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Jeanne-Baptiste de Bourbon ...encore une

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Chaton
Déesse parmi les déesses



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MessageSujet: Jeanne-Baptiste de Bourbon ...encore une   Mar 17 Jan - 0:17

Jeanne-Baptiste de Bourbon 31 eme abbesse de Fontevraud


Patricia Lusseau
Professeure d'histoire-géographie
(Lycée Chevrollier, Angers)

Après une maîtrise d’histoire moderne portant sur La vie quotidienne à l’abbaye de Fontevraud au XVIIe siècle (l’observance monastique à l’époque classique), rédaction d’une thèse de doctorat de troisième cycle sur L’abbaye royale de Fontevraud aux XVIIe et XVIIIe siècles (1985), sous la direction de Jean de Viguerie, à l’Université d’Angers.

Dans le cadre de la participation au comité d’histoire fontevriste, rédaction de plusieurs articles Fontevraud et les protestants (1993), Fontevraud et le jansénisme (1994), Moniales et frères aux XVIIe et XVIIIe siècles (1998) pour la revue Fontevraud Histoire-Archéologie.

Extraits sources:http://musea.univ-angers.fr/






Présentation

Jeanne-Baptiste de Bourbon est le type même d'une femme d'autorité, tant par son caractère que par sa filiation, ce qui lui permet d'exercer pleinement ses nombreux pouvoirs, à la tête d'un ordre qui reste encore au XVIIe siècle, original et unique en France et dans lequel les hommes sont soumis aux femmes. Elle gouverne en « souveraine absolue », tenant sa puissance de ses deux protecteurs : la papauté et la monarchie, ce qui présente une seconde originalité de son ordre. Sa dépendance directe de Rome lui permet d'être autonome par rapport à l'Eglise de France. Toutes ces particularités méritent que l'on s'attache à l'étude de son abbatiat et à ses pouvoirs si singuliers.

Cette femme, grande, d'une nature solide, à l'air majestueux, au visage éclairé par des yeux vifs, douce et volontaire, aimant l'étude, très éloquente, a le sens du commandement. Elle met fin au conflit avec les religieux de l'ordre, mais subit un échec sérieux. Elle n'arrive pas à obtenir la béatification de Robert d'Arbrissel, fondateur de son ordre. Fervente religieuse, voire mystique, elle incarne l'idéal de la Réforme catholique. Elle laisse à la fois l'image d'une âme sensible, pieuse, et celle d'une femme puissante et inflexible, excellente administratrice, ayant accru le prestige et les privilèges de l'abbaye et ordre de Fontevraud et affermi les titres d'une abbaye royale, fidèle au rite romain.

Fille naturelle, du roi Henri IV et de Charlotte des Essarts, Jeanne–Baptiste de Bourbon naît le 22 février 1608. Trois mois après, elle est légitimée fille de France. Cette filiation et sa parenté avec Louis XIII (son demi-frère) demeurent toujours présentes à son esprit. À dix ans, elle entre à l'abbaye de Chelles pour y recevoir une éducation religieuse et une formation spirituelle dispensée par François de Sales lui-même. Louise de Bourbon-Lavedan, abbesse de Fontevraud, la réclame alors comme coadjutrice, à l'âge de seize ans, mais elle ne prend officiellement sa fonction qu'à dix huit ans, à la mort de l'abbesse (1637). Elle lui succède avant même de recevoir sa propre bénédiction abbatiale (1639) et les signes de son pouvoir (la croix, l'anneau et la crosse), dirigeant l'ordre jusqu'à sa mort en 1670.



Le chef d'ordre

Les bulles pontificales et les documents royaux qualifient l'abbesse de "caput ordinis", chef de tout l'ordre. Les statuts accordés par le pape Pie II la disent "Mère, Directrice, Chef, Patronne et Ordinatrice entière des religieux et religieuses", puis ceux par Grégoire XV et Urbain VIII y ajoutent le titre de "Supérieure". Jeanne-Baptiste de Bourbon s'octroie celui de "Chef et Générale de l'abbaye et de l'Ordre de Fontevraud".

Elle gouverne un ordre autocéphale et double, qui suit la règle de Saint Benoît pour les femmes et celle de Saint Augustin pour les hommes. Elle exerce sur l'ensemble de ces religieuses et religieux une pleine puissance et juridiction, grâce à l'étendue de ses privilèges ecclésiastiques et royaux. Pour exemple, dans la lettre autographe ci-contre signée « L. de France », Jeanne-Baptiste de Bourbon s'adresse au visiteur de la province d'Auvergne au sujet du conflit entre la prieure de Brioude et le confesseur du prieuré : elle lui donne pouvoir de régler le litige entre la prieure et le confesseur. Par ailleurs, elle nomme et révoque, à son gré, les religieux, dans les fonctions de prieurs, confesseurs, vicaires généraux (leur délégant momentanément une parcelle de son autorité comme le montre cette lettre) et d'officiers. Elle gère un immense temporel, entourée de discrètes ou d'officières et d'officiers compétents et efficaces.

Seule une femme d'une grande personnalité et possédant une puissance reconnue de tous peut accéder à cette charge. Bien qu'élue par la communauté, elle doit obtenir l'aval du roi. Louis XIII ne déroge pas à cette règle en approuvant la désignation de Jeanne-Baptiste comme coadjutrice. De cette manière, il influe sur la future élection de sa demi-sœur comme chef d'ordre. Forte de ce soutien, elle conçoit son rôle comme celui d'une souveraine absolue.


L'administratrice des privilèges de l'ordre

L'abbesse de Fontevraud fait valoir et défend des privilèges ecclésiastiques et royaux importants. Les premiers, octroyés par le pape Pascal II lui permettent de dépendre directement de Rome et par conséquent d'être exempte de toute juridiction épiscopale pour recevoir à la profession, d'accorder aux moniales droit de visite ou sortie, de donner l'excommunication et la discipline monastique, de nommer les confesseurs et de gérer le temporel et les taxes. Ils lui octroient aussi une juridiction spirituelle sur des paroisses liées aux Fontevristes et les cures qui en dépendent (Fontevraud, Orsan, etc.). Les papes lui concèdent l'autorisation de modifier le rituel des offices religieux et lui accordent des indulgences pour son ordre.

Les seconds privilèges sont dus à la double protection royale, des rois d'Angleterre (Henri II Plantagenêt, comte d'Anjou), puis de ceux de France. Ils portent sur la juridiction (faire évoquer les procès au Grand Conseil, tant pour le spirituel que pour le temporel) et sur la fiscalité (exemptions des décimes, de la gabelle, des péages, du logement de guerre). La confirmation royale des privilèges de l'ordre ci-contre mentionne notamment une confirmation d'évocation générale de ses procès et différends au dit Grand Conseil.

L'abbaye de Fontevraud conserve, contrairement à celle de Jouarre, ce statut de véritable petit diocèse monastique et autonome grâce à la protection royale. Celle qui se dit la "plus grande dame du pays" est la première abbesse de France et presque l'égale des évêques. Ceux-ci pensent qu'elle possède là des pouvoirs bien trop excessifs vu son sexe, d'autant que ses privilèges entament leur propre autorité dans les diocèses où sont situés l'abbaye et les prieurés.


La triomphatrice de religieux en révolte


Depuis le début, de nombreux religieux ne supportent pas leur assujettissement à une femme. Face à leur indiscipline, les abbesses obtiennent le soutien de Rome. Au XVIIe siècle, certains contestent l'omnipotence de l'abbesse et rejettent ce pouvoir féminin qu'ils considèrent comme dominateur. Bien que dépendants de celle-ci, ils estiment avoir le droit d'être considérés comme des prêtres et non comme "des esclaves". Désertion et remise en cause de la juridiction spirituelle de l'abbesse sont les deux moyens utilisés. Louise de Bourbon-Lavedan (1611-1637), par faiblesse, avait accepté la révision de la règle, mais devant l'opposition de la majeure partie de l'ordre, cette décision n'aboutit pas.

Toutefois cette mesure accentue les désordres. Plus tard, le père Le Thuillier, en s'opposant à Jeanne-Baptiste, transforme très vite un conflit personnel en une contestation généralisée. Après des débats, et avec le soutien de Jésuites et plusieurs appels au pape, elle s'en remet au roi. Consciente de ses origines, elle fait face et impose son autorité. Dans un mémoire, elle justifie ce pouvoir, par rapport à l'engagement des religieux dans l'ordre et par une présentation des droits des femmes. Elle se réfère à leurs actions depuis l'Antiquité et au matriarcat. Elle insiste sur sa qualité de Mère et réaffirme tous ses titres. Un arrêt du conseil d'Etat de 1641 la maintient dans ses privilèges.

Triomphante, elle fait lire l'arrêt et déchirer le factum des religieux. Agenouillés à ses pieds, ils lui demandent pardon. Elle a anéanti leurs prétentions, pacifié l'ordre et fait imprimer la Règle de l'ordre dès l'année suivante, en 1642. Ce pouvoir féminin et la juridiction spirituelle qui l'accompagne singularisent l'ordre de Fontevraud encore au XVIIe siècle.
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