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 Olympe de Gouges

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MessageSujet: Olympe de Gouges   Ven 18 Mai - 13:59

Desolée, pour celles qui l'ont déjà lu. Je l'avais déjà mis sur le site de lez-attitude. Mais bon, avec les élections, elle est revenue dans l'actualité. Merci S.Royal pour cela.

Marie Gouze (Aubry), dite Olympe de Gouges, est née à Montauban en 1748. Auteur de pièces de théâtre (L'Esclavage des nègres, 1789), de romans (Mémoires de Mme de Valmont, 1788), et de pamphlets, elle s'enthousiasma pour la Révolution (L'Entrée de Dumouriez à Bruxelles, 1793)
Elle réclama l'émancipation des femmes avec la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne en 1791. Elle fut guillotinée pour avoir pris la défense de Louis XVI en 1793 à Paris. Elle eût droit à cet éloge funèbre, le lendemain de son exécution, signé par Chaumette, Procureur de la Commune de Paris, dans Le Moniteur: " Rappelez-vous l'impudente Olympe de Gouges qui la première institua des sociétés de femmes et abandonna les soins du ménage pour se mêler de la République et dont la tête est tombée sous le fer vengeur des lois... ".
Homme, est-tu capable d'être juste ? C'est une femme qui t'en fait la question; tu ne lui ôteras pas du moins ce droit. Dis-moi ? Qui t'a donné le souverain empire d'opprimer mon sexe? Ta force? Tes talents? Observe le créateur dans sa sagesse ; parcours la nature dans toute sa grandeur, dont tu sembles vouloir te rapprocher, et donne-moi, si tu l'oses, l'exemple de cet empire tyrannique.
Remonte aux animaux, consulte les éléments, étudie les végétaux, jette enfin un coup d'il sur toutes les modifications de la matière organisée; et rends-toi à l'évidence quand je t'en offre les moyens ; cherche, fouille et distingue, si tu peux, les sexes dans l'administration de la nature. Partout tu les trouveras confondus, partout ils coopèrent avec un ensemble harmonieux à ce chef-d'uvre immortel.
L'homme seul s'est fagoté un principe de cette exception. Bizarre, aveugle, boursouflé de sciences et dégénéré, dans ce siècle lumières et de sagacité, dans l'ignorance la plus crasse, il veut commander en despote sur un sexe qui a reçu toutes les facultés intellectuelles; il prétend jouir de la révolution, et réclamer ses droits à l'égalité, pour ne rien dire de plus.

________________________________________________________________


DECLARATION DES DROITS DE LA FEMME ET DE LA CITOYENNE


A décréter par l'Assemblée nationale dans ses dernières séances ou dans celle de la prochaine législature.

PREAMBULE
Les mères, les filles, les surs, représentantes de la nation, demandent d'être constituées en Assemblée nationale.
Considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de la femme, sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d'exposer dans une déclaration solennelle, les droits naturels inaliénables et sacrés de la femme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs, afin que les actes du pouvoir des femmes, et ceux du pouvoir des hommes, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés, afin que les réclamations des citoyennes, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution, des bonnes murs, et au bonheur de tous.
En conséquence, le sexe supérieur, en beauté comme en courage, dans les souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l'Etre suprême, les Droits suivants de la Femme et de la Citoyenne.

Article premier.
La Femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.

Article 2
Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de la Femme et de l'Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et surtout la résistance à l'oppression.

Article 3
Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation, qui n'est que la réunion de la Femme et de l'Homme: nul corps, nul individu, ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.

Article 4
La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient à autrui; ainsi l'exercice des droits naturels de la femme n'a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l'homme lui oppose; ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison.

Article 5
Les lois de la nature et de la raison défendent toutes actions nuisibles à la société; tout ce qui n'est pas défendu pas ces lois, sages et divines, ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elles n'ordonnent pas.

Article 6
La loi doit être l'expression de la volonté générale; toutes les Citoyennes et Citoyens doivent concourir personnellement ou par leurs représentants, à sa formation; elle doit être la même pour tous : toutes les Citoyennes et tous les Citoyens, étant égaux à ses yeux, doivent être également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités, et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents.

Article 7
Nulle femme n'est exceptée; elle est accusée, arrêtée, et détenue dans les cas déterminés par la loi: les femmes obéissent comme les hommes à cette loi rigoureuse.

Article 8
La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une Loi établie et promulguée antérieurement au délit et légalement appliquée aux femmes.

Article 9
Toute femme étant déclarée coupable; toute rigueur est exercée par la Loi.

Article 10
Nul ne doit être inquiété pour ses opinions mêmes fondamentales, la femme a le droit de monter sur l'échafaud; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune; pourvu que ses manifestations ne troublent pas l'ordre public établi par la loi.

Article 11
La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de la femme, puisque cette liberté assure la légitimité des pères envers les enfants. Toute Citoyenne peut donc dire librement, je suis mère d'un enfant qui vous appartient, sans qu'un préjugé barbare la force à dissimuler la vérité ; sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.

Article 12
La garantie des droits de la femme et de la Citoyenne nécessite une utilité majeure; cette garantie doit être instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de celles à qui elle est confiée.

Article 13
Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, les contributions de la femme et de l'homme sont égales ; elle a part à toutes les corvées, à toutes les tâches pénibles; elle doit donc avoir de même part à la distribution des places, des emplois, des charges, des dignités et de l'industrie.

Article 14
Les Citoyennes et Citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique. Les Citoyennes ne peuvent y adhérer que par l'admission d'un partage égal, non seulement dans la fortune, mais encore dans l'administration publique, et de déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée de l'impôt.

Article 15
La masse des femmes, coalisée pour la contribution à celle des hommes, a le droit de demander compte, à tout agent public, de son administration.

Article 16
Toute société, dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a point de constitution; la constitution est nulle, si la majorité des individus qui composent la Nation, n'a pas coopéré à sa rédaction.

Article 17
Les propriétés sont à tous les sexes réunis ou séparés: elles ont pour chacun un droit lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité.

POSTAMBULE
Femme, réveille-toi; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l'univers; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n'est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l'usurpation. L'homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. Ô femmes! Femmes, quand cesserez-vous d'être aveugles? Quels sont les avantages que vous recueillis dans la révolution? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé. Dans les siècles de corruption vous n'avez régné que sur la faiblesse des hommes. Votre empire est détruit; que vous reste t-il donc? La conviction des injustices de l'homme. La réclamation de votre patrimoine, fondée sur les sages décrets de la nature; qu'auriez-vous à redouter pour une si belle entreprise? Le bon mot du Législateur des noces de Cana? Craignez-vous que nos Législateurs français, correcteurs de cette morale, longtemps accrochée aux branches de la politique, mais qui n'est plus de saison, ne vous répètent : femmes, qu'y a-t-il de commun entre vous et nous? Tout, auriez vous à répondre. S'ils s'obstinent, dans leur faiblesse, à mettre cette inconséquence en contradiction avec leurs principes; opposez courageusement la force de la raison aux vaines prétentions de supériorité; réunissez-vous sous les étendards de la philosophie; déployez toute l'énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt ces orgueilleux, non serviles adorateurs rampants à vos pieds, mais fiers de partager avec vous les trésors de l'Etre Suprême. Quelles que soient les barrières que l'on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir; vous n'avez qu'à le vouloir. Passons maintenant à l'effroyable tableau de ce que vous avez été dans la société; et puisqu'il est question, en ce moment, d'une éducation nationale, voyons si nos sages Législateurs penseront sainement sur l'éducation des femmes.
Les femmes ont fait plus de mal que de bien. La contrainte et la dissimulation ont été leur partage. Ce que la force leur avait ravi, la ruse leur a rendu; elles ont eu recours à toutes les ressources de leurs charmes, et le plus irréprochable ne leur résistait pas. Le poison, le fer, tout leur était soumis; elles commandaient au crime comme à la vertu. Le gouvernement français, surtout, a dépendu, pendant des siècles, de l'administration nocturne des femmes; le cabinet n'avait point de secret pour leur indiscrétion; ambassade, commandement, ministère, présidence, pontificat, cardinalat; enfin tout ce qui caractérise la sottise des hommes, profane et sacré, tout a été soumis à la cupidité et à l'ambition de ce sexe autrefois méprisable et respecté, et depuis la révolution, respectable et méprisé.

http://www.aidh.org/Biblio/Text_fondat/FR_03.htm
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MessageSujet: Re: Olympe de Gouges   Ven 18 Mai - 14:23

Salut !

Merci, cellady !

Ariane- Smile
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MessageSujet: Re: Olympe de Gouges   Ven 18 Mai - 15:04

Oui, je n'ai rien contre la lettre de Guy Môquet, que je connaissais et qui est très belle. Sa lecture à l'école ne me gene pas tant qu'on n'oublie pas du même coup qu'il y eu des résistants ET des collaborateurs au régime fasciste. La repentance, ou du moins l'acceptation d'un passé ni tout blanc ni tout noir est nécéssaire.
Qu'il y eu des résistants en france contre un régime fasciste est un fait, qui est enseigné, qu'il y eu des résistantes et des résistants en france contre un régime matchiste encore existant... personnellement je n'en ai pas beaucoup entendu parler à l'école!
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MessageSujet: Re: Olympe de Gouges   Ven 18 Mai - 15:10

Re !

cellady a écrit:
Oui, je n'ai rien contre la lettre de Guy Môquet, que je connaissais et qui est très belle. Sa lecture à l'école ne me gene pas tant qu'on n'oublie pas du même coup qu'il y eu des résistants ET des collaborateurs au régime fasciste. La repentance, ou du moins l'acceptation d'un passé ni tout blanc ni tout noir est nécéssaire.
Qu'il y eu des résistants en france contre un régime fasciste est un fait, qui est enseigné, qu'il y eu des résistantes et des résistants en france contre un régime matchiste encore existant... personnellement je n'en ai pas beaucoup entendu parler à l'école!

Un militant PCF, professeur, me disait mardi qu'il avait voulu la lire à ses élèves, mais que sa direction le lui avait reproché, car c'était de la politique... Les professeur-es ont un droit de réserve. et là, comme par enchantement, à un mois des élections législatives, Sarko impose cette lecture, et propose un gouvernement d'"ouverture au centre et à gauche"... Ca sent la récupération à des fins électorales...

Ariane-voir-mon post-à-ce-sujet-dans-"Elections Présidentielles 2007"
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MessageSujet: Re: Olympe de Gouges   Ven 18 Mai - 15:32

Moi je l'ai entendu a l'école. Je pense que cela depend beaucoup des professeurs et des directeurs d'établissement. Faire l'appologie de la résistance en cours d'histoire n'a jamais posé soucis à mon avis. Parler de collaboration active ET passive, parler de l'après guerre, qui n'a pas été aussi glorieuse, ou de la réalité de la guerre d'algerie ou même d'Indochine, est bien plus conoté, car plus "négative" pour l'image d'une france toute proprette!

En ce qui concerne la récupération, il n'y a pour moi, absolument aucun doute. Tout ce qu'il fait est calculé, pour avoir tous le pouvoir.

Et voir Mr Fillon pour son 1er déplacement, dans un centre pour femme, ça me.............. Ca me rappel un certain débat... dont personne n'a critiqué ce passage, qui moi m'a faite bondir. ENFIN!!!!!! Tout est bon dans le boudin, pour arriver à ses fins!
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MessageSujet: Re: Olympe de Gouges   Mar 27 Mai - 7:30



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Misfit Cat
Déesse parmi les déesses


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MessageSujet: Re: Olympe de Gouges   Sam 18 Avr - 12:28

Le 7 mai 1748 naît à Montauban Olympe de Gouges, de son vrai nom Marie Gouze.




Source



COMME UN HOMME , ELLE MEURT SUR L’ÉCHAFAUD !

Fille adultérine d’Anne-Olympe Mouisset — épouse de Pierre Gouze, boucher de son état — et de Jean-Jacques Lefranc de Caix, marquis de Pompignan, avocat général et homme de lettres, Olympe de Gouges est dramaturge. Auteur de nombreuses pièces d’un théâtre que l’on pourrait dire « engagé », elle est également l’auteur de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, rédigée en 1791. Olympe de Gouges y « clame haut et fort que les hommes et les femmes, les petits et les grands, elle-même et ses frères et sœurs sont égaux. Audacieusement, elle fait remarquer à la reine à qui elle dédie sa déclaration que c’est "le hasard" qui l’"a élevée à une place éminente" ». Quant à l’article VI de la Déclaration, il « déclare que les seules distinctions administratives entre les citoyennes et les citoyens sont "celles de leurs vertus et de leurs talents" ».
Accusée par le tribunal révolutionnaire d’avoir défendu Louis XVI et d’avoir rédigé des écrits « attentatoires à la souveraineté du peuple », Olympe de Gouges est traînée en justice puis de là en prison. Elle meurt sur l’échafaud le 3 novembre 1793, quelques semaines après Marie-Antoinette (16 octobre) et quelques jours à peine avant Madame Roland (8 novembre). Un grand exemple pour les femmes que cette triple exécution. Ainsi s’enorgueillit le tribunal révolutionnaire !


LE PLAIDOYER FERVENT DE JOËLLE GARDES

Dernière publication de Joëlle Gardes, Olympe de Gouges vient de paraître aux éditions de l’Amandier. Mâtinée de récit autobiographie, cette biographie romancée qui s’apparente aussi au roman de formation, porte en sous-titre la mention : Une vie comme un roman. C’est dire la dimension romanesque de la destinée d’Olympe de Gouges. Une vie de femme, difficile, mouvementée, impétueuse, marginale. Pour tout dire, en avance sur son temps. Une vie commencée dans le calme apparent d’une ville de province ensoleillée et riche, aux côtés d’une mère aimante et d’un père présent-absent qui rêve d’offrir à sa bâtarde une éducation soignée. Suit pour la jeune Olympe âgée de seize ans un mariage arrangé « qui lui laisse dans la bouche le même goût d’amertume que l’abandon du marquis ». La jeune femme se venge des infortunes de sa naissance et de sa condition en se lançant dans l’écriture de pièces de théâtre et en créant des personnages à son image. Dans le même temps, Olympe fait la rencontre de Jacques Biétrix de Rozières dont elle tombe amoureuse. Le statut de jeune veuve (elle a épousé très jeune Louis-Yves Aubry) autorise Olympe à s'arroger une liberté qu’elle n’entend nullement aliéner par un second mariage. Néanmoins, elle décide de quitter Montauban pour Paris où Jacques s’apprête à prendre ses « nouvelles charges de haut fonctionnaire au ministère de la marine ». Elle emmène avec elle son fils Pierre Aubry et s’installe provisoirement chez sa sœur. Dès lors, Olympe se lance dans le tumulte et les égarements mondains de la capitale et se bat corps et âme pour gagner sa vie et imposer ses pièces.

Mais le monde du théâtre est un monde de pouvoir tenu/détenu par les hommes. Il est bien difficile à une femme de faire reconnaître son talent, surtout s'il ne peut être contesté. Et Beaumarchais en personne s’ingénie à mettre les bâtons dans les roues à la dramaturge lorsque qu’Olympe se met en tête de donner une suite au Mariage de Figaro. Les Amours de Chérubin, publiés en 1786, lui attirent les foudres du maître et Olympe de se lamenter : « Ah ! Caron de Beaumarchais… permettez-moi de vous dire que vous nous trompez, rien n’est plus faux que vous en faveur de mon sexe. » Seule la première de ses pièces, dénonciation fervente de l’esclavage, connaîtra la faveur d’être jouée. Écrite en 1784, la pièce Zamore et Mirza ou l’Heureux naufrage, sera donnée à la Comédie Française en 1789.

Plaidoyer enlevé, impartial et passionnant en faveur de la réhabilitation d’Olympe de Gouges — présentée par l’histoire comme une « virago » —, le roman de Joëlle Gardes est un roman d’une belle richesse, très documenté. Soucieuse de restituer à son héroïne un visage plus approchant de la vérité, Joëlle Gardes a poussé ses recherches historiques et littéraires avec une grande méticulosité. Rien n’échappe à son souci d’exactitude, ni les dates, ni les circonstances qui conduisent Olympe de Gouges à écrire telle ou telle de ses œuvres, ni les événements qui entourent leur publication ou leur échec. Pas davantage les péripéties de sa vie que l’on pourrait presque qualifier de picaresques, tant elles sont enlevées, foisonnantes d’imprévus ! Il y a loin de la « virago » à la femme d’exception.

Mais le meilleur de ce roman réside dans cet art qu’a Joëlle Gardes d’entremêler son récit de détails ayant trait à son propre vécu de provençale. De sorte que, sous la vie d’Olympe, affleurent des modes de vie, des expériences anciennes, toute une mémoire ayant appartenu à l’auteur. Et jusqu’à des façons de penser et de sentir en contrepoint de la vie d’Olympe. Un beau travail de canevas ou d’orfèvrerie qui donne à lire l’intime proximité de Joëlle Gardes avec son héroïne. Une proximité qui lui fait dire : « Entre ma jeunesse et celle d’Olympe, il me semble que la distance est moindre que celle qui me sépare des jeunes gens d’aujourd’hui. »

Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli







EXTRAIT

C’est à Montauban, la ville de briques, la ville aux pigeonniers, de part et d’autre du Tarn et de son affluent le Tescou, que naît Marie Gouze, le 7 mai 1748.
La petite cité, Mont blanc, par opposition au Mont d’or qui donna son nom au faubourg Montauriol, ou Mont couvert de saules, selon une autre étymologie adoptée dans son blason, s’est régulièrement développée en dépit des incendies et des guerres de religion. Devenue capitale régionale au XVIIe siècle avec l’installation d’une intendance et d’une Cour des Aides, elle s’est régulièrement étendue. De beaux hôtels particuliers ont été construits jusque dans les faubourgs. La brique a succédé au bois, et Montauban a ainsi pris l’aspect qu’elle a encore aujourd’hui. Au XVIIIe siècle, c’est une ville calme et prospère, grâce à la minoterie et à la fabrication des draps, les canis.
Comme le dit son acte de baptême, célébré le lendemain de sa naissance dans l’église Saint-Jacques, tout juste restaurée après les lourdes dégradations que les protestants lui avaient infligées au siècle précédent, Marie est la fille d’Anne-Olympe Mouisset et de Pierre Gouze. Elle a un frère aîné et deux sœurs. Pierre Gouze n’est pas là lors de sa naissance et ne signe pas l’acte de baptême. Anne-Olympe accouche sans doute chez elle, aidée par la matrone, qui accueille les nouveaux arrivants dans ce bas monde et accompagne ceux qui s’en vont […]

J’imagine Anne-Olympe. Ce n’est pas son premier né, mais peut-être est-elle justement d’autant plus effrayée. Elle sait qu’on accouche dans la douleur, et que celle-ci pourrait bien être encore plus violente que les précédentes puisque le bébé qui s’annonce est l’enfant d’un amour adultérin. Elle est doublement coupable, comme fille d’Ève et comme épouse infidèle. Elle redoute que le prix à payer ne soient les instruments de la matrone, ses forceps, ou pire, le crochet de balance ou de pelle à feu. Elle pense à toutes celles qui meurent en couches dans la fleur de leur âge et craint d’avoir à laisser ses aînés sous la garde de son mari, qui ignore la tendresse. Mais Marie glisse tout doucement dans la vie, la pénitence n’a pas été trop cruelle. Anne-Olympe savoure les cuillerées d’huile d’amande douce mélangées à du sucre candi qu’une voisine lui apporte pour qu’elle reprenne des forces. Le mari boucher n’est pas là, elle peut penser à l’autre, à son amant, qui n’a pas sur lui l’odeur du sang mais celle de la poudre de riz. Elle le connaît depuis toujours, elle ne peut imaginer la vie sans lui […]

Marie porte le fardeau d’une enfance qui ne correspond pas à la hauteur de ses talents. C’est sans doute pourtant à son père le marquis qu’elle doit d’avoir eu une éducation meilleure que celle que recevaient les petites filles de son milieu, généralement élevées chez elles, ou chez une parente ou voisine. Marie, elle, suit les leçons des Ursulines, dans leur couvent à l’extrémité de la promenade des Cordeliers, les actuelles allées de Mortarieu, au début du faubourg de Campagne, qui commence juste derrière la toute récente cathédrale, qui n’est terminée que depuis 1739 […]

Je me pose souvent la question de savoir si nous dirigeons notre vie à partir de buts que nous nous fixons consciemment ou si nous n’obéissons pas plutôt à des orientations qui nous demeurent inconnues jusqu’à l’heure du bilan tardif. Marie avait-elle déjà envisagé d’écrire, pour rivaliser avec son père, pour venger sa mère, ou bien le goût de l’écriture était-il encore en gestation, nourri superficiellement de passion et de haine, et profondément des raisons graves et mystérieuses sur lesquelles ne se fait jamais la lumière ?
La route est longue de Montauban à Paris, encore plus longue, celle qui va conduire la jeune provinciale vers la femme de lettres, engagée dans la Révolution. Mais ce n’est pas Marie Gouze, veuve Aubry, qui va quitter sa ville natale, c’est la fière Olympe de Gouges. Par ce nom qu’elle se donne dorénavant, elle affirme haut et clair qu’elle n’a de compte à rendre qu’à elle-même et qu’elle est, selon ses termes, son propre « ouvrage ».

Joëlle Gardes, Olympe de Gouges, Une vie comme un roman, Éditions de l’Amandier, 2008, pp. 11-12,13-14, 23-24, 49-50.






Voir aussi :
- ( sur Quercy.net)
Olympe de Gouges, une Quercynoise en route vers le Panthéon, de René Viénet ;
- (sur fr.Wikipedia) un
bel article sur Olympe de Gouges ;
- (sur Terres de femmes) une Bibliographie de Joëlle Gardes:


http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2004/12/les_arcanes_sub.html#PUBLICATIONS%20ET%20TRAVAUX
</TD>

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Olympe de Gouges

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