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Misfit Cat Déesse parmi les déesses

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 | Sujet: Nicole Brossard Jeu 24 Aoû - 15:27 | |
| Nicole Brossard
Nicole Brossard, poète, romancière, essayiste
Photo : Ronald Maisonneuve
Dès le début de sa pratique littéraire au milieu des années soixante, Nicole Brossard a manifesté ses préférences en poésie tout en explorant la diversité de ses autres champs d'écriture : poésie d'abord, mais aussi roman (French Kiss, 1974 ; Le Désert mauve, 1987 ; Baroque d'aube, 1995) et critique, théâtre et essais, textes théoriques et radiophoniques, articles d'intervention dans des revues nationales et internationales.
Avec près d'une quarantaine d'œuvres, dont les temps forts sont réunis dans deux rétrospectives – Le Centre blanc. Poèmes 1965-1975 et Double Impression. Poèmes et textes 1967-1984 –, elle a participé très activement, comme chef de file et comme activiste, à la génération des années soixante et soixante-dix qui a renouvelé les thèmes et les formes de la poésie québécoise.
À l'écart de la célébration du pays qui a marqué la génération des poètes de L'Hexagone, elle a fondé son art poétique sur une recherche théorique et pratique, sur une remise en question systématique et radicale des formes acceptées du langage littéraire et du discours de réflexion, puis, au cours des années soixante-dix surtout, où son œuvre s'est consacrée plus exclusivement au « continent des femmes », sur la mise en œuvre d'une écriture au féminin dans une dynamique où alternent plans de fiction et pans de réalité, dynamique qu'elle nommera « fiction théorique ».
Dans une rigoureuse et sensible quête du signifiant, l'écriture singulière de Nicole Brossard interroge la matérialité du texte et, tout en mettant en scène le sujet féminin, fait valoir « la pensée de l'émotion et l'émotion de la pensée ». Dans une problématique de la transgression et de la rupture, elle a déployé une œuvre dont les thèmes les plus percutants disent le corps lesbien, l'urbaine radicale, la lumière et le silence, ainsi que sa fascination pour les actes de passage que sont ceux de la traduction, de l'écriture et de la lecture. Cela donne à son univers poétique et romanesque, et même à ses textes plus théoriques, une vaste amplitude, ancrée dans la sensibilité et l'angoisse humaines les plus fondamentales, fondatrices des œuvres littéraires cardinales.
Lauréate de plusieurs prix littéraires, activiste plurielle, cofondatrice et codirectrice de La Barre du Jour, cofondatrice de la revue Les Têtes de Pioche, coauteure d'une Anthologie de la poésie des femmes au Québec (1991), Nicole Brossard a vu son œuvre poétique, ses romans et ses essais largement traduits en anglais, puis en espagnol, en allemand, en japonais, en roumain, en italien… Œuvre phare, elle est étudiée et continue son rayonnement auprès des nouvelles générations.
" ...les yeux troublés par demain matin qui vient digital sans autre alibi que plaisir forêt de signes rumeurs qui écorchent vive la lumière..."
BROSSARD, Nicole, Vertige de l'avant-scène, Écrits des Forges / L'Orange bleue, 1997, 87 p.
Notice biographique : http://felix.cyberscol.qc.ca/LQ/auteurB/brossa_n/brossard.html
http://membres.lycos.fr/poetesse/souvreine/poetes/ac/brossard/brossard.html http://www.tassedethe.com/cadres/souscadre/courts/poetic.htm#Nicole_BROSSARD_ |
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 | Sujet: Re: Nicole Brossard Jeu 24 Aoû - 15:34 | |
| Sous la langue

Le corps salive, rien pourtant n'est prévu, ni l'abondance des touchers, ni la lenteur furtive, la fureur exacte des bouches. Rien n'est prévu pourtant c'est à la hauteur des yeux que le corps d'abord touche à tout sans prévoir la peau nue, aussi bien le dire, sans prévoir la douceur de la peau qui sera nue avant même que la bouche signale l'état du monde.
Rien ne suggère ici qu'au moindre toucher le regard déjà défaille à vouloir déjà prévoir un tel rapprochement. Rien n'est prévu sinon que la respiration, la répétition des sons entre les chairs. Fricatelle ruisselle essentielle aime-t-elle dans le touche-à-tout qui arrondit les seins la rondeur douce des bouches ou l'effet qui la déshabille ? Rien n'est prévu pourtant au bout du corps la peau fera image du corps car il n'y a rien sans image au bout du corps ce sont les images qui foudroient l'état du monde.
On ne peut pas prévoir pencher si soudainement vers un visage et vouloir lécher le corps entier de l'âme jusqu'à ce que le regard étincelle de toutes les fureurs et les abandons. On ne peut pas prévoir l'emportement du corps dans l'infini des courbes, des sursauts, chaque fois que le corps se soulève on ne voit pas l'image, la main qui touche la nuque, la langue qui écarte les poils, les genoux qui tremblent, les bras qui par tant de désir entourent le corps comme un univers. On ne voit que le désir. On ne peut pas prévoir l'image, les fous rires, les cris et les larmes. L'image est tremblante, muette et ployphonique. Fricatelle ruisselle essentielle aime-t-elle le long de son corps la morsure, le bruit des vagues, aime-t-elle l'état du monde dans la flambée des chairs pendant que les secondes s'écoulent cyprine, lutines, marines.
On ne peut pas prévoir si les mots qui l'excitent sont vulgaires, anciens ou étrangers ou si c'est toute la phrase qui l'attire et qui avive en elle le désir comme un flair de l'étreinte, une manière de sentir son corps prêt à tout, sans limite. Rien n'est prévu pourtant la bouche du corps à corps excitée par les mots trouve d'instinct l'image qui excite.
Rien n’est prévu car nous ne savons pas ce qui arrive à l’image de l’état du monde lorsque la patience des bouches dénude l’être. On ne peut pas prévoir parmi les vagues, la déferlante, la fraction de seconde qui fera image dans la narration des corps tournoyant à la vitesse de l’image.
On ne peut pas prévoir comment la langue s’enroulera autour du clitoris pour soulever le corps et le déplacer cellule par cellule dans l’irréel.  Poème de Nicole Brossard, Baiser vertige, Anthologie préparée par Nicole Brossard, Editions Typo, Montréal, Québec, 2006 Photographie n° 1 : Alex Krivtsov Photographie n° 2 : Nikola Borissov |
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Inscrit le : 23 Mai 2005 Messages : 7580
 | Sujet: Re: Nicole Brossard Jeu 24 Aoû - 15:37 | |
| Sa surface
Sa surface sur toute sa surface et la
douceur : ces beaux déguisements les cicatrices
dans le cou, sur l’épaule et sur la cuisse
justement la cicatrice happée par l’œil
bouche lente sur sa bouche et dans
sa bouche ma langue qui ne connaissait
pas la sienne mais tacite comme un accord
la langue qui célébrait tout de l’azur et
du feu et du givre sous l’aisselle pleine
de pensées et de confidences
l’espace l’espace
la spirale en son mouvement
les bras sont la pensée la pensée le tremblement
le corps consenti comme la braise les courbes vives
dans la cité les formes la forme insensée des bouches avides et des
bouches inouïes cascades de rires rire d’avance et davantage à
desseins dans la forme les formes une surface de peau prête à oser Poème de Nicole Brossard Photographie : auteur(e) inconnu(e) |
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 | Sujet: Re: Nicole Brossard Jeu 24 Aoû - 15:41 | |
| Aujourd'hui je sais que la structure la plus bleue de la mer se rapproche de nos cellules et de la souffrance intouchable comme la vie fait trois fois le tour de notre enfance sans jamais y toucher vraiment parce qu'on est proche de la réalité et que la matière ne peut pas tomber sans nous avertir, nous laisser là, la peau hésitante entre les philosophies et l'aube à moitié, à jamais dans le tourment, dans la vaste complication de la beauté  Nicole Brossard, Au présent des veines, Ecrits des Forges, Editions l'Orange Bleue Photographie de Pascal Renoux |
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 | Sujet: Re: Nicole Brossard Ven 16 Nov - 22:09 | |
| ne touchons pas pas au silence
il est notre réserve d'espoir
la fonction renouvelée du futur
un trait d'esprit en allé joyeux patienter
sous nos paupières
parfaite distorsion du réel  BROSSARD, Nicole, Vertige de l'avant-scène, Écrits des Forges / L'Orange bleue, 1997, 87 p. Photographie de Fabio Borquez |
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