chez Odile Jacob en 1995, rééditée en poche, et que j'ai publié depuis d'autres ouvrages sur le sujet. Ce message de Marie-Jo Bonnet a été suivi d’un second en date du 28 septembre. Le voici : - Merci aux personnes qui m'ont écrit. Je dois une précision au sujet des actes du colloque d'Ingrid Galster sur "Le Deuxième sexe" de Simone de Beauvoir. La personne qui a été sollicitée par I. Galster pour me remplacer et pour attaquer mon travail n'est pas une historienne de langue allemande, mais une américaine, Hazel E. Barnes, précisément, qui s'évertue à démontrer mon "désir de détruire Beauvoir à tout prix". Or, je n'aurais jamais été publiée dans les Temps Modernes si j'étais animée d'un tel désir. Et de plus, plusieurs féministes françaises pourront témoigner de ma présence dans un groupe de travail avec de Beauvoir en 1975 pour préparer les émissions de télévision sur Sartre (qui n'ont pas eu lieu à cause de quoi ???? de la CENSURE). Tout ça pour dire que ces attaques sembleraient téléguidées, d'autant plus que H. E. Barnes ne m'a jamais rencontrée. Marie-Jo BONNET Paris Marie-Jo Bonnet dans son premier message me cite. Ne voulant pas que mon silence puisse être interprété comme une distanciation par rapport à sa légitime dénonciation, j’ai considéré que je devais porter à la connaissance publique le dossier de cette censure - annoncée - et notamment les lettres - restées sans réponse - que j’ai écrites, que nous avons écrites, à ce propos.
Les voici donc.
Oui, Marie-Jo Bonnet a été censurée. Oui je l’ai été aussi, car je m’étais opposée aux critiques dont elle avait été l’objet, et plus précisément parce que j’avais conditionné la publication de mon texte [de critique du chapitre du Deuxième sexe intitulé : Prostituées et Hétaïres] au sien [consacré au chapitre intitulé : La lesbienne].
Mais auparavant quelques clarifications concernant les conditions de publication de ce livre.
1) Le colloque. Beauvoir : Pour une édition critique du Deuxième SexeL’ « ouvrage dirigé par Ingrid Galster » publié en 2004 aux Editions Honoré Champion est issu du colloque organisé par elle en Allemagne. Ce « colloque international et pluridisciplinaire » , « sous le patronage de l'Ambassadeur de France en Allemagne » a eu lieu du 10 au13 novembre 1999 à l’Université catholique d’Eichstät (Bavière).
Intitulé : « Beauvoir. Pour une édition critique du deuxième Sexe », il a réuni « des philosophes, historiennes, anthropologues, sociologues, psychanalystes et critiques littéraires pour repositionner le texte fondateur du féminisme égalitaire dans son cadre temporel et, en même temps, pour en faire une relecture critique. Chaque exposé porte sur une unité de texte précise. Les titres reprennent ceux que Simone de Beauvoir a donnés aux chapitres de son livre ». (Texte de présentation du colloque)
Le projet de ce colloque - intéressant et novateur d’Ingrid Galster - était donc de confier chaque chapitre du Deuxième sexe à un-e spécialiste du sujet traité, afin qu’elle/il le resitue dans son contexte historique et qu’à la lumière de nos connaissances actuelles, elle/il situe l’apport et les limites de chaque thème traité dans ce livre.
Lors de ce colloque - qui s’est très bien passé et qui s’est avéré passionnant - je tiens à préciser que mon intervention, mais surtout celle de Marie-Jo Bonnet avaient été critiquées.
Ma présentation avait notamment été jugée par l’une des participantes « affreusement agressive ». J’avais précisé que j’étais abolitionniste, et que du fait de la colère qui m’avait saisie à la lecture de ce texte - que j’avais eu quatre jours pour préparer - j’en assumais, à l’oral, la dimension partiale.
Ceci étant dit, nos deux textes avaient été jugés comme relevant « d’une lecture très dure ». Sur la base de mes notes, j’ai pu relever les critiques suivantes : « ne pas exagérer » ; « ne pas exiger d’une époque plus qu’elle ne peux donner »….
J’avais pour ma part pris alors la parole sur trois points. Pour dire que : * Ces critiques m’avaient mis « mal à l’aise », car elles pouvaient signifier qu’ « il y avait des limites, des normes à ne pas dépasser, à ne pas transgresser ».
* [À la suite d’une critique dans le même sens de Nicole Claude Mathieu] « La question essentielle était que Simone de Beauvoir n’historicisait pas le sujet masculin, qu’elle ne remettait pas en cause l’homme comme sujet dominant - J’aurais dû ajouter : pas plus que l’hétérosexualité comme norme dominante . J’avais enfin suggéré qu’un prochain colloque ait lieu sur le thème : « Simone de Beauvoir est-elle féministe ? » .
* « Je trouvais tout à fait pertinente la question - posée par Marie-Jo Bonnet - de la vie sexuelle de Simone de Beauvoir et des relations entre ladite vie et son œuvre ». Et j’avais ajouté : « Quand Marie-Jo Bonnet dit : ‘si Simone de Beauvoir avait dit qu’elle était aussi homosexuelle, la situation aurait [pour elle] changé, elle a bien entendu raison ». 2) Les conditions de publication du livre
Je tiens à préciser - dans la mesure où deux lettres que j’ai écrites concernant cette censure l’ont été non pas à Ingrid Galster mais à Hélène Rouch - que c’était dans la collection [notamment] dirigée par Hélène Rouch aux Editions L’Harmattan, Bibliothèque du féminisme, que ce livre devait être publié. Pour des raisons que j’ignore il l’a finalement été aux Editions Honoré Champion.
Je tiens aussi à dire que, sur la base de ce que j’ai pu voir, entendre, débattre avec Hélène Rouch concernant la publication - éventuelle - de mon texte comme celui de Marie-Jo Bonnet, c’est elle qui a assumé l’essentiel du travail de publication de ce livre. Il importe donc de lire ce qu’Ingrid Galster a écrit la concernant, dans la page intitulée : Remerciements et Hommages : « Hélène Rouch a investi beaucoup de temps et d’énergie dans la rédaction des manuscrits et la communication avec les auteurs. Sans elle, ces actes auraient eu du mal à voir le jour, mais elle n’a pas tenu à être co-éditrice ». Dans ce contexte, ces phrases ont un certain poids.
Pour ma part, je tiens à dire que ses critiques de mon texte ont aidé à l’améliorer et que je l’en remercie. Et que ses tentatives de faire en sorte que nos textes soient publiés ne sont pas contestables.
3) La publication du livre et le traitement des deux chapitres censurés
Dès lors que la décision a été prise par Ingrid Galster de ne pas publier nos deux textes, la critique des deux chapitres qui nous avaient été confiées l’a été à d’autres.
Nous n’en avons pas été informées, d’où notre lettre aux Editions Honoré Champion [citée en annexe]. Nous n’avons pas su si nos textes avaient ou non été communiqués aux auteures chargées de les rédiger à nouveau. Nous n’avons pas su non plus si - ce que j’avais demandé - si les autres auteures participant à ce livre étaient au courant des conditions dans lesquelles elles seraient publiées.
Nous avons donc découvert, après la publication du livre, que le chapitre : La lesbienne a été rédigé par Hazel E. Barnes, « traductrice de l’Etre et du Néant » et qu’il comporte des attaques inacceptables et injustifiées d’un texte non cité (et pour cause…) de Marie-Jo Bonnet, Il est accompagné de la note suivante : « Je suis profondément reconnaissante à Ingrid Galster qui m’a aidée de bien des façons et qui m’a procurée plusieurs articles auxquels je n’aurais pas autrement eu accès ».
Nous avons aussi découvert que le chapitre : Prostituées et hétaïres a été rédigé par Cécile Coderre et Colette Parent, et est accompagné de la note suivante : « Ce texte est une version abrégée et remaniée de Coderre et Parent 2001. Nous remercions les Editions du Remue-ménage de nous avoir accordé la permission de reproduire en partie ce texte ». Je me permets, le concernant, sous réserve d’autres critiques, d’attirer l’attention sur le fait que le terme de « travailleuse sexuelle » - jamais, bien entendu employé par Simone de Beauvoir - est employé à quatre reprises page 390 de leur texte.
Je tiens enfin à dire, me concernant, qu’à deux reprises - pour que je vienne au colloque, puis pour atténuer les critiques de mon texte - Ingrid Galster m’a menacée de donner l’écriture de ce chapitre à des personnes défendant la légitimité du système prostitutionnel. J’aurais dû traiter ce chantage comme il le méritait : je n’ai pas souvenir de l’avoir fait.
4) En guise de conclusion…
Je tiens à préciser que je ne souhaitais pas - ceci n’étant en rien une position de principe, sans aucune fierté donc - publier ces lettres maintenant. Je comptais - lorsque l’envie m’en serait revenue - publier le travail que j’avais fait, qui, lui ne l’avait pas été. Et je comptais l’accompagner d’un préambule et/ou d’une note précisant que c’était parce que j’avais refusé la censure du texte de Marie-Jo Bonnet que le mien avait aussi été censuré.
Le texte écrit le 26 septembre 2005 par Marie-Jo Bonnet a modifié mes projets. C’est bien ainsi. C’est mieux ainsi. Toute censure non dénoncée légitime le droit que certain-es s’arrogent si aisément - au point que c’est devenu quasiment la norme dans nombre d’Universités, de laboratoires de recherches, de maisons d’éditions, comme dans la presse - à s’approprier comme étant leur, les textes qui leur ont été proposés pour publication. Et de décider, à leur seule guise, de ces publications, à les couper, les réécrire, les adapter, les modifier, les refuser, se les approprier.
La publication de nos deux textes sur Sisyphe (Novembre 2005) permet aux lectrices/lecteurs de connaître ces textes.
Mais cette double censure ne permet pas de considérer que ce livre, malgré la grande qualité de nombre des textes publiés, puisse être considéré comme un livre de référence.
Le livre intitulé : Simone de Beauvoir : Le deuxième sexe . le livre fondateur du féminisme moderne en situation - n’est pas un livre respectable. Marie-Victoire Louis. 5 octobre 2005. 1 Remerciements et Hommages. « Le colloque dont ce livre est issu a été financé par la Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG), l’Ambassade de France à Berlin, le Ministère bavarois de l’Enseignement, du Culte, des Sciences et des Arts, le Centre de Coopération Universitaire franco-bavarois ( CCUFB) et l’Université catholique d’Eichstätt. l’Ambassade de France et le Ministère ont également apporté leur concours financier pour rendre la publication possible ». Ingrid Galster. Padeborn. Novembre 2002. p.7. 2 J’ai en effet été tardivement invitée, ce qui explique que mon nom n’apparaît pas sur l’affiche du colloque et qu’il ne le soit que dans la présentation et le programme du colloque. J’ai par ailleurs tardivement donné mon accord pour y participer. |
|  | | Misfit Cat Déesse parmi les déesses

Nombre de messages: 8437 Date d'inscription: 23/05/2005
 | Sujet: Re: Simone de Beauvoir Ven 28 Avr - 19:20 | |
| Documents pour une censure annoncée I. 6 mars 2000. Lettre de Marie-Victoire Louis à Ingrid GalsterParis, le 6 mars 2000 ……… D - 85071 Eichstätt Ingrid, J’ai été informée par Marie-Jo Bonnet de la lettre que tu lui as adressée le 23 février. Et, à ma demande, celle-ci m’a procuré le texte intitulé : « La lesbienne: un universalisme sans universalité » qu’elle t’a envoyée aux fins de publication. En tant que participante au colloque Simone de Beauvoir à Eichstätt, en tant qu’auteure pressentie pour être publiée dans le livre que tu coordonnes, je tenais à te dire que j’ai été choquée du ton que tu as employé à l’égard de Marie-Jo Bonnet, comme de la manière dont tu t’es adressée à elle :«.... Je te demanderai de relire cette circulaire. Je ne répéterai pas ici ce que j’ai écrit... Inutile d’expliquer ce que ça veut dire, car si j’ai bien compris tu es historienne... Et moi, en tant qu’éditrice, j’insiste pour qu’on adopte un style convenable. On n’est pas au tribunal...Il faut vraiment t’instruire un peu.... D’ailleurs as-tu réfléchi ? ...Il fallait un peu de scrupule philologique. » Ces phrases n’ont, pour moi, pas lieu d’être de la part d’une intellectuelle s’adressant à une autre intellectuelle. Concernant tes arguments pour refuser son texte - puisque c’est bien de cela qu’il s’agit - je me permets de te faire part de mes réactions. * Je ne considère pas que « le ton de la rancune et du ressentiment domine (le) texte » de Marie-Jo Bonnet. Celle-ci a procédé à une analyse que je considère comme tout à fait pertinente. Même si je pense que certaines expressions doivent être réécrites, du type : « Elle n’a plus qu’une seule idée en tête...vérouiller ... » Ou : « Je ne suis pas tout à fait sûre que Simone de Beauvoir aurait écrit ce chapitre différemment ». Mais ce sont des questions de formulations qui peuvent être réglées très rapidement et n’invalident pas la valeur de son texte. * Je ne considère pas que son texte soit « militant » - pas plus que ne le fut mon exposé oral sur la prostitution - mais critique et engagé. Ce qui est - et ce n’est pas très original - le propre de la fonction d’un-e intellectuel-le. * Par ailleurs, je n’ai rien lu dans le texte de Marie-Jo Bonnet qui puisse légitimer ta critique selon laquelle Simone de Beauvoir aurait « rabâché des clichés ». * En outre, l’évocation du « scandale » que tu évoques concernant la réaction que ce chapitre a suscité « en 1949 » - lorsque l’on connaît le ‘niveau’ moyen des critiques qu’a dû subir Simone de Beauvoir - ne saurait en aucun cas être considérée comme un argument suffisant pour permettre de considérer ce chapitre comme positif, ou subversif, ou novateur, ou tout simplement pertinent. Ce chapitre doit être, comme tous les autres, et comme tu l’écris, soumis à « la critique ». * Je ne considère pas que ta phrase de critique à l’égard du texte de Marie-Jo : « Pour l’argumentation, je me rends compte que j’ai dû lire certains passages plusieurs fois pour la suivre, alors que pour d’autres contributions, je n’ai pas eu le même problème » soit suffisamment circonstanciée pour être valablement entendue. * Par ailleurs, concernant la manière dont Marie-Jo Bonnet traite de l’inconscient, ta phrase : « D’autres se sont chargées de ça à l’intérieur de chapitres où Beauvoir entame le sujet de façon plus générale » peut être interprétée comme une manière de lui interdire d’en parler. * Enfin, ce que tu écris sur le fait que l’inspecteur de police en 1942 n’aurait pas eu « de magnétophone » ne permet pas d’invalider le fait que cette déposition - il faut le reconnaître, accablante pour Simone de Beauvoir qui ‘charge’ son élève - est une source, qui, comme toute source juridique, fait partie de l’histoire et doit être analysée. Je considère que Marie-Jo Bonnet a non seulement raison de citer cette déposition, mais qu’elle doit le faire ; même si elle doit effectivement pendre plus de précautions de méthode liée à la nature de sa source. Pour ma part, je pense - et je le lui ai dit - qu’elle ne va pas assez loin dans son analyse critique. Je considère en effet que la question du « détournement de mineure » - qui pose la question du pouvoir (lié notamment à la différence de statut social, intellectuel, institutionnel, à l’écart dû à l’âge [entre Simone de Beauvoir et son élève] , au rôle de Sartre....) mis en oeuvre dans une relation « amoureuse » - et de son « abus » au regard du droit et de la morale (à définir) - doit être posée. En elle même. Vichy ou non, lesbianisme ou non. Le livre bouleversant de Bianca Lamblin ne doit pas être oublié. Je considère donc que le texte de Marie-Jo Bonnet est pertinent : elle a démonté analytiquement avec finesse et intelligence les importantes « limites » - pour employer un euphémisme - de ce chapitre. Qu’elle a resitué, comme tu nous l’avais demandé, dans son contexte historique. Plus encore, elle nous donne une grille de lecture théorique qui dépasse la critique de ce seul chapitre. Je te demande donc de revoir ta position à l’égard du texte de Marie-Jo Bonnet, à laquelle j’ai adressé mes réactions à son texte, comme je souhaiterais en recevoir pour moi-même. Mais le principe de la liberté de l’auteur-e ne saurait être remis en cause. Me concernant, je ne saurais travailler pour cette publication, si ce principe n’était pas assuré. Et si le texte de Marie-Jo - qui effectivement « brise un tabou » - en était exclu. En espérant vivement que cette insertion de son texte dans les actes du colloque se réalisera. Amicalement, Marie-Victoire Louis Copie à Marie-Jo Bonnet .............. Hélène Rouch II. 23 décembre 2000. Lettre de Marie-Victoire Louis à Hélène Rouch Paris, le 23 décembre 2000 Hélène Rouch Hélène, J’ai bien reçu ta dernière lettre et je t’en remercie. Je compte donc re-travailler mon texte en fonction des critiques, justes, d’Ingrid et de toi-même. Je vais aussi essayer de mieux problématiser la question des relations de S. De Beauvoir avec la prostitution. Par ailleurs, lors de notre rencontre, j’ai appris par toi que le désaccord avec Marie Jo Bonnet concernant son chapitre consacré à « La lesbienne » n’était pas réglé. Or, comme tu le sais déjà, je suis extrêmement attachée, par principe, à la publication par Marie Jo de son analyse. Que je trouve, par ailleurs, très pertinente. Je t’ai donc informée que je comptais contacter Marie Jo pour tenter de régler le problème. Je l’ai donc appelée. Celle-ci m’a dit très clairement qu’elle ne se reconnaissait pas dans la deuxième mouture, celle qu’elle avait reprise avec toi. Et qu’elle voulait donc que ce soit la première qui soit insérée dans le livre. À l’entendre, je n’ai pu que réagir en pensant que, sur le fond, c’était donc sa position d’auteure qui devait être celle de référence. Puisqu’elle est au fondement du principe de la liberté d’écrire. J’ai cependant relu la rédaction du chapitre tel qu’elle vous demande de l’insérer. Et non seulement je n’ai rien lu qui puisse lui être reproché, mais en outre, je le trouve fort et juste. Je vous demande donc de bien vouloir donc intégrer le chapitre de Marie Jo Bonnet, tel qu’elle vous le propose. Et - sachant que je parle, ici, à titre personnel - je pense que si vous avez, comme ce fut le cas pour votre travail critique de tous les chapitres, des demandes ponctuelles à lui faire, celle-ci les entendra. Comme elle l’a déjà fait. Il est en effet, pour moi, impensable que ce livre, si important, sorte en faisant l’impasse sur un chapitre entier du livre, alors que vous êtes en possession d’un (bon) texte émanant d’une spécialiste qui a beaucoup travaillé sur le sujet. Et qui va par ailleurs, publier ce texte aux Etats-unis. Peut-être est-il même déjà publié ? Les accusations de « censure » - auxquelles je ne peux m’identifier - ne pourront manquer alors d’être faites. C’est, en outre, la crédibilité de tout le travail remarquable fait, et par vous-mêmes et par tant de personnes, qui sera en cause. Voilà ce que je souhaitais te dire, à toi, ainsi, bien sûr, qu’à Ingrid. Je ne peux croire que ce problème ne se règle. Bonnes fêtes. Et à bientôt, donc. Marie-Victoire III. 22 Juin 2001. Lettre de Marie-Victoire Louis à Hélène Rouch 22 juin 2001. Hélène Rouch Editions l'Harmattan Hélène, N'ayant plus eu de tes nouvelles depuis plusieurs mois, j'en déduis - puisque vous n'avez pas cru bon m'en informer - que vous avez pris la décision de ne pas publier mon chapitre sur Simone de Beauvoir et la prostitution. Aussi, pour éviter toute ambiguïté lors de la publication du livre, je tiens à préciser, par écrit, une dernière fois, que la seule et unique raison qui expliquera l'absence du chapitre rédigé par moi est la suivante: Je me refuse à être publiée dans un livre qui a refusé de publier le chapitre de Marie-Jo Bonnet sur "La lesbiennne". Je me refuse à être complice d'une censure. Je précise que les lettres échangées sur le sujet entre Marie-Jo Bonnet, toi et moi - Ingrid Galster, bien que responsable et du colloque et de la publication t'ayant laissée seule pour gérer le problème - sont à la disposition de qui souhaiterait en prendre connaissance. Je regrette que le colloque Beauvoir d'Eischtätt, qui s'était si bien passé, se termine ainsi. Et plus encore, qu'un colloque sur Simone de Beauvoir puisse être publié dans ces conditions scandaleuses. Avec mes regrets. Marie-Victoire Louis P.S : Serais-tu assez aimable de bien vouloir adresser une copie de ma lettre à Ingrid Galster ? Copie à: Marie-Jo Bonnet, Françoise Collin, Liliane Kandel. Je considère qu'il serait nécessaire, en outre, que l'ensemble des auteur-es participante-s à ce livre reçoivent, avant publication du livre, copie de ma lettre. Marie-Victoire Louis IV. 4 septembre 2003. Lettre de Marie-Victoire Louis et Marie-Jo Bonnet aux Editions Honoré Champion Editions Honoré Champion 7 Quai Malaquais Paris 75006 Paris, le 4 septembre 2003 Monsieur le Directeur, Nous avons appris récemment par Hélène Rouch de la parution prochaine par votre maison d’édition d’un livre issu d’un colloque organisé par Ingrid Galster sur Simone De Beauvoir . Ayant participé à ce colloque et n’ayant pas été informée de sa parution, nous aimerions avoir confirmation de cette information. Nous souhaitons aussi savoir si nos communications font partie de cette publication. Avec nos remerciements, Dans l’attente, Veuillez agréer l’assurance de notre considération distinguée. Marie-Jo Bonnet Marie-Victoire Louis 3 « Ni de quiconque à quiconque ». Ajout. Oct.2005. |
|  | | Misfit Cat Déesse parmi les déesses

Nombre de messages: 8437 Date d'inscription: 23/05/2005
 | Sujet: Re: Simone de Beauvoir Ven 28 Avr - 19:24 | |
| V. 9 septembre 2003. Lettre de Marie-Victoire Louis adressée à Hélène RouchParis, le 9 septembre 2003 Hélène Rouch Hélène, Dans la mesure où tu ne m’as pas laissé le temps de répondre lors de ton appel téléphonique d’hier après-midi, je tenais à clarifier plusieurs points : 1° ) J’avais lu par téléphone sur ton répondeur le 3 septembre la lettre (en P.J. à cette lettre) en date du 4 septembre signée par Marie-Jo Bonnet et moi-même adressée aux Editions Honoré Champion. Comme nous te citions en ces termes : « Nous avons appris récemment par Hélène Rouch de la parution prochaine d’un livre issu du colloque organisé par Ingrid Galster sur Simone de Beauvoir » - j’avais laissé un message la veille te demandant de me rappeler pour me dire si tu voyais un inconvénient à être citée dans cette lettre. Dans la mesure où tu ne m’avais pas rappelée - et dans la mesure où je t’informais que je comptais adresser cette lettre le lendemain - j’en ai déduis que cela ne te posait pas de problèmes. Mais, comme tu me l’as dit justement : « tout le monde n’est pas tout le temps chez soi ». Je te demande donc de m’en excuser. J’aurais dû te demander un accord explicite pour te citer dans lettre adressée en date du 4 septembre. Ceci étant dit, je me permets de préciser que dans la mesure où cette lettre faisait état d’une simple information (que tu avais transmise à Marie-Jo Bonnet) - à savoir que le livre consacré à Simone de Beauvoir allait être publié aux Editions Honoré Champion - je n’ai pas pensé que l’enjeu était d’une telle importance. 2 °) Aussi, ai-je été fort étonnée lorsque tu m’as affirmée au téléphone que notre lettre te mettais « dans une situation intenable » ; j’ai du mal à en comprendre les raisons. 3 °) Lors de ce même appel, tu as aussi fait état de ce que tu t’étais « battue pour nous », ou que tu nous avais « défendues » (je ne me souviens pas de ta phrase exacte). La question ne se pose pas en ces termes La question - depuis plus de trois ans - est de savoir si un livre - issu des Actes du Colloque Simone de Beauvoir dirigé par Ingrid Galster – peut être ou non publié sur les fondements d’une censure. 4° ) C’est parce que : * Aucune réponse n’avait été faite à la lettre que je t’avais adressée en date du 23 juillet 2001 [non retrouvée . MVL. Oct.2005] ; * Ni Marie-Jo Bonnet ni moi-même n’avons plus jamais été informées des conditions de publication de ce colloque qui devaient paraître aux Editions l’Harmattan fin 2002 ; * Je pensais pour ma part que le projet en avait été abandonné, ne pouvant imaginer - sur un plan déontologique, éthique et intellectuel - ni que ce colloque puisse être publié sans nos deux textes, ni que d’autres personnes puissent avoir été sollicitées ; que nous avons écrit cette lettre et que nous attendons une réponse. 5 °) Enfin, et c’est là l’essentiel, affirmer comme tu me l’as dit hier que Marie-Jo Bonnet et moi-même avions « retiré nos textes » est un déni du réel. Les lettres adressées par moi-même à Ingrid Galster en date du 6 mars 2000, ainsi que celles adressées à toi même en date du 23 décembre 2000 et du 22 juin 2001 en font foi. Sur une position de principe - dont nous avons souvent discuté ensemble - à savoir que le texte de Marie-Jo Bonnet avait été refusé pour publication, j’ai décidé d’être solidaire d’elle. Et j’ai refusé de cautionner un livre censuré. Je maintiens et Marie-Jo Bonnet avec moi - que ce livre qui va donc paraître sans nos deux textes est un livre fondé sur une censure. Avec regrets, Marie-Victoire Louis Extraits du site de Marie Victoire Louis qui contient une partie des archives cette sociologue féministe. Ce sont de grands textes qu’elle a rédigés en son nom propre, c’est-à-dire hors cadre associatif. Elle a souhaité présenter ces textes de grande valeur parce qu’elle a éprouvé le besoin de faire un bilan personnel et politique. Tous (ou presque) concernent l’analyse du système patriarcal, pour Marie-Victoire Louis, indissociable d’une action militante féministe. Ce site est ressource inestimable pour la recherche et la réflexion féministe. De nouveaux textes viendront s’y ajouter parmi lesquels Marie-Victoire Louis souhaite intégrer ceux d’autres auteur-es.http://www.marievictoirelouis.net/index.html |
|  | | Misfit Cat Déesse parmi les déesses

Nombre de messages: 8437 Date d'inscription: 23/05/2005
 | Sujet: Re: Simone de Beauvoir Mar 13 Juin - 9:11 | |
| Danielle Sallenave & Simone De Beauvoir Quand prime le spirituel, Inédits de Simone de Beauvoir lus par Evita Ayguavives et présentés par Danielle Sallenave.
Ce tout premier livre de Simone de Beauvoir ne fut publié que quarante ans plus tard, en 1979. Il est réédité cette année en poche par Gallimard. Danielle Salenave, auteur de nombreux romans et essais (publiés par Gallimard) rend ici hommage à une combattante et à une femme de lettres qu'elle aime. Source : http://www.ombres-blanches.fr/pub/rdv/detail.php?id_message=671 |
|  | | Misfit Cat Déesse parmi les déesses

Nombre de messages: 8437 Date d'inscription: 23/05/2005
 | Sujet: Re: Simone de Beauvoir Sam 8 Juil - 10:34 | |
| La lesbienne selon Simone de Beauvoir et Nicole Brossard: identité ou figure convergente? Par Marie Couillard Dans Le deuxième sexe, texte fondateur du féminisme moderne, s’il en est un, Simone de Beauvoir consacre environ trois pourcent de son ouvrage à la lesbienne. Un tel pourcentage ne saurait justifier à lui seul le texte qui suit. Toutefois, l’essai de de Beauvoir en renversant l’adéquation historique entre sexe et genre, introduit la nécessité de distinguer entre les données biologiques le sexe, et le genre produit social et culturel élaboré à partir de certaines données physiologiques, l’un le masculin, se posant comme terme de référence tandis que l’autre, le féminin se voit refoulé dans l’altérité. Ainsi la différence établie entre les genres apparaît-elle chez Simone de Beauvoir comme le produit d’un conditionnement à une vision patriarcale où le féminin est dévalorisé, censuré et nié.Or la prise de conscience d’un tel conditionnement confronte toute femme à une question fondamentale sur son orientation sexuelle en tenant compte que celle-ci loin de se limiter à l’attrait et au plan physique est aussi liée aux aspects sociaux, culturels, économiques et politiques de la société. L’hétérosexualité serait-elle la seule forme naturelle (soit naturalisée par l’idéologie patriarcale) et supérieure de la sexualité humaine ou serait-elle plutôt une institution politique qui cautionne un ordre androcentrique où la construction sociale de la sexualité féminine serait intimement liée aux intérêts et aux besoins masculins? Dans les quelques pages qu’elle consacre à la lesbienne dans Le deuxième sexe, Simone de Beauvoir ne tranche pas la question.Son chapitre «La lesbienne» comme celui des «Mythes» est construit sur le mode binaire soit : un proposition A (nature faste/femme valorisée/lesbienne excusée, justifiée) et/ou une proposition B (nature néfaste/femme dévalorisée/lesbienne jugée, condamnée). Or, si l’analyse beauvoirienne des mythes illustre bien l’extrême polarisation de la représentation des femmes dans la pensée et l’imaginaire androcentrique, le chapitre sur la lesbienne, lui, met plutôt en évidence l’ambiguïté voire le malaise de S. de Beauvoir face à la question du choix de l’orientation sexuelle. Bien qu’au départ, de Beauvoir balaie du revers de la main le discours du déséquilibre hormonal, du développement anatomique inachevé de la lesbienne tel qu’élaboré par le biologisme, il lui est cependant beaucoup plus difficile d’en faire autant avec les discours des maîtres et les discours doxiques courants, discours androcentriques s’il en est, lesquels, à partir d’un déterminisme interne psychique vise à consolider l’impératif hétérosexuel. À la remorque de ces discours, elle catégorise la lesbienne tantôt en «féminine», résultat d’une fixation infantile (une autre forme d’inachèvement) dénoncée comme régression, tantôt en «masculine» celle qui imite l’homme pour l’égaler et qui, de facto, devient une menace à enrayer par le ridicule ou le discrédit.Dans les deux cas la lesbienne se retrouve enfermée, par un processus d’attribution où sexe et genre sont souvent confondus[1], dans un stéréotype réducteur et marginalisant, celui de la femme-enfant ou celui de la virago.Or, qui dit marginal, dit exclus. L’ambivalence de Simone de Beauvoir se manifeste dans son insistance à voir le lesbianisme (ou l’homosexualité féminine comme elle l’appelle) comme étant le résultat de l’absence ou de l’échec des relations hétérosexuelles ou encore de voir dans l’étreinte saphique, par un effet miroir, une contemplation, une récréation du même dans l’autre où chacune serait à la fois sujet et objet (de Beauvoir, 1949, 1:499).Or, on sait que le stage du miroir en est un éminemment narcissique et ne représente qu’une étape dans la constitution du sujet.Cette perception de la lesbienne explique, sans doute, la place qui lui est réservée dans l’organisation du livre. En effet, le chapitre «La lesbienne» est inclus dans la partie «Formation» plutôt que dans celle, plus appropriée à mon avis, intitulée «Situation», surtout lorsque de Beauvoir écrit en fin de chapitre : «En vérité l’homosexualité [...] c’est une attitude choisie en situation [...]»[2] (de Beauvoir, 1949, 1:570). De même, bien que de Beauvoir affirme que «l’homosexualité peut être pour la femme une manière de fuir sa condition ou une manière de l’assumer» (de Beauvoir, 1949, 1:484), elle réintègre la doxa androcentrique lorsqu’elle écrit qu’en tant que ««perversion érotique» l’homosexualité fait plutôt sourire; mais en tant qu’elle implique un mode de vie, elle suscite mépris ou scandale» (de Beauvoir, 1949, 1:507) tout en asservissant le sujet lesbien à son personnage stéréotypé (de Beauvoir, 1949, 1:509). L’ambivalence de de Beauvoir se manifeste non seulement sur le plan de l’argumentation mais aussi sur celui de l’écriture tant au niveau de la construction de la phrase, de la grammaire que celui du champ lexical. Ainsi la phrase : «Comme toutes les conduites humaines, elle [l’homosexualité] entraînera comédies, déséquilibres, échec ou mensonge ou au contraire, elle sera source d’expériences fécondes, selon qu’elle sera vécue dans la mauvaise foi, la paresse et l’inauthenticité» (de Beauvoir, 1949, 1:500). Cette phrase qui clôt le chapitre ne peut que laisser la lectrice, ou le lecteur perplexe.De même, l’emploi fréquent du pronom «on» renvoyant à des antécédents variables prête aussi à confusion. Dans la toute première phrase du chapitre «On se représente volontiers la lesbienne ...» (de Beauvoir, 1949, 1:481) le pronom est un «on» doxique incluant l’auteure et la lectrice, alors qu’un peu plus loin dans la phrase «on a vu que chez toutes l’érotisme infantile est clitoridien» (de Beauvoir, 1949, 1:483) le pronom «on» en est un de complicité entre l’auteure et sa lectrice. Il résulte de la démonstration que de Beauvoir a faite antérieurement. Par ailleurs, dans la phrase «chaque fois qu’elle [la femme] se conduit en être humain, on déclare donc qu’elle s’identifie au mâle» (de Beauvoir, 1949, 1:487) il s’agit d’un «on» doxique dont elle s’exclurait. Enfin elle utilise systématiquement le terme «homosexualité féminine» plutôt que «lesbianisme» déjà en usage dans la langue. Le premier ramène la lesbienne dans la classe générique homo/homme et a pour effet de souligner sa divergence et son exclusion; le second, qui en 1949 n’est pas encore politisé, n’en désigne pas moins une orientation sexuelle spécifiquement au féminin. Ainsi l’orientation lesbienne sauf dans des cas limites est-elle ambiguë chez Simone de Beauvoir, ambiguïté qu’elle reprend à son compte dans l’affirmation : «En vérité, aucun facteur n’est jamais déterminant, il s’agit toujours d’un choix exercé au coeur d’un ensemble complexe et reposant sur une libre décision; aucun destin sexuel ne gouverne la vie de l’individu : son érotisme traduit au contraire son attitude globale à l’égard de l’existence» (de Beauvoir, 1949, 1:501). La lesbienne émerge donc chez de Beauvoir comme une figure ex-centrique doublement marginalisée, tout d’abord de par son être femme, sa différence biologique et surtout physiologique légitimant son oppression, sa condition dirait-elle, par le biais d’un discours «naturalisé» et ensuite de par son choix d’orientation sexuelle qui perturbe les codes sociaux en l’excluant de l’ordre androcentrique. Une telle perception relève d’une attitude qui fait que tout en dénonçant la condition des femmes comme le fruit d’une construction idéologique, de Beauvoir ne remet celle-ci en cause que jusqu’à un certain point qui ne rejoint pas la question, fondamentale pourtant, du choix de l’orientation sexuelle, par crainte et répugnance à l’idée «d’enfermer la femme dans un ghetto féminin» (de Beauvoir, 1972, 1:509) comme elle l’affirmera dans Tout compte fait. Bien que quelque peu décevante, la figure de la lesbienne, proposée par Simone de Beauvoir a tout de même le grand mérite d’avoir ouvert la voie aux réflexions et aux débats qui ont cours dans les milieux féministes, surtout américains, depuis les années ‘70. À partir des analyses beauvoiriennes, tout un mouvement s’est dessiné forçant chacune et chacun à repenser la sexualité et surtout ses liens avec la famille, l’état et le système économique en termes de subjectivité et multiplicité de perspectives.Nicole Brossard la poète féministe québécoise s’insère dans ce mouvement. À prime abord, Nicole Brossard inscrite dans l’optique beauvoirienne affirme que le corps a «le genre de son cerveau» (Brossard, 1988 : 24).Toutefois, à la différence de de Beauvoir qui adhère à la perception «traditionnelle» du caractère handicapant du corps féminin, Brossard refuse le handicap attribué par une vision androcentrique pour conquérir la différence (Brossard, 1988 : 48 ) et la valoriser tout en dénonçant son occultation et son travestissement. En ce qui touche Brossard la conquête de la différence passe par l’écriture, une écriture qui vise à déranger l’ordre social établi. Il s’agit, écrit Brossard, «d’un écriture de dérive de la symbolique patriarcale à la limite du réel et du fictif, entre ce qui paraît possible à dire, à écrire, mais qui s’avère souvent au moment de l’écrire, impensable... inavouable» (Brossard, 1985 : 53). Une écriture lesbienne où le «je» écrivant parle le désir des femmes plutôt que son désir (Brossard, 1985 : 45) et qui se situant hors des institutions androcentriques ne compose pas avec elles, ne revendique pas le pouvoir et qui, surtout, ne vise pas à reproduire ce qu’elle tente de renverser (Dupré, 1988 : 14). «C’est le combat. Le livre» (Brossard, 1988 : 14) l’exergue de L’amèr contient déjà en 1977, toute la démarche féministe et scripturaire de Nicole Brossard. La phrase liminaire du même ouvrage «J’ai tué le ventre», reprise, élargie et soulignée dans le texte, quelques pages plus loin « J’ai tué le ventre et je l’écris»[3] (Brossard, 1988 : 27) annonce son projet. Brossard refuse un corps féminin fragmenté, occulté, avili par la tradition judéo-chrétienne et réduit à sa fonction patriarcale de reproduction. À sa place, elle présente une nouvelle femme «civilisée» (Brossard, 1988 : 90) grâce à son corps, ses sens et libérée de sa fonction biologique.«On a l’imagination de son siècle, de sa culture, de sa génération, d’une classe sociale, d’une décade, de ses lectures mais on a surtout l’imagination de son corps et de son sexe qui l’habite» (Brossard, 1985 : 60).Aussi dans ce premier texte ouvertement féministe et lesbien, la narratrice nous parle-t-elle de ses seins (Brossard, 1988 : 64) de sa cyprine, (Brossard, 1988 : 19), de ses poils, de ses menstruations, dans une véritable mise en avant du corps féminin qui entraîne la levée des tabous entourant le corps de la femme (Dorez, 1988 : 150). Cette femme qui traverse ainsi l’histoire comme sujet, sans relever sa jupe (Brossard, 1976 : 74) se cristallise dans la figure radicale de l’Amazone, figure mythique en marge de l’ordre androcentrique et qui, avec celle de la sorcière, sont les seules, selon Brossard, à ne pas avoir été inventées par l’homme (Brossard, 1985 : 134). Dans L’amèr, cette femme nouvelle effectue son entrée à partir d’une théorie/fiction qui reconceptualise la maternité en remplaçant le corps unique de la «fille patriarcale» par le corps multiple de la «fille-mère lesbienne» (Brossard, 1988 : 44). Donnée fondamentale de la théorie brossardienne, la famille féminine se pose en contrepartie à la famille archétypale chrétienne, Marie la vierge-mère, Joseph le conjoint émasculé et le fils qui provient de, tout en étant à la fois le père-Dieu. Cette famille autre où le «je» énonciateur devient diffus pour coïncider avec l’autre femme (Dupré, 1988 : 8 ) où le singulier appelle le pluriel, où le privé de la condition des mères devient politique reprend et actualise la célèbre formule «Je me révolte donc nous sommes» qui devient sous sa plume «Je parle au je pour assurer la permanence du nous (Brossard, 1985 : 97). S’effectue ainsi une véritable traversée du miroir androcentrique, lequel dans l’optique beauvoirienne stoppait et figeait la lesbienne dans une «séduction statique» du même. Chez Brossard, la traversée du miroir permet de rejoindre l’autre femme et de coïncider avec elle. «Je suis, sortant par mon ouverture, de l’autre côté [...] Je ne me mire pas dans une autre femme; je traverse une autre dimension» (Brossard, 1985 : 40). Elle permet la mise en place de la figure de la lesbienne, «l’essentielle», qui se situe au coeur de la pensée brossardienne, figure qu’elle ne cessera d’élaborer et de moduler. Suite au prochain post... |
|  | | Misfit Cat Déesse parmi les déesses

Nombre de messages: 8437 Date d'inscription: 23/05/2005
 | Sujet: Re: Simone de Beauvoir Sam 8 Juil - 10:35 | |
| La figure lesbienne chez Nicole Brossard s’élabore essentiellement entre 1977 et 1985 dans son tryptique lesbien L’amèr ou le chapitre effrité (1977), Amantes (1980), Le sens apparent (1980) et le recueil La lettre aérienne (1985). L’amèr en donne l’importante configuration initiale en remplaçant le discours phallocentrique sur la mère par l’affirmation d’un je-femme sujet hors de l’ordre androcentrique et par son mouvement vers un je-pluriel féminin. Amantes se tourne vers l’analogie entre aimer et écrire à la recherche d’une équation différentielle entre textualité et érotisme. Le sens apparent, pour sa part, reprend la célébration du désir lesbien comme moyen de déplacer le discours des maîtres tout en réaffirmant les radicales urbaines de l’écriture, la conscience féministe, le travail de la mémoire et la modernité textuelle (Parker, 44). La lettre aérienne, pour sa part, réunit plusieurs des textes théoriques féministes brossardiens entre 1975 et 1985 tendus «vers l’écriture et le langage» (Brossard, 1985 : 9). Dans le cadre de ce texte, mon propos se limite à L’amèr et à La lettre aérienne. À prime abord, il importe de souligner que la figure lesbienne chez Brossard est une figure d’écriture complexe, polyvalente et polysémique (Dupré, 1988 : 11). Figure politique elle s’inscrit au coeur du projet féministe brossardien, celui de redonner à la femme l’émotion et le désir vers l’autre que lui a dérobés l’idéologie patriarcale et le phallocentrisme. Dans ce sens, la figure lesbienne rejoint celle de l’Amazone, la militante, celle qui résiste au patriarcat et ce faisant se coupe de celui-ci pour prendre une dimension allégorique et devenir une figure déréalisée, point de départ d’un imaginaire au féminin. «S’il n’était lesbien ce texte n’aurait point de sens. Tout à la fois matrice, matière et production [...]. Il constitue le seul relais plausible pour me sortir du ventre de ma mère patriarcale» (Brossard, 1988 : 22). À titre d’initiatrice et d’incitatrice la figure lesbienne permet l’évacuation, par les mots, d’une réalité, celle de l’oeil, de l’écriture androcentrique qui réduit la réalité des femmes à une fiction, un fait divers telles la maternité, la prostitution, la violence subie (Brossard 1985 : 53) qui réduit aussi le corps écrivant au neutre-masculin (Brossard, 1985 : 51). Elle se présente, pour reprendre l’expression de Louise Dupré, comme «l’abstraction d’un corps figuré en dehors de tout réalisme» (Dupré, 1988 : 11), un corps de femme en mouvement, un corps de femme désexualisé au sens androcentrique du terme mais fortement érotisé, soit chargé de désirs et de jouissance au sens féminin du terme. Corps inavouable, et corps irreprésentable puisqu’inscrit plutôt que représenté mais qui, dans son rapprochement à d’autres corps de femmes traverse «les dimensions inédites qui le rendent à sa réalité» (Brossard, 1985 : 96). «L’origine n’est pas la mère mais le sens que je donne aux mots et à l’origine je suis une femme» (Brossard, 1985 : 97). Une telle traversée permet d’accéder, par la géométrie de la spirale, à des espaces inédits, favorisant de nouvelles perceptions (Dupré, 1988 : 11), «une nouvelle configuration propre à infléchir le sens commun» et à mettre en place les jalons d’un territoire imaginaire qui préfigurerait une culture au féminin, une culture positive, motivante et excitante, où «exciter» est pris au sens de mettre en mouvement (Brossard, 1985 : 96). La figure lesbienne nous renvoie donc à une question de sens, sens considéré comme «direction vers», trajectoire à suivre mais aussi sens considéré comme signification, puisque dans la pensée brossardienne, le mot «lesbienne» prend un relief qu’il n’a jamais eu dans la langue courante, circulant comme il le fait entre le signifiant et le signifié entre le référentiel, le désir, la pensée et l’écriture (Parker, 1998 : 50). Aussi la figure lesbienne imprime-t-elle au langage une autre dimension : «la logique binaire androcentrique est délaissée au profit d’une logique tridimensionnelle» (Dupré, 1988 : 11) rassemblant la partie et le tout, le fragment et la totalité, ce qui se résume chez Brossard dans la forme holographique qu’adoptera son oeuvre. Avec la figure lesbienne, l’écriture brossardienne se transforme en exploration autour de certains concepts tels réalité, fiction, différence, mère, etc., exploration qui vise à faire renaître des mots une énergie nouvelle, une énergie qui crée une brèche dans la symbolique patriarcale afin de réduire «l’écart entre la fiction et la théorie pour gruger le champ idéologique» (Brossard, 1988 : 103). Ainsi, comme l’a souligné Alice Parker, dans l’oeuvre brossardienne, le mot «lesbienne» ne renvoie pas à qui est Nicole Brossard la poète féministe ou encore où elle se situe, mais il traduit plutôt une qualité d’émotion et de désir des femmes et entre celles-ci définie en termes de différence par rapport à une norme prescriptive qui réglemente nos relations sociales (Parker,1998 : 3) ou encore comme le dit Brossard, la figure lesbienne renvoie à une posture qui permet de faire sens collectivement (Brossard, 1985 : 98 ). Il existe donc un écart considérable entre la lesbienne selon de Beauvoir et la figure lesbienne selon Brossard.Simone de Beauvoir a été la première à s’inscrire en faux contre le point de vue biologique et à soutenir que le genre est un produit de processus sociaux et culturels. Pourtant elle dénonçait le conditionnement des femmes par l’institution patriarcale. Il n’en demeure pas moins que piégée par l’universalisme, à savoir que l’essence de la féminité est implicitement constituée par rapport à un modèle masculin considéré comme neutre, l’universel puisqu’il possède le pouvoir de la parole, de Beauvoir se place dans l’incapacité de concevoir la notion de différence comme une forme humaine dynamique. Aussi dans sa perspective, la lesbienne demeure-t-elle doublement marginalisée, à la fois comme femme[4] et comme femme déviante par rapport à un ordre qu’elle ne saurait remettre en question.Pourtant une phrase comme «son érotisme [de l’individu] traduit [...] son attitude globale à l’égard de son existence» qui vient s’ajouter à cette autre. «L’homosexualité [...] c’est une attitude choisie en situation» suggère bien une sympathie implicite chez de Beauvoir envers le choix d’une telle attitude, choix qu’en bout de ligne elle choisit de ne pas approfondir. Trente ans plus tard des féministes, dont Nicole Brossard, reprennent et développent la question de l’orientation sexuelle, cette fois-ci non seulement en termes d’attirance mais par rapport à l’idéologie en place. Poète avant tout, Brossard met en oeuvre, sur le plan de l’écriture, une femme déjà impensable, inavouable, une figure lesbienne polyvalente et polysémique sujette à une lecture multiple, d’où sa complexité. D’une part, la lesbienne de Brossard se réclame d’un féminisme gynocentrique à partir d’un corps spécifiquement féminin revalorisé dans sa différence ce qui, selon les critiques de Brossard, la ferait basculer dans une vision différentialiste voire essentialiste. Or le corps/écrivant lesbien de Brossard se pose comme lieu autre de connaissance et partant, échappe au biologisme et au sociologisme sur lesquels repose l’essentialisme. Par ailleurs, la figure lesbienne de Brossard peut aussi être lue comme une figure utopique, laquelle à l’heure d’un pragmatisme englobant et du discours unique se voit discréditée et refoulée dans le domaine de l’illusion et de l’irréalisable. Or, est-il besoin de le rappeler, l’utopie est à la fois la construction d’une société idéale et la critique d’un présent aliénant et insoutenable. L’utopie lesbienne de Brossard, mirage ou non, a le grand mérite de nous extirper d’une mémoire gynécologique douloureuse. Elle nous propose, en contrepartie, une figure de femme positive, envoûtante et valorisante. Cependant, dans une lecture comme dans l’autre, la lesbienne de Brossard se pose comme figure rassembleuse. Elle nous donne, nous les femmes, une prise sur la symbolique patriarcale véhiculée par la communication et la connaissance, là où se situe notre domination première. Aussi explique-t-elle et justifie-t-elle tout à la fois, la célèbre signature : «Écrire je suis une femme est plein de conséquences» (Brossard, 1988 : 53). REFERENCES de Beauvoir, Simone, (1949), Le deuxième sexe, t.1, Paris, Gallimard, coll. Idées/Gallimard. de Beauvoir, Simone, (1972), Tout compte fait, Paris, Gallimard. Brossard, Nicole, (1988), L’amèr ou le chapitre effrité, Montréal, L’Hexagone, coll. Typo. Brossard, Nicole, (1985), La lettre aérienne, Montréal, Remue-Ménage. Brossard, Nicole, (1976), «L’écrivain» dans L. Guilbault et alii, La nef des sorcières, Montréal, Quinze. Dorez, Aurelia, (1988), «Nicole Brossard : Trajectoire», mémoire de maîtrise, Département de Lettres Modernes, Université d’Artois, 193p. Dupré, Louise, (1988), «Du propre au figuré», préface à Nicole Brossard, L’amèr ou le chapitre effrité, Montréal, L’Hexagone, coll. Typo. Parker, Alice A., (1998) Liminal Visions of Nicole Brossard, Peter Lang, coll. Francophone Cultures and Literature. NOTES [1]À ce sujet lire l’excellent texte de Tania Navarro Svain «Le lesbianisme serait-il une identité?». [2]Souligné dans le texte. [3]Phrase isolée et soulignée dans le texte. [4] Ce que de Beauvoir affirme et souligne de plusieurs façons en particulier en reprenant cette citation de Julien Benda «L’homme se pense sans la femme.Elle ne se pense pas sans l’homme». Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe, I, 16, 1949. Source : http://h2hobel.phl.univie.ac.at/~iaf/Labyrinth/CouillardM.html |
|  | | Chaton Déesse parmi les déesses

Nombre de messages: 9111 Age: 53 Date d'inscription: 22/05/2005
 | Sujet: Re: Simone de Beauvoir Ven 31 Aoû - 16:56 | |
| La lesbienne dans Le Deuxième Sexe par Marie-Jo Bonnet, historienne |
|  | | Invité Invité
 | Sujet: Re: Simone de Beauvoir Lun 5 Nov - 18:47 | |
| "La littérature permet de se venger de la réalité en l'asservissant à la fiction" S. de Beauvoir j'aime beaucoup ce qu'elle écrit |
|  | | Misfit Cat Déesse parmi les déesses

Nombre de messages: 8437 Date d'inscription: 23/05/2005
 | Sujet: Re: Simone de Beauvoir Lun 7 Jan - 10:34 | |
| Queers, libertines, stars du porno, féministes tradi… La deuxième vie du «Deuxième Sexe»Par Aude Lancelin La génération MLF discute toujours son héritage. Les pétroleuses d’aujourd’hui découvrent et adorent sa radicalité. Beauvoir revival? Scène de séduction éternelle au Café de la Mairie, place Saint-Sulpice. A la table d’à côté un garçon offre à une brune rougissante le dernier roman de Yannick Haenel, «Cercle». «Tu lis ça, tu as instantanément envie de tomber amoureuse.» Marie-Hélène Bourcier y prête une attention distraite. Coupe courte de petite «butch lesbienne», ainsi qu’elle se qualifie ce soir, et tchatche d’enfer de normalienne enseignante aux «Hautes Etudes», on l’a conviée pour parler de Beauvoir. Et là, surprise, même ce qui se fait de plus pointu en matière de théorie queer (1) radicale regarde encore avec respect le turban suranné de la grande ancêtre. Le colloque international organisé en janvier à Paris-VII par Julia Kristeva pour le centenaire de la naissance de Beauvoir la fait un peu pouffer, c’est sûr. «Toute la jet-set intellectuelle réunie autour de Krikri d’amour, ça promet!» Mais pour le reste, bienveillance cordiale à l’égard de Beauvoir. «Sexuellement, elle reste très convenue, souligne sans rire l’auteur de “Queer Zones”. Il n’empêche que Beauvoir est la première à avoir montré que la masculinité n’était pas réservée aux hommes, qu’elle est un signe social et culturel accessible à toutes. Et ça, c’est tout à fait révolutionnaire.» Autre clin d’œil au symbole fort que représente encore «le Deuxième Sexe» quarante ans après la loi Neuwirth, et alors que la situation des femmes a pour le moins changé depuis la «ménagère modèle» des années 1950 que les mœurs débridées de la môme Simone terrorisaient encore, le département nord-américain de gender studies le plus réputé mondialement porte aujourd’hui le nom de «Simone de Beauvoir Institute». On se demande si la Grande Sartreuse, entièrement passée sous la coupe des «transgenres» à l’université Concordia de Montréal, y reconnaîtrait aujourd’hui ses petits, elle qui n’avait pas de mots assez secs dans son fameux chapitre sur «la lesbienne» pour stigmatiser «l’étroitesse d’esprit» des ghettos de «femmes affranchies». Même descendance imprévue côté français, où la pionnière du roman trash Virginie Despentes se référait elle aussi à Beauvoir dans son manifeste publié en 2006, «King Kong Theorie», encensé des colonnes de «Libération» jusqu’aux pages de «Elle». Ainsi pouvait-on y lire entre diverses considérations au lance-flammes sur la féminité vue en «putasserie et art de la servilité» cette citation du «Deuxième Sexe»: «“La vraie femme” est un produit artificiel que la civilisation fabrique comme naguère on fabriquait des castrats; ses prétendus instincts de coquetterie, de docilité, lui sont insufflés comme à l’homme l’orgueil phallique.» Même enthousiasme à noter du côté des féministes estampillées «ouverture». Ainsi Fadela Amara, passée de Ni putes ni soumises au gouvernement Sarkozy, a-t-elle elle aussi choisi une phrase de Beauvoir pour personnaliser ses cartes de vœux officielles de l’année 2008: «Etre libre c’est vouloir les autres libres.» Après Jaurès et Blum, Beauvoir semble elle aussi en passe de devenir un fétiche précieux que les bords opposés s’arrachent. « On nous ressort aujourd’hui Beauvoir comme de temps à autre Joe Dassin ou Claude François, observe narquoise Antoinette Fouque, qui n’a jamais fait mystère de l’indifférence hostile que lui a toujours inspirée Beauvoir. Les féministes l’ont choisie comme vache sacrée. Un peu comme les amazones de Kadhafi, elles l’entourent de leur vigilance…» Lorsque la redoutée Antoinette fonde le MLF avec Monique Wittig après Mai-68, Beauvoir leur apparaît déjà inopérante, résolument datée « après-guerre ». «Sa détestation de la maternité et son discours plein de morgue sur les lesbiennes, c’est tout ce que nous rejetions. Si être féministe c’est vouloir être “un homme comme un autre” comme le voulut en fait Beauvoir, alors non, je ne suis décidément pas féministe!» Même la lecture des «Mémoires d’une jeune fille rangée» lui laisse un souvenir burlesque. «Tout ça, cette vision du couple libre notamment, me semblait totalement bidon. Au fond, Beauvoir, c’est une normalienne qui toute sa vie n’aura eu de cesse de repasser l’agrégation. Elle n’a jamais été une vraie militante féministe. Beauvoir, c’est la pensée libérale-libertine. Logique à cet égard qu’elle connaisse un regain d’intérêt.» La séduction exercée par le côté rentre-dedans et quasi machiste de Beauvoir sur nombre de jeunes femmes aujourd’hui ne laisse pas d’étonner leurs aînées. Ainsi Françoise Collin, fondatrice en 1973 de la première revue féministe française, «les Cahiers du Grif», assure elle aussi n’avoir jamais été emballée par «le Deuxième Sexe». «La description effroyable qu’elle y donnait du corps des femmes me mettait mal à l’aise. Je ne pouvais m’empêcher d’y voir une forme de puritanisme persistant et même un rejet du féminin.» Reste pour Françoise Collin la fascination ressentie, toute jeune, lorsqu’elle lisait les romans germanopratins du Castor. «On y voyait pour la première fois des femmes parler et penser dans l’espace public, dans les cafés… se souvient-elle. Ça n’a l’air de rien aujourd’hui, mais pour nous c’était énorme. Que des femmes montrent ainsi que la vie ne consistait pas qu’à faire des courses, c’était inouï.» L’est-ce d’ailleurs moins aujourd’hui pour les «desperate housewives» de 2008, toujours plus accros au serial shopping qu’à la lecture du «Monde diplo»? La vivacité des réactions que soulève encore le nom de Beauvoir vingt ans après sa mort, voilà qui laisse en tout cas songeuse Danièle Sallenave. La dame du jury Femina la lit depuis quarante ans «dans un rapport conflictuel». C’est «quelqu’un avec qui je suis toujours en vive discussion, d’où l’envie que j’ai eue de faire le point». Un épais volume, «Castor de guerre», paraît donc ces jours-ci chez Gallimard. Danièle Sallenave, qui affirme que sa vie fut «éclairée pour toujours par “le Deuxième Sexe”», y scrute entre autres la mécanique du couple existentialiste. «On cherche aujourd’hui à mettre Beauvoir dans la situation classique de la femme trompée.» Une manière sournoise de la ramener au lot commun, suggère Sallenave, qui déplore un backlash conservateur dans les rapports de couple actuels, et la peur croissante chez certains que l’égalité ne débouche sur un effacement de la différence des sexes, preuve par les essais angoissés d’un Zemmour ou d’un Schneider. «Je me demande bien comment une telle chose pourrait se produire! s’amuse-t-elle. Plutôt changer l’ordre du monde que mes désirs. C’est ça la position éthique de Beauvoir, dont la radicalité me passionne. Elle sait dans quels abîmes la vie peut vous faire tomber. Elle décide de ne pas y tomber. Elle n’y tombera pas.» Le long lamento du mâle contemporain effaré par les célibattantes castratrices, une plainte que Natacha Polony prend, elle, tout à fait au sérieux. Journaliste à «Marianne» et enseignante de 30 ans, elle publie aujourd’hui «L’homme est l’avenir de la femme» (Lattès). «Le Deuxième Sexe»? «L’analyse la plus fine qui ait jamais été livrée d’un type humain aujourd’hui disparu: la femme telle qu’elle était jusqu’à la fin du XXe siècle.» Changement de décor complet en effet à ses yeux, la reproduction est désormais maîtrisée, et elle l’est par le biais des femmes. Ainsi, si «l’inégalité» persiste bien, c’est désormais selon elle… au détriment des hommes. Les garçons à iPod de 20 ans ont totalement intégré l’idéologie de la prétendue supériorité doucereuse des femmes, d’après elle, et le régurgitent sous forme d’un profond malaise. Le féminisme a perdu la boule, énonce-t-elle, il s’égare aujourd’hui dans la traque du sexisme, quand il ferait mieux de s’obséder de la répartition du pouvoir politique et professionnel qui, lui, laisse toujours à désirer. Et Natacha Polony de s’amuser de «ces éditos ringards de “Elle” combattant pour le droit à l’avortement comme si nous en étions restés à l’époque de Beauvoir». Le féminisme est en train de déchoir, c’est encore et toujours la faute à Beauvoir? La sociologue Irène Théry nuance. Auteur de «la Distinction de sexe» (Odile Jacob), elle aussi déplore la vision mystifiante de l’éternelle «domination masculine» véhiculée par «le Deuxième Sexe». «Une logique du soupçon commune à Bourdieu d’ailleurs. Le cœur de l’oppression pour eux, c’est définitivement la famille. Mais qui pense encore aujourd’hui que la femme est vouée par nature à être mère?» Autre changement décisif depuis l’ère des caves existentialistes… «Aujourd’hui le risque majeur pour quiconque vit en couple, c’est l’abandon. Dans les années 1950, le péril, c’était au contraire de rester ensemble quoi qu’il arrive.» Reste que, pour Irène Théry, Beauvoir a d’une certaine façon fracturé en deux l’histoire du couple. «Longtemps l’ambition d’une femme fut de devenir Madame Jacques Dupont. Beauvoir exemplifia une autre idée du couple: le duo. Un plus un ne faisait plus “un” mais “deux”.» Avec la dame de fer sartrienne, ce n’est plus la procréation mais la conversation qui devenait aussi le cœur de l’union. Conséquence tout sauf négligeable: un couple de même sexe devenait par là même envisageable. A l’égard des expériences saphiques du professeur Beauvoir, Marie-Hélène Bourcier demeure toutefois très réservée. «Assez beauf quand elle parle de l’intimité de ses petites copines à Sartre, elle est au contraire très fleur bleue dans ses amours hétéros. Au fond, sa vision de la lesbienne est celle que véhiculent les films du dimanche soir de M6… Un moyen d’exciter les hommes avant tout.» Le couple libertaire de Beauvoir et Sartre, celui-là même dont la légende semblait écornée par toute une salve de révélations glauques, c’est pourtant cela même qui continue de fasciner toute une vague de nouvelles féministes, notamment lesbiennes. «Sex education, writer, performer», lit-on sur la carte de visite que vous tend Wendy Delorme. A 28 ans, cette militante homo des Panthères roses publie son premier récit chez Grasset: «Quatrième Génération». La lecture du «Deuxième Sexe» fut pour elle comme une explosion. «Enfin j’ai eu l’impression de chausser des lunettes pour voir le monde!» Mais ce qu’elle préfère chez Beauvoir, ce sont les romans. «La Femme rompue» surtout, histoire d’une femme au foyer modèle larguée comme un chien du jour au lendemain. «Venant pourtant d’une famille où les femmes ont toujours travaillé, cela a suscité chez moi une énorme angoisse. Je me suis dit: cela ne doit jamais m’arriver.» Actrice d’une troupe burlesque où elle tient le rôle d’une nympho blonde lisant Judith Butler en cachette, elle se revendique «fem» (prononcer «faim»), lesbienne ultraféminine, se faisant à ce titre souvent traiter de «collabo hétérogenrée». Comme Beauvoir, elle s’essaie aux relations poly-amoureuses, non monogames, plurifidèles. «L’ennui, c’est que je suis maladivement jalouse… C’est donc un boulot énorme de vivre ainsi, honnêtement, en admettant la pluralité du désir.» Quelles que soient les difficultés, les souffrances, Beauvoir aura au moins réussi ça à ses yeux: vaincre «le syndrome de la perruche». «Quand vous séparez un couple de perruches, elles se laissent mourir… 90% de la littérature européenne sur l’amour s’inspire de ça.» Le roman «Boys, boys, boys» de Joy Sorman, primé par le prix de Flore 2005, pourrait du reste lui aussi se lire comme la réponse d’une jeune féministe à ce même défi. La vision du couple beauvoirien aimante tout autant Coralie Trinh Thi, ex-actrice porno, auteur de «la Voie humide» (Au Diable Vauvert). Eblouie par l’intelligence du «Deuxième Sexe», elle croit cependant déceler chez Beauvoir une pente très occidentale à considérer le féminin comme passif et donc à l’inférioriser. «Si elle avait connu le Tao, Beauvoir aurait pu l’envisager en termes de réceptivité et non de passivité. Dans les spiritualités orientales, on ne hiérarchise pas, on pense les contraires comme complémentaires.» Lecture du Tao ou pas, le libertinage assumé de Beauvoir ne laisse pas d’intimider l’écrivain Catherine Millet. «Que dans un couple l’on puisse s’échanger les mêmes partenaires sexuels, voilà quelque chose que j’admire, déclare-t-elle. Pas sûr que j’y serais arrivée.» Une normalienne d’avant-guerre capable d’en remontrer à Catherine M. n’a décidément pas fini de livrer ses derniers secrets. A. L. (1) Mot anglais signifiant «étrange» revendiqué aujourd’hui par toutes celles et tous ceux – hétérosexuels compris – qui cherchent à redéfinir les questions de genre.
Arielle Dombasle « Une grande amoureuse »
Ce qui m’attire chez elle, c’est le style. J’aime la manière qu’avait Simone de Beauvoir de s’habiller et de se produire aux yeux des autres, femme ravissante cachée derrière des tailleurs rêches et des turbans austères. J’aime l’idée qu’elle ait choisi d’être cette femme-là, à une époque où la féminité se parait d’atours affriolants. Mais ce que j’aime plus encore, c’est l’amoureuse qu’elle a été, tombant dans tous les pièges. Elle s’est crue capable d’une liberté bien au-dessus de ses forces. C’était une belle tentative, et j’aime aussi l’idée que ça n’ait pas marché… Plus tard, Simone de Beauvoir allait s’asseoir sur un petit banc, seule, près de la tombe de Sartre. Cette image d’elle, pleurant l’amour de toute une vie, me touche infiniment.
Propos recueillis par Anne Crignon Catherine Millet « Bourgeoise et érotique »
C’est la liberté sexuelle que Beauvoir s’est accordée avec Sartre qui m’a surtout intéressée, même si je n’ai en ce qui me concerne jamais établi ce genre de pacte. Avec mon compagnon Jacques, la liberté était tacite. Je ne peux pas m’empêcher du reste de voir dans cet impératif de transparence un côté bourgeois : il faut être honnête dans la vie, dire ce qu’on pense. Je ne vois pas pour ma part où est la honte à être hypocrite. Aussi drôle que cela paraisse, Beauvoir a aussi toujours été pour moi une figure érotique. Elle ressemble à une héroïne de Klossowski. Froide, intello, les cheveux tirés. Beaucoup d’hommes m’ont un jour fait l’aveu de ce fantasme.
Propos recueillis par Aude Lancelin Source: «Le Nouvel Observateur» du 3 janvier 2008 |
|  | | Chaton Déesse parmi les déesses

Nombre de messages: 9111 Age: 53 Date d'inscription: 22/05/2005
 | Sujet: Re: Simone de Beauvoir Lun 7 Jan - 20:02 | |
| Sympa ce dernier texte.... Mais on sait aussi que je ne suis pas une très grande fan de Beauvoir, aussi bien sur sa vision "féministe", que de son jugement sur les lesbiennes !!! _________________ [img:f1dc]http://koukoucesmoi.k.o.pic.centerblog.net/8y5igcjn.gif[/img:f1dc]
|
|  | | Misfit Cat Déesse parmi les déesses

Nombre de messages: 8437 Date d'inscription: 23/05/2005
 | Sujet: Re: Simone de Beauvoir Sam 12 Jan - 17:55 | |
| SIMONE DE BEAUVOIR Les Chiennes de garde contre le Nouvel Observateur NOUVELOBS.COM | 11.01.2008 | 19:09
La couverture en question (DR) L'association anti-sexiste les Chiennes de garde a protesté vendredi 11 janvier à Paris contre une couverture du Nouvel Observateur montrant Simone de Beauvoir nue, réclamant au directeur Jean Daniel soit de "s'excuser" soit de "montrer ses fesses", a constaté une journaliste de l'AFP. Une dizaine de membres de l'association, portant des masques de chiens, se sont rassemblés devant le siège de l'hebdomadaire, rebaptisé dans un tract Le Nouveau Voyeur. A l'occasion du centenaire de la naissance de la philosophe, Le Nouvel Observateur avait, le 3 janvier, publié, en Une une photo de Simone de Beauvoir nue et de dos, sous le titre "La scandaleuse". Sous l'oeil de quelques salariés, les Chiennes de garde ont brandi des pancartes réclamant que le même traitement soit appliqué à des philosophes masculins ou au directeur du Nouvel Observateur : "on veut voir les fesses de Sartre", "on veut voir les fesses d'Aron", "on veut voir les fesses de Levinas", "on veut voir les fesses de Jean Daniel"... Michel Labro et Guillaume Malaurie assument "Nous protestons contre l'utilisation du corps de Simone de Beauvoir pour célébrer sa pensée. Nous trouvons cela sexiste", a déclaré à l'AFP Florence Montreynaud, "cheffedemeute" des Chiennes de garde. Une délégation du collectif a été reçue par les directeurs de la rédaction, Guillaume Malaurie et Michel Labro. "Ils assument complètement leur choix et ne font pas d'excuses", a indiqué Florence Montreynaud, assurant que plusieurs salariés avaient "remercié" la délégation pour son action. "On a trouvé tout de suite que cette photo avait un côté malicieux et moderne et qu'elle nous faisait mieux vivre Simone de Beauvoir que bien d'autres documents plus austères, plus classiques", a déclaré Michel Labro à l'AFP. Selon lui, la philosophe "a su brusquer la société de son temps, se bagarrer contre les conformismes". "On n'est ni sexiste ni machiste et on n'a absolument pas voulu donner une image dégradée de la femme, ni de Simone de Beauvoir", a-t-il ajouté. (avec AFP) Le coup du cul de Beauvoir Par Daniel Schneidermann QUOTIDIEN : vendredi 11 janvier 2008
Sacré Obs ! «Simone de Beauvoir la scandaleuse», titrait l’hebdomadaire la semaine dernière à l’occasion du centenaire de l’écrivain, en publiant en couverture une photo de Beauvoir nue, de dos, dans une salle de bains, prise à Chicago, en 1952, par le photographe Art Shay, ami de son amant d’alors. «Il déclenche. Elle rit» , prend soin de raconter l’hebdomadaire : qu’on se le dise, Beauvoir n’a pas été photographiée à son insu.
Joli coup, de nature à contenter tout le monde. Les annonceurs sont contents : avec Beauvoir, le lectorat ne sera pas dépaysé. Un cul anonyme sur la couverture de l’ Obs les aurait effarouchés, les annonceurs. C’est qu’on vend de la voiture de luxe, dans l’Obs. On vend de l’écran géant («la simplicité, c’est une lumière qui séduit l’âme»). On vend de la montre en or. On vend de la voiture avec «bonus écologique gouvernemental». Ce sont de petites âmes sensibles, les publicitaires. Ils ne veulent pas que leurs annonces apparaissent n’importe où. Il leur faut l’environnement inimitable de l’Obs. Le récit d’une rencontre de Jérôme Garcin avec Julien Gracq, par exemple. Une «lettre ouverte» d’Arnaud Montebourg à Bernard Kouchner, «Lettre à un ami perdu dans Disneyland». Une double page dénonçant les «liaisons dangereuses» Sarko-Bolloré. Une autre «lettre ouverte» du cavalier Bartabas, exigeant des excuses de la ministre de la Culture, après le malencontreux saccage par l’artiste de quelques bureaux de l’administration. Ils comptent bien, les publicitaires, sur la lente digestion habituelle de ce bol alimentaire, Gracq, Festina, Montebourg, Philips, Bartabas, BMW, dans l’esprit du lectorat. Ça fonctionne depuis des décennies, semaine après semaine, pourquoi ça ne durerait pas ? Dans cet écosystème, un simple cul en couverture ferait tache. Le lectorat de l’Obs ne se perçoit pas comme client d’un magazine de cul. Il déteste le voyeurisme de TF1, la décomplexion de Sarkozy le fait frémir, la pipolisation de la vie politique l’inquiète, l’inexorable mercantilisation des âmes pures l’épouvante. Il fallait donc que ce fût Beauvoir. De l’autre côté, il y a le service des ventes. Contrairement à ce que l’on pourrait trop rapidement penser, les vues du service des ventes ne concordent pas forcément avec celles de la régie publicitaire. Le service des ventes veut vendre, c’est son métier. A n’importe quel prix. Chaque semaine, un cul à la une ne lui déplairait pas. Sans doute (on n’a pas bénéficié de confidences) le service des ventes voyait-il venir le centenaire de Beauvoir avec appréhension. Quel pensum, le dinosaure Beauvoir ! Dire qu’on ne pourra pas y couper ! Espérons qu’on trouvera une ruse, pour la couverture, parce que Beauvoir seule, avec ou sans chignon, avec ou sans turban, va nous faire plonger. On imagine sa joie d’enfant, au service des ventes, en découvrant la trouvaille : Beauvoir, oui, mais son cul ! Champagne, chers collègues de la régie publicitaire, de l’autre côté du couloir. Nous avons trouvé la synthèse, effectué la jonction. Le cul parfait. Le cul irréprochable. La couverture introuvable, nous l’avons trouvée ! Et pour la fête, la photo a même été retouchée. Maquillé, le cul de Beauvoir, pour lui faire perdre quelques kilos, quelques bourrelets, et le rajeunir de dix ans. Sortie du cadre, la cuvette des toilettes de la salle de bains. Estompés, le décor de salle de bains, le rouleau de papier toilette. Unanime, l’ Obs, sur ce coup-là ? Non. Heureusement, une courageuse opposition interne s’est exprimée. Cette publication, sans son consentement, d’une photo nue d’une femme célèbre a trouvé à l’intérieur même du journal un objecteur courageux. Bien caché en page 54, un chroniqueur de l’ Obs, Claude Weill, n’hésite pas à exprimer l’horreur que lui inspire ce genre de procédés, parlant même de tyrannie. «Lamentable affaire», navrantes «données universelles» que sont «l’envie, le voyeurisme et le goût du scandale». Et Weill de s’inquiéter d’une société qui «espionne les citoyens jusque dans leur intimité et les dépouille de la liberté la plus élémentaire : le droit au respect de la vie privée». «Juste une bonne blague, une histoire de fesses ?» se demande Claude Weill. Non. «Les rieurs devraient prendre garde : personne n’est à l’abri.» Voilà qui est dit. On n’a pas le droit de faire n’importe quoi avec une photo, simplement pour contenter voyeurs et rieurs. Bien évidemment, Claude Weill ne parle pas de la photo de Simone de Beauvoir. Il évoque la propagation, sur Internet, de photos nues de la nageuse Laure Manaudou, par des «corbeaux» anonymes, scandale qui a fait frémir le monde entier pendant les fêtes de fin d’année. Et qui, dans son infinie bassesse, n’a strictement rien à voir avec la démarche, purement informative et esthétique, du Nouvel Observateur. Source : http://www.liberation.fr/rebonds/chroniques/mediatiques/303120.FR.phpEtonnante 'mise à jour' de Simone de Beauvoir et du féminisme 100 ans après, qu'en pensez-vous ???Enfin, étonnante... autant que l'on puisse encore s'étonner de la façon dont les hommes aiment à revisiter l'histoire des femmes... |
|  | | Chaton Déesse parmi les déesses

Nombre de messages: 9111 Age: 53 Date d'inscription: 22/05/2005
 | Sujet: Re: Simone de Beauvoir Dim 20 Jan - 11:25 | |
| Je ne fais pas de pudibonderie, voir les fesses de Simone de Beauvoir en couverture d’un magazine ne me gênerait pas si l’on faisait de même avec un autre philosophe de sexe masculin, mais cela ne se fait et se fera jamais. Là, on a fait la démonstration que de tous ses écrits et des idées qu’elle a développé, on ne retient rien, ne serais-ce que ce corps donné en pâture au voyeurisme. Quel hommage « intellectuel » !!! Une réelle démonstration « qu’une femme reste une femme » c’est à dire un objet sexuel. Le camouflet est encore plus grand, quand on sait qu’on a même osé « retoucher » cette photo, pour que disparaisse du corps de cette femme, la cellulite qui dérange tant nos yeux habitués aux bimbos de notre 21ème siècle. Quelle différence entre l’insulte faite à Simone de Beauvoir et celle faite à Laure Manaudou…. aucune !!! _________________ [img:f1dc]http://koukoucesmoi.k.o.pic.centerblog.net/8y5igcjn.gif[/img:f1dc]
|
|  | | |
| Page 3 sur 4 | Aller à la page : 1, 2, 3, 4  |
| | Permission de ce forum: | Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
| |
| |
| |